1 Ayant convoqué les Douze, il leur donna puissance et pouvoir sur tous les démons, et sur les maladies pour les guérir. |
2 Et il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et faire des guérisons. |
3 Il leur dit : " Ne prenez rien pour la route, ni bâton, ni besace, ni pain, ni argent ; n'ayez pas non plus chacun deux tuniques. |
4 En quelque maison que vous entriez, demeurez-y, et partez de là. |
5 Quant à ceux qui ne vous accueilleront pas, sortez de cette ville et secouez la poussière de vos pieds, en témoignage contre eux. " |
6 Étant partis, ils passaient de village en village, annonçant la Bonne Nouvelle et faisant partout des guérisons. |
7 Hérode, le tétrarque, apprit tout ce qui se passait, et il était fort perplexe, car certains disaient : " C'est Jean qui est ressuscité d'entre les morts " ; |
8 certains : " C'est Élie qui est reparu " ; d'autres : " C'est un des anciens prophètes qui est ressuscité ". |
9 Mais Hérode dit : " Jean ! moi je l'ai fait décapiter. Quel est-il donc, celui dont j'entends dire de telles choses ? " Et il cherchait à le voir. |
10 À leur retour, les apôtres lui racontèrent tout ce qu'ils avaient fait. Les prenant alors avec lui, il se retira à l'écart, vers une ville appelée Bethsaïde. |
11 Mais les foules, ayant compris, partirent à sa suite. Il leur fit bon accueil, leur parla du Royaume de Dieu et rendit la santé à ceux qui avaient besoin de guérison. |
12 Le jour commença à baisser. S'approchant, les Douze lui dirent : " Renvoie la foule, afin qu'ils aillent dans les villages et fermes d'alentour pour y trouver logis et provisions, car nous sommes ici dans un endroit désert. " |
13 Mais il leur dit : " Donnez-leur vous-mêmes à manger. " Ils dirent : " Nous n'avons pas plus de cinq pains et de deux poissons. A moins peut-être d'aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. " |
14 Car il y avait bien cinq mille hommes. Mais il dit à ses disciples : " Faites-les s'étendre par groupes d'une cinquantaine. " |
15 Ils agirent ainsi et les firent tous s'étendre. |
16 Prenant alors les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, les bénit, les rompit et il les donnait aux disciples pour les servir à la foule. |
17 Ils mangèrent et furent tous rassasiés, et ce qu'ils avaient eu de reste fut emporté : douze couffins de morceaux ! |
18 Et il advint, comme il était à prier, seul, n'ayant avec lui que les disciples, qu'il les interrogea en disant : " Qui suis-je, au dire des foules ? " |
19 Ils répondirent : " Jean le Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un des anciens prophètes est ressuscité. " - |
20 " Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? " Pierre répondit : " Le Christ de Dieu. " |
21 Mais lui leur enjoignit et prescrivit de ne le dire à personne. |
22 " Le Fils de l'homme, dit-il, doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter. " |
23 Et il disait à tous : " Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix chaque jour, et qu'il me suive. |
24 Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera. |
25 Que sert donc à l'homme de gagner le monde entier, s'il se perd ou se ruine lui-même? |
26 Car celui qui aura rougi de moi et de mes paroles, de celui-là le Fils de l'homme rougira, lorsqu'il viendra dans sa gloire et dans celle du Père et des saints anges. |
27 " Je vous le dis vraiment, il en est de présents ici même qui ne goûteront pas la mort, avant d'avoir vu le Royaume de Dieu. " |
La lecture d'aujourd'hui nous propose plusieurs événements que Luc relie entre eux, en faisant les maillons d'une même chaîne. Le passage commence par la description de la manière dont Jésus envoie les douze apôtres prêcher (v. 1–10), se poursuit par l'histoire de la multiplication miraculeuse des pains (v. 11–17), et s'achève par le récit de la confession de Pierre, qui comprend un entretien de Jésus (v. 18–27). Et ce lien, bien sûr, n'est pas fortuit. Car Jésus envoie ses disciples témoigner du Royaume, et témoigner non seulement par la parole, mais aussi par les actes, de sorte que le témoignage soit confirmé par une manifestation visible du Royaume, comme les guérisons (v. 1–2). Et la prédication des apôtres, on le voit, eut du succès, attirant l'attention non seulement du peuple, mais aussi des autorités (v. 7–9).
Ensuite arriva ce que, peut-être, même les apôtres n'attendaient pas. Le miracle de la multiplication des pains, on le voit, fut une surprise même pour eux. Pour nourrir la foule rassemblée, ils étaient prêts à agir par les méthodes les plus ordinaires (v. 12–13), tandis que Jésus attendait autre chose d'eux: Il leur ordonna de se comporter comme s'ils se trouvaient dans le Royaume (v. 14–16). Et alors se produisit réellement ce qui ne pouvait aucunement se produire selon les lois de notre monde, encore non transfiguré, mais qui est possible dans le Royaume: une petite quantité de nourriture suffit à tous, et même avec surabondance, si bien que, si la foule rassemblée avait été encore plus nombreuse, chacun en aurait eu assez (v. 17).
Ce fut pour tous, et avant tout bien sûr pour les apôtres eux-mêmes, une expérience très importante du Royaume. Jusque-là, ils avaient été témoins de la manière dont la puissance du Royaume agit dans le monde encore non transfiguré, dans un monde où son action se manifeste, d'une façon ou d'une autre, en s'opposant au mal dans lequel ce monde demeure. Mais maintenant les apôtres virent le Royaume de l'intérieur, tel qu'il sera lorsque le monde sera entièrement transfiguré et renouvelé. Une telle expérience du séjour dans le Royaume triomphant ne pouvait évidemment pas rester sans trace, et la confession de Pierre en fut peut-être la conséquence (v. 18–20).
Alors Jésus avertit ses disciples qu'avant que la victoire du Royaume, qu'ils avaient déjà eu en partie l'occasion de voir, devienne complète, Lui-même devra passer par la croix, et ceux qui Le suivront devront partager cette croix avec Lui (v. 21–27). Ainsi, en faisant participer ses disciples au Royaume, Jésus leur parle en même temps du prix du Royaume. Du prix de la transfiguration du monde et de sa délivrance du mal dans lequel la chute l'a plongé.
1 Ayant convoqué les Douze, il leur donna puissance et pouvoir sur tous les démons, et sur les maladies pour les guérir. |
2 Et il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et faire des guérisons. |
3 Il leur dit : " Ne prenez rien pour la route, ni bâton, ni besace, ni pain, ni argent ; n'ayez pas non plus chacun deux tuniques. |
4 En quelque maison que vous entriez, demeurez-y, et partez de là. |
5 Quant à ceux qui ne vous accueilleront pas, sortez de cette ville et secouez la poussière de vos pieds, en témoignage contre eux. " |
6 Étant partis, ils passaient de village en village, annonçant la Bonne Nouvelle et faisant partout des guérisons. |
7 Hérode, le tétrarque, apprit tout ce qui se passait, et il était fort perplexe, car certains disaient : " C'est Jean qui est ressuscité d'entre les morts " ; |
8 certains : " C'est Élie qui est reparu " ; d'autres : " C'est un des anciens prophètes qui est ressuscité ". |
9 Mais Hérode dit : " Jean ! moi je l'ai fait décapiter. Quel est-il donc, celui dont j'entends dire de telles choses ? " Et il cherchait à le voir. |
10 À leur retour, les apôtres lui racontèrent tout ce qu'ils avaient fait. Les prenant alors avec lui, il se retira à l'écart, vers une ville appelée Bethsaïde. |
11 Mais les foules, ayant compris, partirent à sa suite. Il leur fit bon accueil, leur parla du Royaume de Dieu et rendit la santé à ceux qui avaient besoin de guérison. |
12 Le jour commença à baisser. S'approchant, les Douze lui dirent : " Renvoie la foule, afin qu'ils aillent dans les villages et fermes d'alentour pour y trouver logis et provisions, car nous sommes ici dans un endroit désert. " |
13 Mais il leur dit : " Donnez-leur vous-mêmes à manger. " Ils dirent : " Nous n'avons pas plus de cinq pains et de deux poissons. A moins peut-être d'aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. " |
14 Car il y avait bien cinq mille hommes. Mais il dit à ses disciples : " Faites-les s'étendre par groupes d'une cinquantaine. " |
15 Ils agirent ainsi et les firent tous s'étendre. |
16 Prenant alors les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, les bénit, les rompit et il les donnait aux disciples pour les servir à la foule. |
17 Ils mangèrent et furent tous rassasiés, et ce qu'ils avaient eu de reste fut emporté : douze couffins de morceaux ! |
18 Et il advint, comme il était à prier, seul, n'ayant avec lui que les disciples, qu'il les interrogea en disant : " Qui suis-je, au dire des foules ? " |
19 Ils répondirent : " Jean le Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un des anciens prophètes est ressuscité. " - |
20 " Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? " Pierre répondit : " Le Christ de Dieu. " |
21 Mais lui leur enjoignit et prescrivit de ne le dire à personne. |
22 " Le Fils de l'homme, dit-il, doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter. " |
23 Et il disait à tous : " Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix chaque jour, et qu'il me suive. |
24 Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera. |
25 Que sert donc à l'homme de gagner le monde entier, s'il se perd ou se ruine lui-même? |
26 Car celui qui aura rougi de moi et de mes paroles, de celui-là le Fils de l'homme rougira, lorsqu'il viendra dans sa gloire et dans celle du Père et des saints anges. |
27 " Je vous le dis vraiment, il en est de présents ici même qui ne goûteront pas la mort, avant d'avoir vu le Royaume de Dieu. " |
Luc ne fait qu'effleurer toute une série d'événements dont les autres évangélistes, surtout Matthieu, parlent plus en détail. Il accorde la place principale à la confession de Pierre et aux paroles de Jésus sur sa mort et sa résurrection prochaines. Cette présentation a sa logique. Tout d'abord, le Sauveur donne à ses disciples de ressentir la puissance du Royaume et d'apprendre par leur propre expérience comment cette puissance agit dans le monde. Et pas seulement à eux: la multiplication miraculeuse de cinq pains et de deux poissons pour nourrir des milliers de personnes n'est elle aussi possible que dans le Royaume. Rien d'étonnant à cela: lorsqu'il s'agit du Royaume, il est plus facile de montrer que de raconter. Cependant, même ceux qui ne s'intéressaient pas auparavant au témoignage du Christ commencent à le remarquer, par exemple Hérode, qui redoutait en général tous les mouvements messianiques susceptibles de menacer son pouvoir.
C'est précisément pourquoi, aussitôt après la confession de Pierre, Jésus explique aux disciples combien le messianisme qu'il a apporté au monde est différent. Bien sûr, les apôtres ne comprirent pleinement tout ce que Jésus leur disait que le jour de la Pentecôte. Mais c'est juste après la confession de Pierre qu'il commença à leur parler de son messianisme et de son chemin. Il s'efforce en quelque sorte de tout clarifier dès le départ, afin que ses disciples n'associent pas son ministère messianique aux conceptions messianiques populaires traditionnelles.
Dès le commencement, le Sauveur fait tout son possible pour que ses disciples comprennent autant qu'ils le peuvent de ce qu'ils devront comprendre pleinement en son temps. Cela se comprend: le Golgotha était devant eux. Il fallait préparer autant que possible les disciples à ce qui les attendait, et ce qui les attendait, c'était le choc lié à l'effondrement complet de toute leur vision et de tout leur sentiment du monde. Seule l'expérience du Royaume pouvait les aider à le surmonter—non pas le royaume terrestre des représentations populaires, mais le véritable Royaume, celui que le Sauveur a apporté au monde.
Les apôtres acquirent l'expérience du Royaume, autant qu'elle était alors possible, après être partis prêcher seuls, sans leur Maître. Les nouvelles conceptions du Royaume se révélèrent plus difficiles: elles n'entraient pas dans la tête des disciples, ne trouvaient pas place dans leur conscience. Il ne restait plus qu'à se fier à leur intuition et, surtout, aux relations personnelles qui les liaient à Jésus. Pourtant, il dit aux apôtres tout ce que les paroles humaines peuvent exprimer au sujet de son chemin terrestre et de son ministère terrestre. Ensuite, chacun accueille de ses paroles autant qu'il est capable d'en accueillir.
1 Ayant convoqué les Douze, il leur donna puissance et pouvoir sur tous les démons, et sur les maladies pour les guérir. |
2 Et il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et faire des guérisons. |
3 Il leur dit : " Ne prenez rien pour la route, ni bâton, ni besace, ni pain, ni argent ; n'ayez pas non plus chacun deux tuniques. |
4 En quelque maison que vous entriez, demeurez-y, et partez de là. |
5 Quant à ceux qui ne vous accueilleront pas, sortez de cette ville et secouez la poussière de vos pieds, en témoignage contre eux. " |
6 Étant partis, ils passaient de village en village, annonçant la Bonne Nouvelle et faisant partout des guérisons. |
7 Hérode, le tétrarque, apprit tout ce qui se passait, et il était fort perplexe, car certains disaient : " C'est Jean qui est ressuscité d'entre les morts " ; |
8 certains : " C'est Élie qui est reparu " ; d'autres : " C'est un des anciens prophètes qui est ressuscité ". |
9 Mais Hérode dit : " Jean ! moi je l'ai fait décapiter. Quel est-il donc, celui dont j'entends dire de telles choses ? " Et il cherchait à le voir. |
10 À leur retour, les apôtres lui racontèrent tout ce qu'ils avaient fait. Les prenant alors avec lui, il se retira à l'écart, vers une ville appelée Bethsaïde. |
11 Mais les foules, ayant compris, partirent à sa suite. Il leur fit bon accueil, leur parla du Royaume de Dieu et rendit la santé à ceux qui avaient besoin de guérison. |
12 Le jour commença à baisser. S'approchant, les Douze lui dirent : " Renvoie la foule, afin qu'ils aillent dans les villages et fermes d'alentour pour y trouver logis et provisions, car nous sommes ici dans un endroit désert. " |
13 Mais il leur dit : " Donnez-leur vous-mêmes à manger. " Ils dirent : " Nous n'avons pas plus de cinq pains et de deux poissons. A moins peut-être d'aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. " |
14 Car il y avait bien cinq mille hommes. Mais il dit à ses disciples : " Faites-les s'étendre par groupes d'une cinquantaine. " |
15 Ils agirent ainsi et les firent tous s'étendre. |
16 Prenant alors les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, les bénit, les rompit et il les donnait aux disciples pour les servir à la foule. |
17 Ils mangèrent et furent tous rassasiés, et ce qu'ils avaient eu de reste fut emporté : douze couffins de morceaux ! |
18 Et il advint, comme il était à prier, seul, n'ayant avec lui que les disciples, qu'il les interrogea en disant : " Qui suis-je, au dire des foules ? " |
19 Ils répondirent : " Jean le Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un des anciens prophètes est ressuscité. " - |
20 " Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? " Pierre répondit : " Le Christ de Dieu. " |
21 Mais lui leur enjoignit et prescrivit de ne le dire à personne. |
22 " Le Fils de l'homme, dit-il, doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter. " |
23 Et il disait à tous : " Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix chaque jour, et qu'il me suive. |
24 Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera. |
25 Que sert donc à l'homme de gagner le monde entier, s'il se perd ou se ruine lui-même? |
26 Car celui qui aura rougi de moi et de mes paroles, de celui-là le Fils de l'homme rougira, lorsqu'il viendra dans sa gloire et dans celle du Père et des saints anges. |
27 " Je vous le dis vraiment, il en est de présents ici même qui ne goûteront pas la mort, avant d'avoir vu le Royaume de Dieu. " |
La lecture d'aujourd'hui réunit plusieurs courts récits, mais le Christ et les disciples se trouvent au centre de chacun d'eux. Dans tous ces passages, Il leur accorde un don particulier : l'unité. Elle peut prendre des formes très différentes : la confiance et l'espérance communes en Dieu, leur expérience commune de témoins oculaires des miracles et des guérisons, un repas partagé, la fraction des pains multipliés, une confession de foi commune, le fait de suivre ensemble Jésus sur le chemin de la souffrance et—pour résumer tout cela—l'expérience partagée du Royaume venu avec puissance. Ce chemin d'unité nous est ouvert à nous aussi : dans la prière commune, dans la fraction du pain, dans la foi partagée—dans une relation avec Jésus où il ne s'agit plus seulement de ma foi personnelle, mais de la prise de conscience qu'en vivant ensemble, les uns avec les autres et avec Lui, nous devenons un seul Corps.
1 Ayant convoqué les Douze, il leur donna puissance et pouvoir sur tous les démons, et sur les maladies pour les guérir. |
2 Et il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et faire des guérisons. |
3 Il leur dit : " Ne prenez rien pour la route, ni bâton, ni besace, ni pain, ni argent ; n'ayez pas non plus chacun deux tuniques. |
4 En quelque maison que vous entriez, demeurez-y, et partez de là. |
5 Quant à ceux qui ne vous accueilleront pas, sortez de cette ville et secouez la poussière de vos pieds, en témoignage contre eux. " |
6 Étant partis, ils passaient de village en village, annonçant la Bonne Nouvelle et faisant partout des guérisons. |
7 Hérode, le tétrarque, apprit tout ce qui se passait, et il était fort perplexe, car certains disaient : " C'est Jean qui est ressuscité d'entre les morts " ; |
8 certains : " C'est Élie qui est reparu " ; d'autres : " C'est un des anciens prophètes qui est ressuscité ". |
9 Mais Hérode dit : " Jean ! moi je l'ai fait décapiter. Quel est-il donc, celui dont j'entends dire de telles choses ? " Et il cherchait à le voir. |
10 À leur retour, les apôtres lui racontèrent tout ce qu'ils avaient fait. Les prenant alors avec lui, il se retira à l'écart, vers une ville appelée Bethsaïde. |
11 Mais les foules, ayant compris, partirent à sa suite. Il leur fit bon accueil, leur parla du Royaume de Dieu et rendit la santé à ceux qui avaient besoin de guérison. |
12 Le jour commença à baisser. S'approchant, les Douze lui dirent : " Renvoie la foule, afin qu'ils aillent dans les villages et fermes d'alentour pour y trouver logis et provisions, car nous sommes ici dans un endroit désert. " |
13 Mais il leur dit : " Donnez-leur vous-mêmes à manger. " Ils dirent : " Nous n'avons pas plus de cinq pains et de deux poissons. A moins peut-être d'aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. " |
14 Car il y avait bien cinq mille hommes. Mais il dit à ses disciples : " Faites-les s'étendre par groupes d'une cinquantaine. " |
15 Ils agirent ainsi et les firent tous s'étendre. |
16 Prenant alors les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, les bénit, les rompit et il les donnait aux disciples pour les servir à la foule. |
17 Ils mangèrent et furent tous rassasiés, et ce qu'ils avaient eu de reste fut emporté : douze couffins de morceaux ! |
En envoyant les douze apôtres prêcher, le Seigneur leur confie la mission d’annoncer le Royaume de Dieu et de rendre témoignage à ceux qui veulent accueillir leur témoignage. Au début du chapitre suivant, Il confie la même mission aux soixante-dix apôtres. Les Douze comme les Soixante-dix sont appelés à s’en remettre à Dieu et à ne pas emporter de provisions superflues pour le voyage. La différence caractéristique que relève l’évangéliste Luc est que les douze apôtres reçoivent également la puissance et la mission de chasser les esprits mauvais et de guérir les maladies. C’est précisément pourquoi, dès la génération chrétienne suivante, on disait que le Christ « avait établi Son Église sur le fondement des douze apôtres ». Il les avait en effet revêtus de Sa propre puissance et de Son autorité, et leur avait confié la mission qu’Il accomplissait Lui-même dans Son ministère. La particularité de la mission des douze apôtres signalée par Luc est importante, car elle caractérise non seulement leur tâche à ce moment précis, mais aussi l’essence de l’Église que le Seigneur édifie. Comme les apôtres, toute l’Église apostolique poursuit sur terre ce ministère du Christ : annoncer le Royaume et guérir la nature humaine blessée.
1 Ayant convoqué les Douze, il leur donna puissance et pouvoir sur tous les démons, et sur les maladies pour les guérir. |
2 Et il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et faire des guérisons. |
3 Il leur dit : " Ne prenez rien pour la route, ni bâton, ni besace, ni pain, ni argent ; n'ayez pas non plus chacun deux tuniques. |
4 En quelque maison que vous entriez, demeurez-y, et partez de là. |
5 Quant à ceux qui ne vous accueilleront pas, sortez de cette ville et secouez la poussière de vos pieds, en témoignage contre eux. " |
6 Étant partis, ils passaient de village en village, annonçant la Bonne Nouvelle et faisant partout des guérisons. |
Jésus est réellement le Maître; Il alterne les «enseignements théoriques» de Ses disciples avec des «exercices pratiques». En effet, ils ne passent que trois ans avec leur Maître, recevant de Lui tout ce qu'ils sont capables d'accueillir, puis il leur faudra porter l'Évangile, prêcher le Royaume de Dieu dans le monde entier. Ils doivent, dès le temps de l'apprentissage, goûter la mission, voir comment la parole de Dieu agit dans le monde, comment le mal recule, comment les yeux des hommes s'allument en accueillant la Bonne Nouvelle. Ensuite, après l'Ascension du Christ, ils recevront le don de l'Esprit Saint, ils recevront une force particulière pour témoigner du Christ; mais dès maintenant Jésus leur fournit tout ce qui est nécessaire à la prédication: des instructions et «la force et le pouvoir sur tous les démons et pour guérir les maladies».
La mission est un service; les messagers ne doivent donc pas manifester la force mondaine ni la richesse, ils sont appelés à s'en remettre à Dieu en tout. Leur tâche est d'apporter le message, non de convaincre ni de forcer à l'accepter, et la guérison des malades n'est pas un spectacle éclatant destiné à attirer les incroyants, mais simplement un témoignage non verbal que le Royaume de Dieu s'est approché.
1 Ayant convoqué les Douze, il leur donna puissance et pouvoir sur tous les démons, et sur les maladies pour les guérir. |
2 Et il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et faire des guérisons. |
3 Il leur dit : " Ne prenez rien pour la route, ni bâton, ni besace, ni pain, ni argent ; n'ayez pas non plus chacun deux tuniques. |
4 En quelque maison que vous entriez, demeurez-y, et partez de là. |
5 Quant à ceux qui ne vous accueilleront pas, sortez de cette ville et secouez la poussière de vos pieds, en témoignage contre eux. " |
6 Étant partis, ils passaient de village en village, annonçant la Bonne Nouvelle et faisant partout des guérisons. |
En envoyant les apôtres prêcher, Jésus leur ordonne de ne pas faire de distinction entre les maisons où ils devront s'arrêter, et de ne cacher à personne le message qu'ils portent. Même le rejet en lui-même ne devait pas être perçu par eux comme un échec de la mission : leur affaire était de témoigner du Royaume, le reste étant laissé au libre choix de ceux qui auraient entendu.
Une telle approche pouvait paraître quelque peu inhabituelle pour l'époque. L'institution même des envoyés (et le mot « apôtre » signifie proprement envoyé) avait un sens bien précis dans la vie des fraternités religieuses de l'époque évangélique. Ces envoyés étaient le lien entre les communautés particulières qui entraient dans la fraternité. Étant donné que les fraternités n'avaient pas de structure hiérarchique rigide et constituaient des mouvements communautaires, le rôle de ces envoyés était très important : ils devenaient les témoins vivants de tel ou tel événement important dans telle ou telle communauté, dont les membres de cette communauté jugeaient nécessaire d'informer leurs frères des autres communautés.
La prédication aux personnes extérieures n'entrait généralement pas dans la tâche de ces apôtres-envoyés : il existait pour cela des missionnaires particuliers. Or Jésus, en appelant Ses disciples envoyés, leur propose en même temps d'être aussi missionnaires, et plus encore : Il leur propose d'être précisément missionnaires en premier lieu, et de considérer comme leur communauté tout le peuple de Dieu, toute la Synagogue. Une telle approche était, au minimum, inhabituelle. Mais le témoignage des apôtres de Jésus était lui aussi inhabituel.
Les apôtres-envoyés ordinaires témoignaient de quelque chose qui avait de l'importance pour leur propre fraternité religieuse, en règle générale dans le contexte de la vie religieuse de cette fraternité même (et chaque fraternité avait ses particularités dans sa vie religieuse). Les apôtres envoyés par Jésus, eux, devaient témoigner non d'une vie religieuse, mais du Royaume qui, selon la parole du Sauveur, « s'est approché ». C'est de ce Royaume approché que les apôtres du Christ devaient témoigner, et témoigner de telle sorte que sa proximité devienne évidente pour quiconque veut voir.
Pour un tel témoignage, la communauté était réellement tout le peuple de Dieu : car il ne s'agissait pas d'une tradition religieuse particulière ni d'une pratique religieuse particulière, mais de ce qui concernait chacun de ceux qui appartenaient à ce peuple : le Messie et le Royaume, ce dont parlaient les prophètes. Et Jésus ordonne aux apôtres de ne pas faire de distinctions et de ne cacher le message à personne. Afin de faire participer au Royaume quiconque le voudra. Car il s'agit du salut, et Dieu veut sauver chacun, quelle que soit la tradition religieuse à laquelle il appartient.
1 Ayant convoqué les Douze, il leur donna puissance et pouvoir sur tous les démons, et sur les maladies pour les guérir. |
2 Et il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et faire des guérisons. |
3 Il leur dit : " Ne prenez rien pour la route, ni bâton, ni besace, ni pain, ni argent ; n'ayez pas non plus chacun deux tuniques. |
4 En quelque maison que vous entriez, demeurez-y, et partez de là. |
5 Quant à ceux qui ne vous accueilleront pas, sortez de cette ville et secouez la poussière de vos pieds, en témoignage contre eux. " |
6 Étant partis, ils passaient de village en village, annonçant la Bonne Nouvelle et faisant partout des guérisons. |
Après avoir rassemblé les douze disciples, Jésus les envoie prêcher. Mais leur tâche ne consiste pas seulement à annoncer le Royaume de Dieu : ils doivent l'incarner réellement dans leur vie. Ils doivent vivre dans une confiance totale en Dieu, sans s'appuyer en rien sur eux-mêmes et sans rien emporter pour la route. Ils doivent passer sans crainte de ville en ville, demeurant tantôt dans une maison, tantôt dans une autre, sans jamais avoir d'abri permanent et considérant en même temps le monde entier comme leur demeure. Quelle puissance devaient avoir les paroles du Christ pour que les apôtres partent sans hésiter à travers villes et villages afin d'accomplir Son commandement ! Quelle force devait avoir leur foi pour qu'ils osent guérir les malades, non comme des médecins savants, mais comme de simples pêcheurs, simplement parce que le Maître l'avait ordonné !
Cet appel à annoncer le Royaume de Dieu par toute notre vie s'adresse à chacun de nous. Et le Seigneur ne Se limite pas à lancer cet appel : Il nous donne la force de l'accomplir.
1 Ayant convoqué les Douze, il leur donna puissance et pouvoir sur tous les démons, et sur les maladies pour les guérir. |
2 Et il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et faire des guérisons. |
En envoyant Ses disciples prêcher, Jésus leur donne deux missions: témoigner du Royaume qui s'est approché et guérir les malades. On dirait qu'il y a là deux tâches différentes, mais cela n'en a l'air qu'au premier regard.
Bien sûr, si les guérisons mentionnées dans les évangiles étaient simplement une sorte de médecine surnaturelle, on pourrait dire qu'il s'agit de choses différentes, que le témoignage rendu au Royaume et les guérisons sont vraiment deux tâches différentes. Mais les évangélistes racontent les guérisons accomplies par Jésus comme par Ses disciples précisément comme des manifestations du Royaume. Bien sûr, on peut délivrer un homme de la maladie par des moyens purement naturels. Ici, il importe peu qu'il s'agisse de médecine ordinaire ou de ce qu'on appelle médecine non traditionnelle: même dans le second cas, en réalité, aucun miracle au sens strict ne se produit; on met simplement en œuvre certains mécanismes profondément cachés dans la nature humaine et habituellement, du moins dans l'état déchu, non utilisés.
Le vrai miracle commence là où agit Dieu, et non les possibilités cachées dans la nature humaine. Mais l'action de Dieu peut être différente, et ici beaucoup dépend de la mesure dans laquelle l'homme est engagé dans Son action et de la plénitude avec laquelle il prend conscience du plan de Dieu à son égard. Il arrive souvent que Dieu guérisse un homme et que celui-ci tombe ensuite de nouveau malade, souvent de la même maladie. Une telle situation est habituellement liée au fait qu'en recevant la guérison comme un cadeau de Dieu, le guéri ne la comprend pas comme une avance spirituelle pour résoudre ses problèmes spirituels et accomplir les tâches spirituelles qui se présentent à lui.
Mais lorsqu'il s'agit du témoignage rendu au Royaume, tout est un peu différent. Ce n'est pas un hasard si certains, auprès de Jésus, sont guéris et d'autres non; ici Il manifeste la puissance du Royaume, là, à cause de l'incrédulité et du refus des habitants, Il ne le fait pas. Ici, la guérison, la délivrance des maladies, devient la conséquence du fait que l'homme entre dans le Royaume, commence à vivre de sa vie, et les maladies comme la mort sont incompatibles avec la vie du Royaume. Mais pour en être délivré, il faut accueillir la vie du Royaume dans toute la plénitude possible pour telle personne et vivre d'elle seule.
Bien sûr, personne ne peut garantir à l'homme qui a une fois touché le Royaume que tout se passera exactement ainsi pour lui. Mais en tout cas, la guérison au contact du Royaume ouvre à l'homme cette plénitude de vie qu'il pourra acquérir et dont il pourra vivre s'il demeure persévérant et cohérent. Une telle expérience était le meilleur témoignage rendu au Royaume; c'est pourquoi Jésus confie à Ses disciples de témoigner du Royaume précisément par les guérisons, sous la forme la plus évidente pour les habitants du monde déchu.
7 Hérode, le tétrarque, apprit tout ce qui se passait, et il était fort perplexe, car certains disaient : " C'est Jean qui est ressuscité d'entre les morts " ; |
8 certains : " C'est Élie qui est reparu " ; d'autres : " C'est un des anciens prophètes qui est ressuscité ". |
9 Mais Hérode dit : " Jean ! moi je l'ai fait décapiter. Quel est-il donc, celui dont j'entends dire de telles choses ? " Et il cherchait à le voir. |
Comme on le voit, la prédication de Jésus Lui-même et de Ses disciples suscite peur et incompréhension chez les autorités, et d'abord chez Hérode. En principe, il n'y a là rien d'étonnant : les autorités (aussi bien locales que romaines, en la personne de leurs représentants en Palestine) se méfiaient généralement, à cette époque, de toutes sortes de mouvements religieux et politico-religieux en Palestine en général, et en Judée en particulier. Elles surveillaient avec une attention particulière tout mouvement, même seulement naissant, où se trouvait le moindre soupçon de messianisme. Rien d'étonnant à cela : les représentations messianiques populaires de l'époque auraient inévitablement transformé tout mouvement messianique en insurrection dirigée aussi bien contre Rome que contre ses protégés locaux, comme Hérode, qui avait le statut d'allié romain (l'alliance était ici une forme historiquement constituée de vassalité plus ou moins honorable). Mais la peur d'Hérode, selon toute apparence, n'était pas seulement due à ces considérations parfaitement rationnelles. Sa peur était plutôt, semble-t-il, précisément irrationnelle.
Ayant entendu parler de Jésus et de Sa prédication, puis de la prédication des apôtres envoyés par Lui, Hérode se mit à s'agiter fébrilement, essayant de comprendre ce que tout cela signifiait. Jean était-il ressuscité des morts ? Ou bien l'ancien prophète Élie était-il redescendu des cieux, lui dont les traditions populaires disaient qu'après avoir quitté la terre sur un char céleste, il reviendrait peu avant le jour du Jugement dernier et la venue du Messie ? C'était manifestement la peur d'un débauché et d'un meurtrier, la peur d'un pécheur qui craignait une rétribution venue soit de Dieu, soit des « zélateurs » zélotes, soit de quelque autre force encore inconnue de lui et donc encore plus terrible.
Comme on le voit, le meurtre de Jean le Baptiste fut la goutte d'eau qui déclencha dans l'âme du gouvernant pécheur une véritable tempête de peurs et de manies jusque-là refoulées. Ce n'est pas un hasard si l'évangéliste mentionne qu'Hérode aimait s'entretenir avec Jean, même lorsque celui-ci se trouvait déjà en prison par son ordre, à lui Hérode. Hérode haïssait Jean, le craignait et, paradoxalement, tout de même, sinon l'aimait, du moins éprouvait de la sympathie pour lui. Le contact avec Jean était nécessaire à Hérode.
Il est possible que ce contact avec le juste apaisait les forces des ténèbres qui nichaient déjà dans son cœur, de même que le contact avec David les apaisait dans l'âme d'un autre gouvernant pécheur, Saül. Et l'exécution de Jean, qu'Hérode ne voulait pas du tout, libéra les ténèbres qui nichaient dans l'âme d'Hérode de la dernière barrière qui les empêchait de s'emparer définitivement du cœur du roi pécheur. Et Hérode se mit à s'agiter, pressentant une fin triste et inévitable. Une fin qui arriva assez vite.
9 Mais Hérode dit : " Jean ! moi je l'ai fait décapiter. Quel est-il donc, celui dont j'entends dire de telles choses ? " Et il cherchait à le voir. |
Hérode a toujours craint la venue du Messie. D'ailleurs, il ne croyait pas vraiment au Messie. Il serait plus juste de dire qu'il craignait tous les mouvements messianiques qui éclataient périodiquement dans différentes parties de la Palestine. Cela arrivait plus souvent en Judée, mais parfois aussi en Galilée, que gouvernait Hérode. Hérode ne croyait guère sérieusement en Dieu, mais il croyait pleinement qu'un nouveau mouvement messianique pouvait le conduire à perdre le pouvoir.
Or, aux temps évangéliques, beaucoup de légendes et d'images populaires étaient liées au Messie. Elles n'étaient pas toujours enracinées dans les livres sacrés: tout aussi souvent, sinon plus, leurs sources étaient précisément des traditions populaires, des légendes, parfois étrangement mêlées à des motifs mythologiques. L'un de ces motifs était lié à l'image du grand prophète ancien Élie. Dans les livres des premiers prophètes, plus précisément dans le quatrième Livre des Rois, il est question de l'enlèvement d'Élie au ciel. Dans le peuple, à partir de ce récit, naquit la légende selon laquelle, avant la venue du Messie, Élie reviendrait sur terre pour annoncer Sa venue.
Hérode n'était pas croyant, mais à en juger par les témoignages de ses contemporains, il était très superstitieux. Il craignait les morts. Non pas ceux, bien sûr, qui reposaient dans leurs tombeaux, mais ceux qui, selon lui, pouvaient sortir de ces tombeaux et se venger de lui. Hérode ne croyait évidemment pas à la résurrection, mais il redoutait les ombres sorties des tombeaux. De même que les héros de légendes populaires descendus du ciel. Et maintenant il était dans la perplexité.
Il avait déjà fait exécuter Jean le Baptiste. Et il regrettait cette exécution: elle n'entrait pas, semble-t-il, dans ses plans; la décision avait été prise, comme cela arrivait souvent avec Hérode, sous le coup de l'emportement, de la sottise et de la légèreté. Et maintenant il lui sembla que cet Inconnu était venu venger Jean. Hérode ne comprenait pas le sens de ce qui se passait, mais, par une sorte de sentiment subconscient, il devinait le lien entre Jean exécuté et cette nouvelle menace incompréhensible. Cela ne l'approcha pourtant pas de la compréhension. Pour comprendre, l'instinct et l'intuition ne suffisent pas; il faut une claire vision spirituelle, que donne la foi. Une vision qu'Hérode n'avait pas et ne pouvait pas avoir.
12 Le jour commença à baisser. S'approchant, les Douze lui dirent : " Renvoie la foule, afin qu'ils aillent dans les villages et fermes d'alentour pour y trouver logis et provisions, car nous sommes ici dans un endroit désert. " |
13 Mais il leur dit : " Donnez-leur vous-mêmes à manger. " Ils dirent : " Nous n'avons pas plus de cinq pains et de deux poissons. A moins peut-être d'aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. " |
14 Car il y avait bien cinq mille hommes. Mais il dit à ses disciples : " Faites-les s'étendre par groupes d'une cinquantaine. " |
15 Ils agirent ainsi et les firent tous s'étendre. |
16 Prenant alors les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, les bénit, les rompit et il les donnait aux disciples pour les servir à la foule. |
17 Ils mangèrent et furent tous rassasiés, et ce qu'ils avaient eu de reste fut emporté : douze couffins de morceaux ! |
18 Et il advint, comme il était à prier, seul, n'ayant avec lui que les disciples, qu'il les interrogea en disant : " Qui suis-je, au dire des foules ? " |
On peut difficilement douter que la multiplication miraculeuse des pains, qui rassasia une foule de plusieurs milliers de personnes avec cinq pains et deux poissons, ait été encore l’une des nombreuses manifestations du Royaume mentionnées dans l’Évangile. Une manifestation à laquelle ne s’attendaient ni les gens venus écouter Jésus, ni même les apôtres: ce n’est pas pour rien que les disciples demandaient à Jésus s’ils ne devaient pas aller acheter du pain pour toute cette foule qui L’entourait. Mais Il agit autrement, donnant non seulement aux apôtres, mais aussi à tous les présents, de voir ce qu’est le Royaume, où la nature est entièrement soumise à l’esprit.
Mais pour sentir le souffle du Royaume, il fallait entrer dans ce Royaume. Bien sûr, le moyen le plus simple d’y entrer était de tenir, au sens figuré et parfois même au sens propre, la main de Jésus. Mais Il veut manifestement que ceux qui avancent forment une chaîne spirituelle, dont les membres puissent aussi se tenir les uns aux autres. C’est manifestement dans ce but qu’Il ordonne aux disciples de faire asseoir le peuple par groupes de cinquante.
Il faut remarquer que, dans le judaïsme, le nombre dix et les nombres multiples de dix ont en général un sens particulier. En effet, dix personnes, plus précisément dix hommes ayant atteint la majorité religieuse, suffisent pour former une assemblée de prière, pour organiser une communauté qui sera considérée comme une synagogue. Et Jésus, de toute évidence, n’organise pas la foule au hasard: Il la transforme en une communauté fondée sur des groupes distincts de cinquante personnes.
C’est manifestement cette forme que, selon le dessein du Sauveur, le Royaume devait prendre dans notre monde en voie de transfiguration, mais pas encore transfiguré: il devait devenir un ensemble de communautés, de communautés comprenant ceux qui cherchent le Royaume et ceux qui ont déjà eu le temps de participer à sa vie. C’est ainsi que devait se former et grandir la chaîne spirituelle de ceux qui cherchent le salut et le Royaume. Mais elle était nécessaire non seulement pour aider ceux qui cherchent le Royaume, mais aussi pour que le Royaume lui-même reçoive la forme de son existence dans notre monde en voie de transfiguration, mais pas encore transfiguré jusqu’au bout. Une forme qui lui permettrait de grandir, en accueillant toujours de nouveaux hommes, en conquérant toujours de nouveaux cœurs.
17 Ils mangèrent et furent tous rassasiés, et ce qu'ils avaient eu de reste fut emporté : douze couffins de morceaux ! |
Les quatre Évangiles parlent de la multiplication miraculeuse des pains, racontant les repas pour plusieurs milliers de personnes que Jésus organisait comme signe du Royaume de Dieu qui vient. En lui il n'y aura plus ni hostilité, ni faim, ni indifférence; c'est pourquoi tous les hommes se rassembleront autour de la table de Dieu pour le festin. C'est précisément ce que Jésus commence à accomplir, affirmant ainsi que le Royaume est venu: chacun peut venir à Lui et manger le «pain de vie».
Chacun peut venir, mais des disciples les plus proches sera exigé l'effort spirituel le plus important: comprendre plus profondément encore le sens de ces repas, voir en leur Maître non seulement le messager du Royaume, mais aussi son Centre, l'Oint autour duquel toutes les nations se rassembleront à la table de Dieu. Ayant reconnu Son mystère, ils devront entendre des paroles étranges et terribles sur les épreuves proches qui attendent le Christ et Ses disciples. L'évangéliste montre comment les disciples avancent peu à peu sur le chemin de la foi, connaissant toujours davantage leur Maître, prenant sur eux un poids toujours plus grand de foi, une foi qui ne parle pas toujours de joie et de victoires. Peut-être espère-t-il que ses lecteurs passeront eux aussi par ce chemin.
18 Et il advint, comme il était à prier, seul, n'ayant avec lui que les disciples, qu'il les interrogea en disant : " Qui suis-je, au dire des foules ? " |
19 Ils répondirent : " Jean le Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un des anciens prophètes est ressuscité. " - |
20 " Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? " Pierre répondit : " Le Christ de Dieu. " |
21 Mais lui leur enjoignit et prescrivit de ne le dire à personne. |
22 " Le Fils de l'homme, dit-il, doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter. " |
23 Et il disait à tous : " Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix chaque jour, et qu'il me suive. |
24 Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera. |
25 Que sert donc à l'homme de gagner le monde entier, s'il se perd ou se ruine lui-même? |
26 Car celui qui aura rougi de moi et de mes paroles, de celui-là le Fils de l'homme rougira, lorsqu'il viendra dans sa gloire et dans celle du Père et des saints anges. |
27 " Je vous le dis vraiment, il en est de présents ici même qui ne goûteront pas la mort, avant d'avoir vu le Royaume de Dieu. " |
La confession de Pierre, survenue après la multiplication des pains pour 5000 personnes avec 5 pains, est un tournant dans l'histoire évangélique. Les foules qui suivent sans relâche le Christ et les Douze sont mues par des motivations assez diverses. Les apôtres répondent au Seigneur que certains de ces gens Le prennent pour Jean, d'autres pour Élie ou pour d'autres anciens prophètes, et qu'ils Le suivent pour recevoir le baptême de repentance ou une guérison miraculeuse, ou simplement pour toucher « au divin ». Le Seigneur Lui-même dit avec amertume : « vous Me cherchez... parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés » (Jn 6,26). Sa tentative de révéler à ces gens le dessein du Père provoque des murmures parmi les Juifs, si bien que beaucoup de disciples Le quittent.
Mais le prophète Amos dit que « Dieu ne fait rien sans révéler Son secret à Ses serviteurs les prophètes » (Am 3,7). Cela vaut aussi pour le dessein de Dieu concernant le salut du monde. Pour que les hommes puissent recevoir le Sacrifice de la Croix, ils doivent comprendre ce qu'il est. Pour que les hommes puissent recevoir le Chemin du salut qui nous est donné dans le Christ, il faut Le voir précisément comme le Chemin, la Vérité et la Vie. Et dans un lieu retiré, aux environs de Césarée de Philippe, dont parle l'évangéliste Luc, le Seigneur pose à Ses disciples une question directe : « Et vous, qui dites-vous que Je suis ? ». Il importe que l'évangéliste Jean, complétant le récit des Évangiles synoptiques, formule cette question autrement : « voulez-vous partir, vous aussi ? ». Ces douze hommes sont les derniers à qui le Seigneur peut adresser une question directe...
Lorsque Pierre, au nom de tous les disciples, confesse Jésus comme le Christ, le Fils du Dieu vivant, le Seigneur révèle pour la première fois aux disciples le dessein du salut du monde. La Crucifixion et la Résurrection sont révélées aux disciples, et à nous par leur témoignage, comme Pâque : le passage du Dieu vivant à travers notre vie humaine. Il n'y a pas de salut pour nous si un simple homme, fût-il prophète, est mort pour nous. Il n'y a même pas de salut pour nous si Dieu a simplement refait les lois de l'univers afin que le péché ne conduise pas à la mort : dans un monde modifié, nous ne resterions pas nous-mêmes. Le salut nous est donné en ceci : le Fils de Dieu est devenu Fils de l'homme et a partagé notre destin, nous ouvrant le chemin de la Résurrection. Pour s'engager sur ce chemin, chacun de nous, comme Pierre et les apôtres, doit voir en Jésus de Nazareth le Christ, le Fils du Dieu vivant.
18 Et il advint, comme il était à prier, seul, n'ayant avec lui que les disciples, qu'il les interrogea en disant : " Qui suis-je, au dire des foules ? " |
19 Ils répondirent : " Jean le Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un des anciens prophètes est ressuscité. " - |
20 " Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? " Pierre répondit : " Le Christ de Dieu. " |
21 Mais lui leur enjoignit et prescrivit de ne le dire à personne. |
22 " Le Fils de l'homme, dit-il, doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter. " |
La confession de Pierre est sans aucun doute l'un des moments les plus importants de la vie spirituelle de la communauté apostolique. Et c'est précisément à ce moment que Jésus commence à parler à Ses disciples de Sa mort sur la croix et de Sa résurrection. Tôt ou tard, cette conversation devait avoir lieu. Mais pourquoi précisément maintenant? Sans doute parce que, spirituellement, les disciples étaient prêts à entendre ce que le Maître leur disait.
Bien sûr, il ne s'agit pas de dire que leur intelligence était prête à accueillir ce qu'ils entendaient. Par l'intellect, ils ne comprirent pas ce qui avait été dit jusqu'à la résurrection même du Maître, et si l'on parle de toute la plénitude, jusqu'au jour de la Pentecôte. Il s'agissait d'autre chose: la confession de Pierre, à laquelle tous les apôtres avaient consenti, obligeait à accepter certaines choses sans lesquelles les apôtres n'auraient pas pu demeurer apôtres. Jésus, en effet, ne ressemblait pas du tout à l'image du Messie propre à la religiosité populaire, si proche et si compréhensible aux apôtres.
Même le jour de l'Ascension du Sauveur, les disciples attendaient de Lui qu'enfin Il devienne un Messie «véritable», «correct», qu'Il rétablisse l'État juif indépendant et qu'Il réalise enfin le programme religieux et politique que le peuple attendait du Messie en ces temps-là. Ce n'est pas par hasard que Jésus leur interdit de parler à qui que ce soit de Son messianisme: Il comprend parfaitement, bien sûr, quels appels s'ensuivraient. Les disciples comprirent tout autrement: ils décidèrent que le moment n'était pas encore venu, qu'il fallait préparer le soulèvement, et que jusqu'alors il fallait garder le silence sur le messianisme de leur Maître.
Et pourtant, malgré tous les malentendus et incompréhensions, Jésus leur dit ce qu'ils devaient désormais entendre. Entendre et accepter. Il n'y avait pas d'autre chemin: car c'est Dieu qui avait révélé à Pierre Qui se tenait devant lui. Désormais, lui aussi, comme tous les autres apôtres, devait tout savoir. Et décider pour lui-même, comme chacun des apôtres: accepte-t-il ce que le Maître a dit ou le rejette-t-il? La question n'était pas de savoir si ce qui avait été dit entrait ou non dans leur conscience. La question principale se réduisait à une seule chose: les disciples pourraient-ils, après tout ce qu'ils avaient entendu, continuer à faire confiance au Maître, ou ne le pourraient-ils pas? «Oui» signifiait le chemin vers le Royaume; «non», le chemin de Judas, le chemin vers les ténèbres extérieures.
23 Et il disait à tous : " Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix chaque jour, et qu'il me suive. |
24 Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera. |
25 Que sert donc à l'homme de gagner le monde entier, s'il se perd ou se ruine lui-même? |
26 Car celui qui aura rougi de moi et de mes paroles, de celui-là le Fils de l'homme rougira, lorsqu'il viendra dans sa gloire et dans celle du Père et des saints anges. |
27 " Je vous le dis vraiment, il en est de présents ici même qui ne goûteront pas la mort, avant d'avoir vu le Royaume de Dieu. " |
Les paroles du Sauveur sur la croix auraient pu, semble-t-il, ne pas être très compréhensibles pour Ses auditeurs: Sa mort sur la croix était encore à venir. Mais les Juifs des temps évangéliques savaient très bien ce qu’était la croix: environ un siècle avant les événements décrits par l’évangéliste, lorsque la Judée était encore indépendante, sous le règne d’Alexandre Jannée, une révolte lancée sous des slogans religieux et dirigée par des représentants du mouvement pharisien fut cruellement réprimée, et des centaines de ses participants furent crucifiés.
Une telle exécution était non seulement douloureuse et honteuse: la mort sur la croix souillait religieusement l’homme, et les autorités voulaient manifestement humilier les insurgés aussi de cette manière. C’est pourquoi les paroles de Jésus étaient compréhensibles pour chacun de Ses auditeurs, surtout pour les pharisiens, qui n’avaient certainement pas oublié leurs martyrs. Mais Jésus, de toute évidence, n’a pas du tout en vue des questions religieuses et politiques, bien que ceux qui étaient prêts à voir en Lui le Messie attendaient précisément de Lui un appel à la lutte, à l’insurrection contre les Romains, à la guerre sainte contre les païens qui occupaient la ville sainte.
Le Sauveur parle du Royaume qui «n’est pas de ce monde» et de cette vie nouvelle que vivent ses habitants. Et Il dit: celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais celui qui la donnera à cause de Moi la sauvera. Ces paroles paraissent paradoxales. Mais si l’on y réfléchit, si l’on regarde la vie terrestre du point de vue de la plénitude de la vie du Royaume, tout se remet en place.
En effet, ce qu’on appelle la vie dans le monde déchu, il faut tôt ou tard s’en séparer: car, au fond, ce n’est même pas la vie, mais seulement ses pauvres restes, qui s’écoulent comme l’eau dans le sable. Et même si un homme, en refusant le Royaume, reçoit en échange le monde entier, ce monde non transfiguré dans lequel le Sauveur est venu pour y introduire le Royaume qui le transfigure, la vie de celui qui a refusé ne deviendra pas plus pleine grâce à un tel pouvoir. Mais donner une partie pour recevoir en échange la plénitude, voilà une issue tout à fait raisonnable et tout à fait réelle. Car la vie du Royaume n’est pas une vie différente, se déroulant dans une autre dimension. C’est la même vie que la nôtre, mais conduite à la plénitude. À la plénitude possible dans le Royaume, mais impensable dans le monde non transfiguré.
Après votre inscription, vous pourrez vous abonner à l’envoi des textes de n’importe quel plan de lecture de la Bible. Nous prévoyons d’ajouter progressivement des paramètres personnalisés ainsi que d’autres services pour les utilisateurs inscrits. Nous vous conseillons donc de vous inscrire dès maintenant. C’est gratuit. | ||
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||