5 De même en effet que les souffrances du Christ abondent pour nous, ainsi, par le Christ, abonde aussi notre consolation. |
Les paroles de l'apôtre sur la consolation dans les souffrances peuvent sembler étranges au premier abord : seul un masochiste, sans doute, peut se réjouir de souffrir. L'histoire, et pas seulement l'histoire chrétienne, connaît certes de nombreux exemples de personnes qui sont restées fidèles à leur idéal malgré toutes les persécutions et toutes les épreuves, et qui se sont enorgueillies de n'avoir pas renié leurs principes envers et contre tout. Mais s'il y a ici de la joie, elle ne vient évidemment pas des souffrances elles-mêmes et, le plus souvent, elle n'est pas éprouvée pendant qu'on souffre. Elle vient lorsque tout est terminé et que l'on peut, en faisant le bilan, constater sa propre fermeté dans les épreuves subies pour une foi ou une idée. Or, à en juger par ses paroles, l'apôtre parle d'autre chose : de la consolation au moment même de la souffrance, une consolation d'autant plus grande que la souffrance elle-même est plus intense. Cela est inexplicable selon les lois du monde non transfiguré. Mais du point de vue du Royaume et de sa vie, tout se met en place. Bien sûr, la souffrance reste la souffrance et, en elle-même, elle n'apporte aucune joie. Mais la souffrance fait partie du monde non transfiguré qui gît dans le mal ; elle est elle-même une manifestation de ce mal et n'a pas de place dans le Royaume.
En outre, l'apôtre ne parle pas simplement des souffrances, mais des persécutions pour le Christ, pour le témoignage rendu au Royaume. Un témoignage qui n'est possible que dans la mesure où le témoin a lui-même pris part à la vie de ce Royaume même dont il témoigne. Et s'il est persécuté, c'est précisément parce qu'il ose vivre selon les lois du Royaume au sein du monde non transfiguré et appeler les autres à faire de même. Il n'est pas étonnant que plus le témoin est profondément enraciné dans la vie du Royaume, plus le monde le rejette, plus la persécution est intense et plus grandes sont les souffrances. Mais la vie du Royaume est elle aussi éprouvée avec d'autant plus de profondeur et de réalité que le témoin y est profondément enraciné ! C'est cette vie du Royaume qu'il éprouve comme consolation. En effet, la confession chrétienne dans la persécution, tout comme le martyre, ne ressemble qu'extérieurement aux souffrances et aux persécutions endurées pour une idée, dont l'histoire du monde non transfiguré offre tant d'exemples.
Le martyr d'une idée souffre, ou donne même sa vie, uniquement en échange de l'assurance d'avoir raison et du droit de se considérer comme l'expression et le porteur intransigeant de son idée. Cela peut parfois suffire, bien sûr, car certaines idées et certains principes ne sont pas loin du Royaume. Mais le confesseur chrétien souffre, et le martyr donne sa vie terrestre, non pour l'idée du Royaume, mais pour la plénitude de la vie du Royaume, qu'il perdrait s'il tentait, au prix d'un compromis — c'est-à-dire, en réalité, d'un reniement du Royaume —, d'en conserver le misérable semblant terrestre. Paul témoigne, semble-t-il, de cette « dialectique existentielle », comme dirait un philosophe contemporain, à partir de sa propre expérience de témoin chrétien, de confesseur et de martyr.
5 De même en effet que les souffrances du Christ abondent pour nous, ainsi, par le Christ, abonde aussi notre consolation. |
Plusieurs gens pensent que l'existence des souffrances et de la mort rend la foi en Christ absurde (pour l’équité, notons que pas moins de gens viennent à la foi à travers l'expérience de la souffrance et quelque part là à côté – la mort).
Comment peut-on dire que le Christ a vaincu la mort, si nous nous heurtons presque chaque jour à la mort? Quel sens ont les passions Christique, si les souffrances des gens n'ont pas été supprimées par cela? Le passage d'aujourd'hui pousse à de telles idées : le plus terrible dans nos souffrances c’est solitude, personne ne peut réellement partager notre souffrance avec nous.
La compassion des proches ne retire pas notre douleur intérieure, bien qu'elle apporte une certaine consolation. Mais voici que par le Christ, Dieu Lui-même entre dans la souffrance humaine, la remplit de Sa présence, et si nous acceptons cela par notre foi en Christ, alors et notre souffrance n’est plus solitaire, en elle se trouve le Christ souffrant. Il nous compatit.
En quelque sens, et nos souffrances ne sont plus tout à fait les nôtres, mais celles du Christ, car le Christ est entré dans ces souffrances à travers notre foi et c’est à Lui Jésus qu’on doit la compassion. Et alors disparaît dans cette compassion mutuelle la principale douleur - la solitude, les douleurs impartageables - et nous pouvons éprouver une telle consolation, qui sera beaucoup plus importante pour nous, que la souffrance.
1 Paul, apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, et Timothée, le frère, à l'Église de Dieu établie à Corinthe, ainsi qu'à tous les saints qui sont dans l'Achaïe entière; |
2 à vous grâce et paix de par Dieu, notre Père, et le Seigneur Jésus Christ! |
3 Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, |
4 qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit. |
5 De même en effet que les souffrances du Christ abondent pour nous, ainsi, par le Christ, abonde aussi notre consolation. |
6 Sommes-nous dans la tribulation? c'est pour votre consolation et salut. Sommes-nous consolés? c'est pour votre consolation, qui vous donne de supporter avec constance les mêmes souffrances que nous endurons, nous aussi. |
7 Et notre espoir à votre égard est ferme: nous savons que, partageant nos souffrances, vous partagerez aussi notre consolation. |
8 Car nous ne voulons pas que vous l'ignoriez, frères: la tribulation qui nous est survenue en Asie nous a accablés à l'excès, au-delà de nos forces, à tel point que nous désespérions même de conserver la vie. |
9 Vraiment, nous avons porté en nous-mêmes notre arrêt de mort, afin d'apprendre à ne pas mettre notre confiance en nous-mêmes mais en Dieu, qui ressuscite les morts. |
10 C'est lui qui nous a délivrés d'une telle mort et nous en délivrera; en lui nous avons cette espérance qu'il nous en délivrera encore. |
11 Vous-mêmes nous aiderez par la prière, afin que ce bienfait, qu'un grand nombre de personnes nous auront obtenu, soit pour un grand nombre un motif d'action de grâces à notre sujet. |
Paul commence sa deuxième lettre à l'Église de Corinthe en mentionnant les persécutions qui se sont abattues sur lui-même et sur ses compagnons en Asie Mineure (la province romaine d'Asie, v. 8). Et en parlant de ce que sont la confession de la foi et le martyre pour un chrétien (v. 3-5). À l'homme qui ne connaît pas le Royaume, cela apparaît souvent comme quelque chose de semblable aux persécutions dont ont souvent souffert autrefois, et souffrent encore aujourd'hui, les prédicateurs d'idées nouvelles ou les combattants de la justice. En un certain sens, ce regard peut être tenu pour juste: tous les apôtres, Paul compris, prêchaient le Christ et rendaient témoignage au Royaume; il y avait là place pour des idées nouvelles et pour des rappels exigeants de la Torah et de la justice sans laquelle on n'entre pas dans le Royaume.
Mais le témoignage des apôtres n'était pourtant pas l'exposé d'idées nouvelles ni un appel à la justice aussi vieux que le monde. Le Royaume apporté au monde par le Sauveur n'est pas une idée ni un appel à une vie nouvelle: il est la vie même, aussi réelle et indubitable pour le témoin que l'est, pour l'homme qui ne connaît pas le Royaume, la vie de notre monde encore non transfiguré. Et la disponibilité même à mourir devient non seulement une preuve de la vérité des paroles du témoin, qu'il place au-dessus de sa propre vie, mais un témoignage en tant que tel, un exemple visible du fait que la vie du Royaume est pour celui qui parle une réalité authentique et certaine, plus réelle même que la mort, qui met le point final au destin de chacun dont la vie se déroule seulement dans les limites de notre monde encore non transfiguré. Dans un monde atteint par le péché, tous sont condamnés à la mort; la question est seulement de savoir si la vie de l'homme se limite au cadre de ce monde, ou s'il peut tout de même espérer en Celui qui, ayant lui-même vaincu le péché du monde, peut délivrer de la puissance de la mort ses propres disciples (v. 9-10).
Les souffrances et la mort, en elles-mêmes, ne prouvent bien sûr rien. Ce qui peut devenir preuve, c'est seulement le fait évident qu'il existe dans la vie du témoin quelque chose qui n'est soumis ni aux souffrances ni à la mort, fait dont le témoin sera capable de témoigner devant ceux qui l'entourent précisément au temps des souffrances ou à l'instant de sa propre mort. Or un tel témoignage n'est possible que si le témoin vit de la vie du Royaume, la sentant en lui même lorsque l'homme qui ne connaît pas le Royaume n'a déjà plus rien sur quoi compter. Il n'est pas étonnant que puissent participer à de telles souffrances aussi ceux qui n'y sont pas directement mêlés: il s'agit en effet du Royaume, qui ne connaît pas de frontières (v. 6-7). Certes, ni les souffrances ni la mort en elles-mêmes n'ont de sens et ne peuvent en avoir, pas plus qu'aucun mal. Mais la victoire sur la mort a un sens, et le chrétien peut en témoigner. Alors son témoignage devient non plus seulement celui de sa propre intrépidité devant la mort, mais le témoignage du Royaume.
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