49 " Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé ! |
50 Je dois être baptisé d'un baptême, et quelle n'est pas mon angoisse jusqu'à ce qu'il soit consommé ! |
51 " Pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien la division. |
52 Désormais en effet, dans une maison de cinq personnes, on sera divisé, trois contre deux et deux contre trois: |
53 on sera divisé, père contre fils et fils contre père, mère contre sa fille et fille contre sa mère, belle-mère contre sa bru et bru contre sa belle-mère. " |
« Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé ! » Ces paroles de la lecture évangélique d'aujourd'hui sont parfois très difficiles à comprendre et à recevoir pour ceux qui sont habitués à ne trouver dans leur religiosité que consolation dans les peines de la vie, paix et repos. Mais le monde des chants d'Église agréables au coeur, le monde des lampes, des cierges et des icônes, ce n'est pas encore toute la foi. La foi est une lutte continue, un combat sans fin contre le péché.
Nous nous habituons souvent au fait que le péché existe dans notre vie, et nous cessons de le remarquer. Mais il existe aussi un état particulier, celui où le coeur brûle. Alors chaque péché, même le plus petit, touche l'âme comme une plaie brûlée. C'est l'état où la grâce descend et où l'on se tient comme Moïse devant le buisson qui ne se consume pas, et l'Esprit de Dieu embrase le visage. C'est l'état où il y a en toi tant de chaleur que tu ne peux tout simplement pas ne pas la partager. C'est l'état où aucune minute ne peut être vide, car alors le feu commence à te consumer toi-même. Vous souvenez-vous de la merveilleuse rencontre sur le chemin d'Emmaüs ? « Et ils se dirent l'un à l'autre : Notre coeur ne brûlait-il pas en nous lorsqu'il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures ? » (Lc 24:32). C'est sans doute d'un tel feu que le Seigneur nous parle.
49 " Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé ! |
50 Je dois être baptisé d'un baptême, et quelle n'est pas mon angoisse jusqu'à ce qu'il soit consommé ! |
51 " Pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien la division. |
52 Désormais en effet, dans une maison de cinq personnes, on sera divisé, trois contre deux et deux contre trois: |
53 on sera divisé, père contre fils et fils contre père, mère contre sa fille et fille contre sa mère, belle-mère contre sa bru et bru contre sa belle-mère. " |
Pour nous, comme pour les disciples de Jésus qui ont entendu les terribles paroles de la lecture d’aujourd’hui, il est difficile d’accepter une telle perspective. Ils attendaient le Messie qui viendrait comme libérateur et apporterait le triomphe à Israël. Les Romains tomberaient, Israël serait libre, et le monde, enfin, serait beau et bon. Mais Jésus, par sa perfection, par le fait qu’il est la Vérité même, est devenu une pierre d’achoppement pour tous et pour chacun. Sa présence même devient cause de division. Personne ne reste à l’écart ; chacun doit se déterminer sur Celui qui est venu.
Mais même si l’on accepte Jésus comme Messie, la division ne s’arrête pas là. Enfants et parents, frères et sœurs, nous nous tenons tous de côtés différents par rapport à lui, nous voyons tous des choses différentes et nous essayons de considérer comme principal ce que nous avons vu, nous précisément. L’un voit la colère, l’autre la miséricorde, un autre l’amour, un autre la lumière. Chacun juge nécessaire d’affirmer la primauté de sa propre vision de Dieu. C’est ainsi que se manifeste notre humanité abîmée au contact de sa perfection. Les apôtres y ont été confrontés, et cela continue jusqu’à aujourd’hui. D’autre part, nous avons déjà été avertis du danger. Et celui qui est averti est armé : il peut ne pas se permettre de devenir un conducteur de division.
49 " Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé ! |
Comme les images évangéliques sont polysémiques; coupées du contexte, elles émeuvent. N’est ce pas dans cette même Évangile que les disciples de Jésus voulaient faire descendre le feu du ciel, et Jésus leur interdit (voir Luc 9:54-56)? Il s’agit alors d’un autre feu ici, qui ne sert pas à détruire, mais plutôt à sauver les gens. Peut-être s’agit –il du feu de la pentecôte (voir Actes des apôtres 2:3), ou du feu de la purification (Is 4:4; Rev 3:18); ou peut-être s’agit-il du feu de la foi dans nos cœurs, dont avait merveilleusement dit la mère Marie (Skobstova): «Le christianisme est un feu, ou alors il n’existe pas». Est-ce que ce feu brule en nous, sommes-nous chauds ou simplement tièdes (voir Rev 3:15-16)? Comme notre cœur avait brûlé lorsque Le Seigneur nous offrit la première rencontre avec Lui (Luc 24:32). Ne sommes nous pas refroidis, n’avons nous pas abandonné notre premier amour (voir Rev 2:4)? C’est en effet notre responsabilité de conserver ce feu, que Jésus a fait descendre sur la terre.
35 " Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées. |
36 Soyez semblables, vous, à des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, pour lui ouvrir dès qu'il viendra et frappera. |
37 Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l'un à l'autre, il les servira. |
38 Qu'il vienne à la deuxième ou à la troisième veille, s'il trouve les choses ainsi, heureux seront-ils! |
39 Comprenez bien ceci: si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur devait venir, il n'aurait pas laissé percer le mur de sa maison. |
40 Vous aussi, tenez-vous prêts, car c'est à l'heure que vous ne pensez pas que le Fils de l'homme va venir. " |
41 Pierre dit alors : " Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tout le monde ? " |
42 Et le Seigneur dit : " Quel est donc l'intendant fidèle, avisé, que le maître établira sur ses gens pour leur donner en temps voulu leur ration de blé ? |
43 Heureux ce serviteur, que son maître en arrivant trouvera occupé de la sorte! |
44 Vraiment, je vous le dis, il l'établira sur tous ses biens. |
45 Mais si ce serviteur dit en son cœur : "Mon maître tarde à venir", et qu'il se mette à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, boire et s'enivrer, |
46 le maître de ce serviteur arrivera au jour qu'il n'attend pas et à l'heure qu'il ne connaît pas; il le retranchera et lui assignera sa part parmi les infidèles. |
47 " Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n'aura rien préparé ou fait selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups. |
48 Quant à celui qui, sans la connaître, aura par sa conduite mérité des coups, il n'en recevra qu'un petit nombre. A qui on aura donné beaucoup il sera beaucoup demandé, et à qui on aura confié beaucoup on réclamera davantage. |
49 " Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé ! |
50 Je dois être baptisé d'un baptême, et quelle n'est pas mon angoisse jusqu'à ce qu'il soit consommé ! |
51 " Pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien la division. |
52 Désormais en effet, dans une maison de cinq personnes, on sera divisé, trois contre deux et deux contre trois: |
53 on sera divisé, père contre fils et fils contre père, mère contre sa fille et fille contre sa mère, belle-mère contre sa bru et bru contre sa belle-mère. " |
54 Il disait encore aux foules : " Lorsque vous voyez un nuage se lever au couchant, aussitôt vous dites que la pluie vient, et ainsi arrive-t-il. |
55 Et lorsque c'est le vent du midi qui souffle, vous dites qu'il va faire chaud, et c'est ce qui arrive. |
56 Hypocrites, vous savez discerner le visage de la terre et du ciel; et ce temps-ci alors, comment ne le discernez-vous pas? |
57 " Mais pourquoi ne jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste ? |
58 Ainsi, quand tu vas avec ton adversaire devant le magistrat, tâche, en chemin, d'en finir avec lui, de peur qu'il ne te traîne devant le juge, que le juge ne te livre à l'exécuteur, et que l'exécuteur ne te jette en prison. |
59 Je te le dis, tu ne sortiras pas de là que tu n'aies rendu même jusqu'au dernier sou. " |
La lecture d'aujourd'hui touche un autre thème, très important pour comprendre ce qu'est la vie dans le Royaume. Mais le sens des paroles de Jésus ne devient clair que dans le contexte de la situation de cette époque de transition qui a commencé avec la venue du Sauveur et dans laquelle nous vivons. On pourrait l'appeler l'époque du Royaume qui vient, et elle s'achèvera par le retour de Jésus. Mais puisque nous ne connaissons pas les dates exactes de ce retour, la disponibilité est requise toujours, chaque jour et à chaque heure.
C'est précisément là le sens des paraboles racontées par Jésus (v. 36-48). Car lorsque, dans l'Évangile, il est question de la proximité du Royaume, il ne s'agit pas de la date de la seconde venue du Christ, mais du fait que le Royaume est déjà entré dans le monde, que sa présence pour nous aujourd'hui n'est déjà plus future mais présente; et si nous ne remarquons rien de semblable, c'est seulement parce que nous ne voulons pas le remarquer. Certes, il arrive que, sur ceux à qui Dieu confie des ministères liés au Royaume, l'éloignement apparent du terme du processus ait un effet relâchant, semblable à celui qu'avait sur le serviteur déchaîné de la parabole la pensée que le maître était loin (v. 45).
Il n'est pas étonnant que ceux qui savaient tout et qui, malgré cela, se sont permis de se relâcher soient l'objet d'une exigence plus sérieuse que ceux qui savaient moins (v. 47-48). Mais autre chose est intéressant. Dans le monde, il y a ceux qui savent davantage et ceux qui savent moins, mais, semble-t-il, il n'y a personne qui ne sache rien. Ce n'est pas un hasard si Jésus compare les signes du Royaume qui vient aux signes par lesquels, en ce temps-là, on déterminait l'approche d'un changement de temps: ils étaient tout aussi évidents et tout aussi compréhensibles pour chacun, de sorte qu'il était tout simplement impossible de ne pas les remarquer du tout et de ne rien comprendre (v. 54-57).
C'est précisément pourquoi la venue du Royaume divise les hommes, et la division, semble-t-il, ne passe pas par une frontière nationale, sociale ou religieuse, mais par-dessus toutes les frontières, séparant ceux qui accueillent le Royaume de ceux qui le rejettent, parfois vivant non seulement dans le même pays et la même ville, mais même dans la même maison (v. 51-53). Et cela arrive non parce que Dieu aurait besoin de divisions, mais parce que le Royaume est une réalité absolue: il est impossible d'y entrer en partie ou à moitié, et même d'y entrer «presque complètement» ne réussira pas. On entre dans le Royaume jusqu'au bout et sans regarder en arrière, ou bien on n'y entre pas du tout. Voilà pourquoi, dans l'Église, selon la parole de l'apôtre Paul, il ne peut y avoir «ni Grec ni Juif»: si l'Église demeure le Royaume et ne se transforme pas en organisation religieuse parmi beaucoup d'autres, une seule division reste actuelle pour elle: entre ceux qui accueillent le Royaume et ceux qui le rejettent. Toutes les autres divisions sont conditionnelles et relatives; celle-ci est absolue, aussi absolue que peut l'être la séparation entre la vie éternelle et la mort éternelle.
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