30 Les apôtres se réunissent auprès de Jésus, et ils lui rapportèrent tout ce qu'ils avaient fait et tout ce qu'ils avaient enseigné. |
31 Et il leur dit : " Venez vous-mêmes à l'écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu. " De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux que les apôtres n'avaient pas même le temps de manger. |
32 Ils partirent donc dans la barque vers un lieu désert, à l'écart. |
33 Les voyant s'éloigner, beaucoup comprirent, et de toutes les villes on accourut là-bas, à pied, et on les devança. |
34 En débarquant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger, et il se mit à les enseigner longuement. |
35 L'heure étant déjà très avancée, ses disciples s'approchèrent et lui dirent : " L'endroit est désert et l'heure est déjà très avancée ; |
36 renvoie-les afin qu'ils aillent dans les fermes et les villages d'alentour s'acheter de quoi manger. " |
37 Il leur répondit : " Donnez-leur vous-mêmes à manger. " Ils lui disent : " Faudra-t-il que nous allions acheter des pains pour deux cents deniers, afin de leur donner à manger ? " |
38 Il leur dit : " Combien de pains avez-vous ? Allez voir. " S'en étant informés, ils disent : " Cinq, et deux poissons. " |
39 Alors il leur ordonna de les faire tous s'étendre par groupes de convives sur l'herbe verte. |
40 Et ils s'allongèrent à terre par carrés de cent et de cinquante. |
41 Prenant alors les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, il bénit et rompit les pains, et il les donnait à ses disciples pour les leur servir. Il partagea aussi les deux poissons entre tous. |
42 Tous mangèrent et furent rassasiés; |
43 et l'on emporta les morceaux, plein douze couffins avec les restes des poissons. |
44 Et ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes. |
45 Et aussitôt il obligea ses disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l'autre rive vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule. |
Combien de nourriture faut-il à l'homme pour être rassasié ? Il est difficile de répondre à cette question de façon univoque. Tout dépend de la personne : de son âge, de son sexe, de sa taille, de son état physique. Et aussi de son état spirituel : car l'homme est, d'une part, esprit et, d'autre part, animal, et son état spirituel influe sur le physique, tout comme l'inverse. Qu'est-ce donc que cet état spirituel ? Par quoi est-il déterminé ? On a coutume de penser que l'état spirituel de l'homme est déterminé par ses propres efforts intérieurs, mais cela n'est vrai qu'en partie. En réalité, l'état spirituel de l'homme est déterminé par la dynamique de ses relations avec Dieu, où les efforts proprement humains sont certainement importants, mais où l'action de Dieu, Son influence sur l'homme et sur la vie humaine, est encore plus importante. L'état spirituel de l'homme se détermine dans le processus de son dialogue continuel avec Dieu ; il dépend de la profondeur et de la conscience de ce dialogue.
D'ailleurs, on peut dire la même chose non seulement de l'état spirituel de l'homme, mais aussi de la réalité dans laquelle il vit. Aujourd'hui, même dans la science, l'un des problèmes clés est celui de l'observateur, et les savants sont de plus en plus convaincus que toute réalité n'est réelle que dans la mesure où elle est observable. L'univers ne peut exister que dans la mesure où il a un Observateur qui l'a créé : tel est encore un aspect de ce qu'on appelle la preuve cosmologique de l'existence de Dieu.
Cependant, l'homme aussi est observateur, et comme tel il crée lui aussi sa réalité. Elle est, bien sûr, réelle autant que l'homme lui-même est réel, et l'homme est réel autant que son existence est déterminée par Dieu. C'est là que réside le mystère du Royaume comme réalité divino-humaine, qui nous est révélée d'abord dans la Personne du Dieu-homme. C'est là aussi le mystère de tous les miracles évangéliques : tous sont des miracles divino-humains, non seulement en ce sens qu'ils sont accomplis par le Dieu-homme, mais aussi en ce sens que des personnes ordinaires participent à ces miracles en s'intégrant à la réalité divino-humaine, en entrant dans son espace.
Or, dans l'espace de la réalité divino-humaine, la nourriture est créée non seulement par Dieu, comme dans notre monde déchu, qui est déchu précisément parce que l'homme déchu ne le construit pas tant avec Dieu qu'il ne le détruit séparé de Lui, mais aussi par l'homme auquel cette nourriture est destinée. L'état spirituel de l'homme et l'état physique de la nourriture dans l'espace divino-humain du Royaume se correspondent parfaitement ; alors n'importe quel nombre de personnes peut être rassasié par n'importe quelle quantité de nourriture, comme le décrit l'évangéliste.
30 Les apôtres se réunissent auprès de Jésus, et ils lui rapportèrent tout ce qu'ils avaient fait et tout ce qu'ils avaient enseigné. |
31 Et il leur dit : " Venez vous-mêmes à l'écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu. " De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux que les apôtres n'avaient pas même le temps de manger. |
32 Ils partirent donc dans la barque vers un lieu désert, à l'écart. |
33 Les voyant s'éloigner, beaucoup comprirent, et de toutes les villes on accourut là-bas, à pied, et on les devança. |
34 En débarquant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger, et il se mit à les enseigner longuement. |
35 L'heure étant déjà très avancée, ses disciples s'approchèrent et lui dirent : " L'endroit est désert et l'heure est déjà très avancée ; |
36 renvoie-les afin qu'ils aillent dans les fermes et les villages d'alentour s'acheter de quoi manger. " |
37 Il leur répondit : " Donnez-leur vous-mêmes à manger. " Ils lui disent : " Faudra-t-il que nous allions acheter des pains pour deux cents deniers, afin de leur donner à manger ? " |
38 Il leur dit : " Combien de pains avez-vous ? Allez voir. " S'en étant informés, ils disent : " Cinq, et deux poissons. " |
39 Alors il leur ordonna de les faire tous s'étendre par groupes de convives sur l'herbe verte. |
40 Et ils s'allongèrent à terre par carrés de cent et de cinquante. |
41 Prenant alors les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, il bénit et rompit les pains, et il les donnait à ses disciples pour les leur servir. Il partagea aussi les deux poissons entre tous. |
42 Tous mangèrent et furent rassasiés; |
43 et l'on emporta les morceaux, plein douze couffins avec les restes des poissons. |
44 Et ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes. |
« Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » Ces paroles du Christ ne s'adressent pas seulement aux apôtres d'il y a deux mille ans, mais aussi à chacun de ses disciples, en toute époque. Quand nous lui demandons comment donc il compte prendre soin des hommes qu'il a créés, il nous dit précisément ces paroles. Bien sûr, nous n'aurons pas à accomplir des miracles à sa place : il multipliera le pain comme le poisson.
Mais pour cela notre participation est nécessaire, ainsi que notre disponibilité à venir en aide à celui qui est dans le besoin, à consoler celui qui pleure, à partager l'amour avec celui à qui il manque. Toutes les questions perplexes adressées à Dieu, il nous les renvoie : « Donnez-leur vous-mêmes à manger, soyez ma présence dans ce monde, devenez les conducteurs de mon amour... »
30 Les apôtres se réunissent auprès de Jésus, et ils lui rapportèrent tout ce qu'ils avaient fait et tout ce qu'ils avaient enseigné. |
31 Et il leur dit : " Venez vous-mêmes à l'écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu. " De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux que les apôtres n'avaient pas même le temps de manger. |
32 Ils partirent donc dans la barque vers un lieu désert, à l'écart. |
33 Les voyant s'éloigner, beaucoup comprirent, et de toutes les villes on accourut là-bas, à pied, et on les devança. |
34 En débarquant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger, et il se mit à les enseigner longuement. |
35 L'heure étant déjà très avancée, ses disciples s'approchèrent et lui dirent : " L'endroit est désert et l'heure est déjà très avancée ; |
36 renvoie-les afin qu'ils aillent dans les fermes et les villages d'alentour s'acheter de quoi manger. " |
37 Il leur répondit : " Donnez-leur vous-mêmes à manger. " Ils lui disent : " Faudra-t-il que nous allions acheter des pains pour deux cents deniers, afin de leur donner à manger ? " |
38 Il leur dit : " Combien de pains avez-vous ? Allez voir. " S'en étant informés, ils disent : " Cinq, et deux poissons. " |
39 Alors il leur ordonna de les faire tous s'étendre par groupes de convives sur l'herbe verte. |
40 Et ils s'allongèrent à terre par carrés de cent et de cinquante. |
41 Prenant alors les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, il bénit et rompit les pains, et il les donnait à ses disciples pour les leur servir. Il partagea aussi les deux poissons entre tous. |
42 Tous mangèrent et furent rassasiés; |
43 et l'on emporta les morceaux, plein douze couffins avec les restes des poissons. |
44 Et ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes. |
La multiplication de la nourriture est mentionnée plusieurs fois dans l'Évangile : dans une situation semblable, les événements se déroulent d'une manière analogue. Cette situation qui se répète encore et encore nous rappelle en quelque sorte qu'il ne s'agit pas seulement d'un miracle ; il s'agit précisément du Royaume dans toute sa plénitude. Qu'est-ce donc, en vérité, qu'un miracle ?
De notre point de vue, c'est toujours une certaine rupture du cours régulier des événements, l'irruption d'un facteur hors système dans les chaînes de cause à effet qui déterminent le cours des événements dans notre monde. Pourtant, dans une telle situation, une question est toujours pertinente : le facteur que nous percevons comme extérieur au système ne fait-il pas partie d'un autre système, qui interagit avec celui à l'intérieur duquel nous nous trouvons ?
Peut-être, dans bien des cas, le miracle n'est-il miracle que pour nous, qui vivons dans notre petit monde séparé de Dieu, qui nous paraît infiniment grand, tandis que dans le grand monde de Dieu, que nous ne remarquons habituellement pas, le miracle est la norme de la vie ? Dans notre monde déchu, les substances ne sont pas très obéissantes à la volonté humaine ; elles y sont limitées par leur propre nature. Mais il n'en est ainsi qu'ici ; dans le Royaume, les substances ne sont limitées et déterminées que par l'action de la volonté de Dieu, et elles y sont bien plus dociles à la volonté humaine, si celle-ci agit de concert avec celle de Dieu.
Là, une eau dense est possible, qui porte l'homme s'il veut y poser le pied ; des portes absolument perméables sont possibles, qui le deviennent si l'homme doit les traverser ; et l'augmentation de la quantité de nourriture est possible si ce qui existe ne suffit pas à rassasier. Là, l'eau peut aussi devenir du vin, si la volonté de l'homme veut voir l'eau comme du vin et non comme de l'eau. Bien entendu, il s'agit ici de la volonté d'un homme non atteint par le péché, et Jésus est précisément un tel Homme. Il ne fait pas seulement des miracles : Il fait des personnes qui se sont confiées à Lui une partie du Royaume, où le miracle est la norme.
Le fait que l'événement décrit par l'évangéliste se répète de nouveau dans une situation analogue témoigne de ceci : nous n'avons pas devant nous seulement un miracle répété, accompli encore et encore par Jésus ; nous avons devant nous la participation à un autre monde, nouveau, où la norme elle-même est autre, où ce qui, dans notre monde déchu, n'est possible qu'à titre d'exception, comme miracle, est toujours possible. Ainsi Jésus habitue ceux qui L'ont suivi à une autre norme, nouvelle : la norme du Royaume.
30 Les apôtres se réunissent auprès de Jésus, et ils lui rapportèrent tout ce qu'ils avaient fait et tout ce qu'ils avaient enseigné. |
31 Et il leur dit : " Venez vous-mêmes à l'écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu. " De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux que les apôtres n'avaient pas même le temps de manger. |
32 Ils partirent donc dans la barque vers un lieu désert, à l'écart. |
33 Les voyant s'éloigner, beaucoup comprirent, et de toutes les villes on accourut là-bas, à pied, et on les devança. |
34 En débarquant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger, et il se mit à les enseigner longuement. |
35 L'heure étant déjà très avancée, ses disciples s'approchèrent et lui dirent : " L'endroit est désert et l'heure est déjà très avancée ; |
36 renvoie-les afin qu'ils aillent dans les fermes et les villages d'alentour s'acheter de quoi manger. " |
37 Il leur répondit : " Donnez-leur vous-mêmes à manger. " Ils lui disent : " Faudra-t-il que nous allions acheter des pains pour deux cents deniers, afin de leur donner à manger ? " |
38 Il leur dit : " Combien de pains avez-vous ? Allez voir. " S'en étant informés, ils disent : " Cinq, et deux poissons. " |
39 Alors il leur ordonna de les faire tous s'étendre par groupes de convives sur l'herbe verte. |
40 Et ils s'allongèrent à terre par carrés de cent et de cinquante. |
41 Prenant alors les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, il bénit et rompit les pains, et il les donnait à ses disciples pour les leur servir. Il partagea aussi les deux poissons entre tous. |
42 Tous mangèrent et furent rassasiés; |
43 et l'on emporta les morceaux, plein douze couffins avec les restes des poissons. |
44 Et ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes. |
L'événement que nous raconte la lecture d'aujourd'hui a toujours suscité une foule de questions, et beaucoup de commentateurs et de prédicateurs y ont réfléchi et en ont débattu, en essayant de comprendre ce qui s'était donc réellement passé alors dans le désert. Habituellement, lorsqu'ils partaient pour plusieurs jours, les voyageurs emportaient naturellement avec eux une réserve de nourriture. Mais cette fois, manifestement, la décision fut prise si hâtivement qu'il n'y eut pas le temps de se préparer (v. 33). À en juger par le fait que, par la suite, les disciples durent passer sur la rive opposée du lac de Génésareth pour se rendre à Bethsaïde (Mc 6:45), les événements décrits se déroulèrent sur sa rive orientale, en Transjordanie, qui, aux temps évangéliques, n'était pas un désert au sens littéral du mot, mais une steppe sèche. La rive orientale du lac de Génésareth était un lieu désert, et les villages les plus proches où l'on pouvait acheter de la nourriture étaient loin. C'est alors que se produisit le miracle qu'on appelle ordinairement le miracle de la multiplication des pains. On ne peut rien dire de certain sur la manière exacte ni sur le moment où il eut lieu, car le texte évangélique ne donne aucun détail qui révélerait, pour ainsi dire, le «mécanisme» du miracle. Seul le résultat est décrit: cinq pains et deux poissons suffirent pour plusieurs milliers de personnes, et il y en eut en abondance (v. 41-44). La seule explication que l'on puisse voir est la bénédiction de la nourriture par Jésus, mentionnée dans le récit (v. 41), sans laquelle aucun repas n'est possible pour des Juifs croyants; en effet, pendant la prière de bénédiction, ceux qui se mettent à table invoquent Dieu, L'invitant à se joindre à eux et à bénir la table et la nourriture. En décrivant le miracle, l'évangéliste attire l'attention sur le fait que la bénédiction de Jésus n'était pas une bénédiction ordinaire, mais une bénédiction qui permit aux personnes présentes d'entrer directement dans le Royaume de Dieu, où même les lois de la nature n'agissent pas comme dans le monde ordinaire et où, par conséquent, la faim n'a pas de place, de sorte que tout affamé est rassasié.
30 Les apôtres se réunissent auprès de Jésus, et ils lui rapportèrent tout ce qu'ils avaient fait et tout ce qu'ils avaient enseigné. |
31 Et il leur dit : " Venez vous-mêmes à l'écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu. " De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux que les apôtres n'avaient pas même le temps de manger. |
32 Ils partirent donc dans la barque vers un lieu désert, à l'écart. |
33 Les voyant s'éloigner, beaucoup comprirent, et de toutes les villes on accourut là-bas, à pied, et on les devança. |
34 En débarquant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger, et il se mit à les enseigner longuement. |
35 L'heure étant déjà très avancée, ses disciples s'approchèrent et lui dirent : " L'endroit est désert et l'heure est déjà très avancée ; |
36 renvoie-les afin qu'ils aillent dans les fermes et les villages d'alentour s'acheter de quoi manger. " |
37 Il leur répondit : " Donnez-leur vous-mêmes à manger. " Ils lui disent : " Faudra-t-il que nous allions acheter des pains pour deux cents deniers, afin de leur donner à manger ? " |
38 Il leur dit : " Combien de pains avez-vous ? Allez voir. " S'en étant informés, ils disent : " Cinq, et deux poissons. " |
39 Alors il leur ordonna de les faire tous s'étendre par groupes de convives sur l'herbe verte. |
40 Et ils s'allongèrent à terre par carrés de cent et de cinquante. |
41 Prenant alors les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, il bénit et rompit les pains, et il les donnait à ses disciples pour les leur servir. Il partagea aussi les deux poissons entre tous. |
42 Tous mangèrent et furent rassasiés; |
43 et l'on emporta les morceaux, plein douze couffins avec les restes des poissons. |
44 Et ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes. |
Dans la communion étroite avec Jésus, on ne peut jamais dire avec certitude où se déroule l’action : dans le monde pas encore transfiguré ou dans le Royaume. Il en va ainsi dans le récit du rassasiement de la multitude qui L’écoutait avec cinq pains et deux poissons. Bien sûr, les lois du monde non transfiguré ne permettent pas cela. Mais, d’un autre côté, nous avons tout de même devant nous des gens ordinaires, qui pour l’instant ne font qu’écouter Jésus, et l’on ne sait pas encore lesquels d’entre eux seront prêts à Le suivre.
Comment donc se sont-ils retrouvés dans le Royaume ? La réponse à cette question ne peut sans doute être que la mention de la fraction du pain accomplie par le Sauveur. La fraction du pain est un ancien rite juif, dont les racines remontent au moins à l’époque de l’exil, et peut-être même à des temps encore plus anciens.
Ce rite, apparemment, fut toujours domestique, d’abord familial, puis, après l’apparition des fraternités religieuses, familial et fraternel. Et de tout temps, il fut considéré comme le prolongement du sacrifice du Temple, comme sa dimension domestique, complétant la dimension communautaire.
Or le sens initial de tout sacrifice, même païen, sans parler du yahviste, se réduisait à la communion avec Dieu ; il a toujours été considéré par tous comme un repas commun de Dieu ou, si l’on parle des païens, des dieux et des hommes. Les fidèles préparaient le repas et invitaient Dieu à table afin qu’Il le sanctifie Lui-même et bénisse ceux qui étaient réunis. Il en était ainsi lors des assemblées du Temple, et de même lors des assemblées domestiques. Et maintenant, la fraction du pain est accomplie par Celui qui a apporté au monde toute la plénitude du Royaume.
Il n’est pas étonnant que tous ceux qui y participent deviennent, au moins pour le temps de l’assemblée, des habitants du Royaume : car avec le Christ, la présence de Dieu se révèle dans toute la plénitude possible, et le Royaume devient la réalité la plus certaine. Bien sûr, une telle participation n’est que le premier pas, ce n’est que le commencement du chemin. Mais cette expérience est très importante : elle donne à chacun de ceux qui l’ont vécue la possibilité de comprendre ce qu’est le Royaume, non en paroles, mais en acte. Et de prendre une décision non à partir des paroles d’autrui, mais à partir de sa propre expérience.
30 Les apôtres se réunissent auprès de Jésus, et ils lui rapportèrent tout ce qu'ils avaient fait et tout ce qu'ils avaient enseigné. |
31 Et il leur dit : " Venez vous-mêmes à l'écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu. " De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux que les apôtres n'avaient pas même le temps de manger. |
32 Ils partirent donc dans la barque vers un lieu désert, à l'écart. |
33 Les voyant s'éloigner, beaucoup comprirent, et de toutes les villes on accourut là-bas, à pied, et on les devança. |
34 En débarquant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié, parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger, et il se mit à les enseigner longuement. |
Dans ce passage se manifeste devant nous l'humanité étonnante de Jésus. Étant pleinement homme, Il comprenait bien combien le repos est nécessaire aux hommes. Dans l'Évangile, on rencontre des passages où le Christ se retire dans les montagnes pour prier et être seul avec le Père. C'est pourquoi Il envoie les disciples dans un lieu désert, où ils pourraient se reposer loin de la foule, si nombreuse qu'ils n'avaient même pas le temps de manger. Les disciples partent, mais les personnes ayant besoin d'aide ne sont pas devenues moins nombreuses. Voyant ces «brebis qui n'ont pas de berger», le Seigneur fut pris de compassion et resta Lui-même auprès d'elles.
Quand les forces nous quittent et que nous comprenons que nous avons un besoin aigu de repos et de solitude, il est parfois si effrayant de laisser ceux qui ont besoin de nous et d'être seuls avec le Père. Mais si nous nous y décidons malgré tout, le Seigneur prend notre place et résout les problèmes pour lesquels nous-mêmes n'avons déjà plus de force.
45 Et aussitôt il obligea ses disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l'autre rive vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule. |
46 Et quand il les eut congédiés, il s'en alla dans la montagne pour prier. |
47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. |
48 Les voyant s'épuiser à ramer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. |
49 Ceux-ci, le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme et poussèrent des cris; |
50 car tous le virent et furent troublés. Mais lui aussitôt leur parla et leur dit : " Ayez confiance, c'est moi, soyez sans crainte. " |
51 Puis il monta auprès d'eux dans la barque et le vent tomba. Et ils étaient intérieurement au comble de la stupeur, |
52 car ils n'avaient pas compris le miracle des pains, mais leur esprit était bouché. |
53 Ayant achevé la traversée, ils touchèrent terre à Gennésaret et accostèrent. |
Dans la lecture évangélique d'aujourd'hui, il y a un petit point assez difficile, à savoir les mots : et Il voulait les dépasser. Ils sont si incompréhensibles que, dans le texte parallèle plus tardif de l'Évangile selon Matthieu, ils sont omis. Pourquoi voulait-Il les dépasser, s'il est dit : Il les vit en difficulté pour ramer, car le vent leur était contraire ? C'est-à-dire qu'Il vit cela et alla à leur aide ; pourquoi donc voulait-Il les dépasser ?
Le plus simple, dans de tels cas difficiles, est de ne pas remarquer les mots qui sont incompréhensibles, comme s'ils n'existaient pas. Mais une telle approche ne plaira sans doute pas à tout le monde. Une variante de solution à ce problème nous est proposée par l'autrice de la nouvelle traduction « Bonne Nouvelle », Valentina Kouznetsova : il semblait vouloir passer à côté d'eux. Autrement dit, tout est très simple : cela leur a paru ainsi.
Il est difficile aux personnes non versées en philologie d'en juger, mais elles peuvent en revanche analyser diverses traductions dans des langues modernes, en comparant le travail de différents traducteurs. Et nulle part ailleurs nous n'avons pu trouver le mot « semblait ». Mais comment se pourrait-il que de nombreux traducteurs différents aient tous omis le même mot de la même manière ?!
Pourtant, nous ne sommes nullement effrayés même par le degré de paradoxe présent dans le texte sans le mot « semblait ». Avons-nous le droit de juger de l'intention du Seigneur ? Sans doute pas. Nous n'essaierons donc pas de deviner ce qu'Il voulait réellement faire. Il y avait dans Ses actions un sens qui nous est maintenant inconnu. Regardons le témoignage des disciples : Il voulait passer à côté. Regardons, sans aucun travail intellectuel de notre part, le témoignage dans toute sa simplicité, d'autant plus qu'il s'agit bien de l'Évangile selon Marc, et tournons-nous vers notre propre vie : ne nous arrive-t-il pas d'être dans des conditions extrêmement dures, de supplier le Seigneur de nous aider, mais de ne voir que l'aide passer à côté de nous ? Cela ne nous paraît pas ainsi ; nous voyons simplement de nos propres yeux que l'aide vient vers nous, mais que nous ne pouvons pas en profiter.
Cependant, au bout du compte, les disciples furent sauvés. Comme nous le serons aussi. L'ajout du mot « semblait » fait tout passer sur un terrain incertain de sensations obscures, dont le rapport avec la réalité reste inconnu ; et il semble, précisément il semble, qu'une telle approche soit assez dangereuse.
45 Et aussitôt il obligea ses disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l'autre rive vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule. |
46 Et quand il les eut congédiés, il s'en alla dans la montagne pour prier. |
47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. |
48 Les voyant s'épuiser à ramer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. |
49 Ceux-ci, le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme et poussèrent des cris; |
50 car tous le virent et furent troublés. Mais lui aussitôt leur parla et leur dit : " Ayez confiance, c'est moi, soyez sans crainte. " |
51 Puis il monta auprès d'eux dans la barque et le vent tomba. Et ils étaient intérieurement au comble de la stupeur, |
52 car ils n'avaient pas compris le miracle des pains, mais leur esprit était bouché. |
53 Ayant achevé la traversée, ils touchèrent terre à Gennésaret et accostèrent. |
Dans la barque au milieu de la mer agitée, les apôtres se sont trouvés dans la situation où chacun de nous se trouve constamment individuellement, et où le monde entier se trouve aussi. Dans la situation où tu cherches des moyens humains de résoudre un problème qui dépasse les forces humaines. Et la rencontre avec Dieu, à de tels moments de la vie, suscite vraiment en nous la peur, comme elle l'a suscitée chez les apôtres lorsqu'ils virent Jésus marcher sur les eaux. Que sont donc pour Lui nos problèmes microscopiques ? Que vaut notre vie devant le Tout-Puissant ? Depuis des siècles, l'humanité cherche une réponse à cette question et s'accorde à dire que notre vie est poussière, néant. C'est tout ce que nous sommes capables d'inventer, et sur un fondement aussi misérable nous pensons pouvoir nous-mêmes mépriser la valeur les uns des autres.
L'Évangile, lui, nous annonce l'unique espérance, la première et la dernière. Le Tout-Puissant Lui-même est venu à nous et est devenu comme l'un de nous, parce qu'Il a tant aimé le monde. C'est l'unique chose qui donne sens à l'existence de notre race. Lorsque nous Lui posons des questions tragiques sur ce qui nous arrivera, il nous suffirait, comme à Job, d'obtenir simplement une réponse. Mais le Tout-Puissant, au lieu de répondre, vient Lui-même à nous et dit : c'est Moi, n'ayez pas peur.
45 Et aussitôt il obligea ses disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l'autre rive vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule. |
46 Et quand il les eut congédiés, il s'en alla dans la montagne pour prier. |
47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. |
48 Les voyant s'épuiser à ramer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. |
49 Ceux-ci, le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme et poussèrent des cris; |
50 car tous le virent et furent troublés. Mais lui aussitôt leur parla et leur dit : " Ayez confiance, c'est moi, soyez sans crainte. " |
51 Puis il monta auprès d'eux dans la barque et le vent tomba. Et ils étaient intérieurement au comble de la stupeur, |
52 car ils n'avaient pas compris le miracle des pains, mais leur esprit était bouché. |
53 Ayant achevé la traversée, ils touchèrent terre à Gennésaret et accostèrent. |
54 Quand ils furent sortis de la barque, aussitôt des gens qui l'avaient reconnu |
55 parcoururent toute cette région et se mirent à transporter les malades sur leurs grabats, là où l'on apprenait qu'il était. |
56 Et en tout lieu où il pénétrait, villages, villes ou fermes, on mettait les malades sur les places et on le priait de les laisser toucher ne fût-ce que la frange de son manteau, et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés. |
La lecture d'aujourd'hui, en racontant encore un miracle accompli par Jésus, poursuit le thème commencé par le récit de la multiplication des pains. Le lien entre les deux récits est indiqué par l'évangéliste lui-même, qui remarque que le miracle de la multiplication des pains n'avait pas suffi pour que les apôtres comprennent quelque chose de très important au sujet de la personne de Jésus et de son ministère (v. 51-52). Dans le passage d'aujourd'hui, il est question d'un événement survenu pendant une tempête qui s'était levée lorsque les disciples de Jésus, laissant le Maître sur la rive orientale du lac de Génésareth, étaient partis vers l'autre rive, voulant gagner Bethsaïde (v. 45-48). Les tempêtes sur le lac de Génésareth peuvent être assez fortes pour mettre en danger des barques de pêche relativement petites, et les apôtres, surpris sur le lac par une telle tempête, se trouvèrent dans une situation difficile et dangereuse.
Et la situation est de nouveau entièrement changée par Jésus lui-même, cette fois par sa seule apparition (v. 51). Ici, comme dans le récit du miracle de la multiplication des pains, il n'y a pas non plus de détails ni de précisions : Jésus apparaît simplement, et le vent tombe aussitôt, comme s'il portait en lui un autre monde, nouveau, avec d'autres lois qui agissent aussi dans ce monde et le soumettent à elles.
L'évangéliste, en décrivant ce qui se passe, souligne en quelque sorte que Jésus n'a rien besoin de faire pour que le miracle se produise ; il lui suffit simplement d'être présent là où son intervention est nécessaire, et cela suffit, car Jésus porte en lui le Royaume de Dieu dont il parle constamment à quiconque est prêt à l'entendre, et non seulement il en parle, mais il montre aussi à quiconque est prêt à voir ce qu'est ce Royaume, où cinq pains suffisent à nourrir plusieurs milliers de personnes et où l'on peut marcher sur l'eau comme sur la terre ferme.
45 Et aussitôt il obligea ses disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l'autre rive vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule. |
46 Et quand il les eut congédiés, il s'en alla dans la montagne pour prier. |
47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. |
48 Les voyant s'épuiser à ramer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. |
49 Ceux-ci, le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme et poussèrent des cris; |
50 car tous le virent et furent troublés. Mais lui aussitôt leur parla et leur dit : " Ayez confiance, c'est moi, soyez sans crainte. " |
51 Puis il monta auprès d'eux dans la barque et le vent tomba. Et ils étaient intérieurement au comble de la stupeur, |
52 car ils n'avaient pas compris le miracle des pains, mais leur esprit était bouché. |
53 Ayant achevé la traversée, ils touchèrent terre à Gennésaret et accostèrent. |
54 Quand ils furent sortis de la barque, aussitôt des gens qui l'avaient reconnu |
55 parcoururent toute cette région et se mirent à transporter les malades sur leurs grabats, là où l'on apprenait qu'il était. |
56 Et en tout lieu où il pénétrait, villages, villes ou fermes, on mettait les malades sur les places et on le priait de les laisser toucher ne fût-ce que la frange de son manteau, et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés. |
La séparation du peuple d'avec le Christ et Ses disciples ressemblait à une fuite. Pourquoi une telle hâte? Dans l'Évangile selon Jean (6:14-15), on trouve la réponse à cette question. Les gens voulaient simplement proclamer Jésus roi, agir avec Lui comme avec un homme exceptionnel. L'attitude du peuple est tout à fait compréhensible: ils ne savaient pas qui était Jésus. On aurait pu attendre une autre attitude de ceux qui partageaient avec Jésus le pain, le toit et toutes les peines de la vie difficile d'un prédicateur itinérant. Mais, chose étrange, la foi des apôtres était très faible, surtout quand Jésus n'était pas auprès d'eux.
Après avoir renvoyé les disciples et la foule, Jésus monta sur la montagne pour prier. Quelques heures plus tard, Il vit au milieu de la mer les disciples dans la barque, tentant en vain de lutter contre le vent contraire. Comme nous sommes impuissants sans le Christ! Aucune force de la nature ne peut empêcher le désir du Seigneur d'être auprès des Siens. Les disciples ne L'appelaient pas, mais ils avaient besoin de Lui. Pourtant l'apparition de Jésus marchant sur l'eau ne suscita que peur et étonnement. Ils ne s'attendaient pas à cela de Sa part. Marc explique cette réaction des disciples par l'endurcissement de leur cœur.
Dès que Jésus et les apôtres arrivèrent dans le pays de Génésareth, des foules de gens ayant besoin de guérison affluèrent vers Lui. À de tels miracles les apôtres étaient habitués et ne s'étonnaient plus.
Nous nous étonnons d'un miracle quand il dépasse notre compréhension du monde qui nous entoure ou de celui qui accomplit le miracle. Nous connaissons peut-être peu Dieu si Ses actions nous surprennent, ou si nous réagissons à Ses œuvres par la question: «Et comment a-t-Il fait cela?» Car tout ce que Dieu fait est merveilleux.
45 Et aussitôt il obligea ses disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l'autre rive vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule. |
46 Et quand il les eut congédiés, il s'en alla dans la montagne pour prier. |
47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. |
48 Les voyant s'épuiser à ramer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. |
49 Ceux-ci, le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme et poussèrent des cris; |
50 car tous le virent et furent troublés. Mais lui aussitôt leur parla et leur dit : " Ayez confiance, c'est moi, soyez sans crainte. " |
51 Puis il monta auprès d'eux dans la barque et le vent tomba. Et ils étaient intérieurement au comble de la stupeur, |
52 car ils n'avaient pas compris le miracle des pains, mais leur esprit était bouché. |
53 Ayant achevé la traversée, ils touchèrent terre à Gennésaret et accostèrent. |
54 Quand ils furent sortis de la barque, aussitôt des gens qui l'avaient reconnu |
55 parcoururent toute cette région et se mirent à transporter les malades sur leurs grabats, là où l'on apprenait qu'il était. |
56 Et en tout lieu où il pénétrait, villages, villes ou fermes, on mettait les malades sur les places et on le priait de les laisser toucher ne fût-ce que la frange de son manteau, et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés. |
Marc souligne spécialement le lien entre la marche de Jésus sur les eaux et le rassasiement miraculeux du peuple. Il parle du second comme de quelque chose qui aurait dû « instruire » les disciples, leur faire comprendre quelque chose de très important qu’ils n’avaient pas compris. Cette nouveauté, c’était le Royaume apporté au monde par leur Maître. Pour les disciples, tous les miracles accomplis étaient précisément des miracles. Une manifestation de la puissance de Dieu.
Peut-être de l’amour de Dieu. Des manifestations isolées, et c’est là tout le problème. Ils n’avaient pas encore vu l’essentiel : le monde n’était déjà plus celui d’avant. Quelque chose de nouveau y était entré, ce qu’on appelle le Royaume. Pourtant les disciples regardent encore le Royaume à l’ancienne ; pour eux, il est encore un Royaume terrestre, même avec une majuscule. Avec une majuscule parce qu’il devait être dirigé par le Messie, leur Maître, et que Dieu y serait le principal.
Terrestre, parce qu’il devait être fondé sur la terre, dans tous les sens du mot. Pour eux, le Royaume n’existait pas encore ; il fallait encore le construire, le créer, l’établir. Ils attendaient que leur Maître commence enfin à le faire, en commençant bien sûr par un soulèvement messianique. Mais Lui tarde toujours, accomplit des miracles, des guérisons, attire le peuple, sans jamais déclarer Sa messianité. Or le Royaume est déjà entré dans le monde, avec Lui. Les disciples ne l’ont pas remarqué, ce qui n’a rien d’étonnant, car ils attendaient tout autre chose.
Ils n’ont pas compris que les miracles et les guérisons accomplis par leur Maître ne sont pas seulement des manifestations de la puissance de Dieu liées à Sa Personne, mais qu’ils ne sont rien d’autre que les manifestations de ce Royaume même qu’ils attendent. Dans le Royaume, la nature n’est pas comme dans le monde déchu ; elle n’y est pas enfermée en elle-même. Ici, la nature se prête à l’action de la volonté de Dieu et du souffle de Dieu, et aussi à l’action de la volonté humaine, si bien sûr celle-ci n’est pas atteinte par le péché et agit avec la volonté de Dieu. S’il faut davantage de nourriture pour rassasier une multitude, alors il y en aura davantage.
Si un homme doit marcher sur l’eau, alors l’eau sous ses pieds deviendra ferme, ou élastique, bref telle qu’elle doit devenir pour porter l’homme. Quant à la tempête, elle n’existe pas du tout dans le Royaume ; elle reste dans notre monde déchu. Voilà ce Royaume que les disciples devaient voir, mais ils n’étaient pas encore prêts à une telle vision. Ils étaient prêts à voir dans le Maître le Messie, mais ils n’étaient pas prêts à voir le Royaume qu’Il avait apporté au monde. Pas prêts à ce moment-là ; le temps viendra, et ils comprendront tout. Mais ce temps viendra plus tard.
45 Et aussitôt il obligea ses disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l'autre rive vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule. |
46 Et quand il les eut congédiés, il s'en alla dans la montagne pour prier. |
47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. |
48 Les voyant s'épuiser à ramer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. |
49 Ceux-ci, le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme et poussèrent des cris; |
50 car tous le virent et furent troublés. Mais lui aussitôt leur parla et leur dit : " Ayez confiance, c'est moi, soyez sans crainte. " |
51 Puis il monta auprès d'eux dans la barque et le vent tomba. Et ils étaient intérieurement au comble de la stupeur, |
52 car ils n'avaient pas compris le miracle des pains, mais leur esprit était bouché. |
53 Ayant achevé la traversée, ils touchèrent terre à Gennésaret et accostèrent. |
54 Quand ils furent sortis de la barque, aussitôt des gens qui l'avaient reconnu |
55 parcoururent toute cette région et se mirent à transporter les malades sur leurs grabats, là où l'on apprenait qu'il était. |
56 Et en tout lieu où il pénétrait, villages, villes ou fermes, on mettait les malades sur les places et on le priait de les laisser toucher ne fût-ce que la frange de son manteau, et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés. |
L'Évangéliste parle de l'endurcissement du cœur des disciples, qui « n'avaient rien compris à l'affaire des pains ». Pour eux, la rencontre avec le Christ au milieu de la mer déchaînée a failli se transformer en « hallucination » ou en vision fantastique venue du monde spirituel. Pourtant, le Christ qui venait vers eux en marchant sur les eaux était et demeure absolument réel : Il leur dit « C'est Moi ! » Le même endurcissement du cœur nous empêche souvent, nous aussi, de voir dans notre vie l'action et la présence réelle du Christ. Il est, comme toujours, véritable. Il est proche. Surtout pendant la tempête, lorsque nous avons le plus besoin de Son aide bienfaisante. Notre tâche est d'apprendre à Le voir au milieu de nos tempêtes quotidiennes, à reconnaître par la foi Sa présence, qui peut apaiser n'importe quelle tourmente et triompher de toute victoire de la mort.
14 Le roi Hérode entendit parler de lui, car son nom était devenu célèbre, et l'on disait : " Jean le Baptiste est ressuscité d'entre les morts ; d'où les pouvoirs miraculeux qui se déploient en sa personne. " |
15 D'autres disaient : " C'est Élie. " Et d'autres disaient : " C'est un prophète comme les autres prophètes. " |
16 Hérode donc, en ayant entendu parler, disait : " C'est Jean que j'ai fait décapiter, qui est ressuscité ! " |
17 En effet, c'était lui Hérode qui avait envoyé arrêter Jean et l'enchaîner en prison, à cause d'Hérodiade, la femme de Philippe son frère qu'il avait épousée. |
18 Car Jean disait à Hérode : " Il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frère. " |
19 Quant à Hérodiade, elle était acharnée contre lui et voulait le tuer, mais elle ne le pouvait pas, |
20 parce qu'Hérode craignait Jean, sachant que c'était un homme juste et saint, et il le protégeait; quand il l'avait entendu, il était fort perplexe, et c'était avec plaisir qu'il l'écoutait. |
21 Or vint un jour propice, quand Hérode, à l'anniversaire de sa naissance, fit un banquet pour les grands de sa cour, les officiers et les principaux personnages de la Galilée: |
22 la fille de ladite Hérodiade entra et dansa, et elle plut à Hérode et aux convives. Alors le roi dit à la jeune fille : " Demande-moi ce que tu voudras, je te le donnerai. " |
23 Et il lui fit un serment : " Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, jusqu'à la moitié de mon royaume ! " |
24 Elle sortit et dit à sa mère : " Que vais-je demander ? " - " La tête de Jean le Baptiste ", dit celle-ci. |
25 Rentrant aussitôt en hâte auprès du roi, elle lui fit cette demande : " Je veux que tout de suite tu me donnes sur un plat la tête de Jean le Baptiste. " |
26 Le roi fut très contristé, mais à cause de ses serments et des convives, il ne voulut pas lui manquer de parole. |
27 Et aussitôt le roi envoya un garde en lui ordonnant d'apporter la tête de Jean. |
28 Le garde s'en alla et le décapita dans la prison; puis il apporta sa tête sur un plat et la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère. |
29 Les disciples de Jean, l'ayant appris, vinrent prendre son cadavre et le mirent dans un tombeau. |
30 Les apôtres se réunissent auprès de Jésus, et ils lui rapportèrent tout ce qu'ils avaient fait et tout ce qu'ils avaient enseigné. |
Le passage d’aujourd’hui est l’un des endroits de la Bible où il est question d’un manque manifeste de liberté humaine. À cause d’un serment prêté devant ses grands, le roi ivre est prêt à passer outre à ses craintes et aux restes de sa conscience. L’attitude des évangélistes envers la personne d’Hérode Antipas est intéressante. Ils semblent disposés à ne pas le condamner et le regardent avec une certaine indulgence. Et, en effet, le roi se présente devant nous comme un homme profondément privé de liberté : il arrête Jean non de sa propre initiative, mais parce que Jean a dénoncé son mariage illégitime ; il écoute Jean emprisonné tout en essayant de résister aux intrigues de la reine visant à faire exécuter le prophète. Et maintenant, il « doit » le décapiter — de nouveau contre sa propre volonté. Faut-il dire que l’homme commet le mal principal lorsqu’il est privé de liberté, sous l’emprise de la suggestion, de la pression et de circonstances auxquelles il ne peut — ou ne veut — résister et qui l’entraînent dans le péché et la mort ? Lorsqu’on comprend cela, on commence à apprécier d’une manière nouvelle la liberté que donne le Christ : la liberté de résister aux circonstances et aux pressions humaines et démoniaques ; comme l’a dit un prêtre, la liberté de « ne pas obéir au mal ».
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