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La Bible de Jerusalem (fr)

2 Maccabées, Chapitre 4

IV. Propagande hellénistique et persécution sous Antiochus Épiphane> 1 Méfaits du prévôt Simon., 7 Jason, le grand prêtre, introduit l’hellénisme., 21 Antiochus Épiphane acclamé à Jérusalem., 23 Ménélas devient grand prêtre., 30 Le meurtre d’Onias., 39 Lysimaque périt au cours d’une sédition., 43 Ménélas acquitté à prix d’argent.
1 Le susdit Simon, passé dénonciateur du trésor et de la patrie, calomniait Onias comme si ce dernier avait fait assaillir Héliodore et avait été l’artisan de ce malheur.
2 Le bienfaiteur de la cité, le protecteur de ses frères de race, le zélé observateur des lois, il osait en faire un ennemi de la chose publique.
3 Cette haine grandit au point que des meurtres furent commis par des affidés de Simon.
4 Considérant combien une telle rivalité était fâcheuse, et qu’Apollonius, fils de Ménesthée, stratège de Cœlé-Syrie et Phénicie, ne faisait qu’accroître la méchanceté de Simon,
5 Onias se transporta chez le roi, non pour être l’accusateur de ses concitoyens, mais ayant en vue l’intérêt général et particulier de tout le peuple.
6 Il voyait bien en effet que, sans une intervention royale, il était impossible d’obtenir désormais la paix publique, et que Simon ne mettrait pas un terme à sa folie.
7 Séleucus ayant quitté cette vie et Antiochus, surnommé Épiphane, lui ayant succédé, Jason, frère d’Onias, usurpa le pontificat :
8 il promit au roi, au cours d’une entrevue, trois cent soixante talents d’argent et quatre-vingts talents à prélever sur quelque autre revenu.
9 Il s’engageait en outre à payer cent cinquante autres talents si le roi lui donnait pouvoir d’établir un gymnase et une éphébie et de dresser la liste des Antiochéens de Jérusalem.
10 Le roi ayant consenti, Jason, dès qu’il eut saisi le pouvoir, amena ses frères de race à la pratique de la vie grecque.
11 Il supprima les franchises que les rois, par philanthropie, avaient accordées aux Juifs grâce à l’entremise de Jean, père de cet Eupolème qui sera envoyé en ambassade pour conclure un traité d’amitié et d’alliance avec les Romains ; détruisant les institutions légitimes, Jason inaugura des usages contraires à la Loi.
12 Il se fit en effet un plaisir de fonder un gymnase au pied même de l’acropole, et il conduisit les meilleurs des éphèbes sous le pétase.
13 L’hellénisme atteignit une telle vigueur et la mode étrangère un tel degré, par suite de l’excessive perversité de Jason impie et pas du tout pontife,
14 que les prêtres ne montraient plus aucun zèle pour le service de l’autel, mais que, méprisant le Temple et négligeant les sacrifices, ils se hâtaient de prendre part, dès l’appel du gong, à la distribution, prohibée par la Loi, de l’huile dans la palestre ;
15 ne faisant aucun cas des honneurs de leur patrie, ils estimaient au plus haut point les gloires helléniques.
16 C’est bien pour ces raisons qu’ils se trouvèrent ensuite dans des situations pénibles, et qu’en ceux-là mêmes dont ils cherchaient à copier les façons de vivre et auxquels ils voulaient ressembler en tout, ils rencontrèrent des ennemis et des bourreaux.
17 On ne viole pas impunément les lois divines, c’est ce que démontrera la période suivante.
18 Comme on célébrait à Tyr les jeux quadriennaux en présence du roi,
19 l’abject Jason envoya des ambassadeurs, à titre d’Antiochéens de Jérusalem, portant avec eux trois cents drachmes d’argent pour le sacrifice à Héraclès. Mais ceux-là mêmes qui les portaient jugèrent qu’il ne convenait pas de les affecter au sacrifice et qu’elles seraient réservées à une autre dépense.
20 Ainsi, l’argent destiné au sacrifice d’Héraclès par celui qui l’envoyait fut affecté, à cause de ceux qui l’apportaient, à la construction des trirèmes.
21 Apollonius, fils de Ménesthée, avait été envoyé en Égypte pour assister aux noces du roi Philométor. Antiochus apprit que ce dernier était devenu hostile à ses affaires et se préoccupa de sa propre sécurité : c’est ce qui l’amena à Joppé, d’où il se rendit à Jérusalem.
22 Grandement reçu par Jason et par la ville, il fut introduit à la lumière des flambeaux et au milieu des acclamations. À la suite de quoi, il emmena l’armée camper en Phénicie.
23 Au bout de trois ans, Jason envoya Ménélas, frère du Simon signalé plus haut, porter l’argent au roi et mener à bien les négociations des affaires urgentes.
24 Ménélas, s’étant fait recommander au roi et l’ayant abordé avec les manières d’un personnage de marque, se fit attribuer le pontificat à lui-même, offrant trois cents talents d’argent de plus que n’avait offert Jason.
25 Muni des lettres royales d’investiture, il s’en revint, n’ayant rien qui fût digne de la grand-prêtrise mais n’apportant que les fureurs d’un tyran cruel et les rages d’une bête sauvage.
26 Ainsi Jason qui avait supplanté son propre frère, supplanté à son tour par un autre, dut gagner en fugitif l’Ammanitide.
27 Quant à Ménélas, il possédait sans doute le pouvoir, mais il ne versait rien au roi des sommes qu’il lui avait promises.
28 Sostrate cependant, préfet de l’acropole, lui présentait des réclamations, car c’est à lui que revenait la perception des impôts. Aussi bien tous les deux furent-ils convoqués par le roi.
29 Tandis que Ménélas laissait pour le remplacer comme grand prêtre son propre frère Lysimaque, Sostrate laissait Kratès, le chef des Chypriotes.
30 Sur ces entrefaites, il arriva que les habitants de Tarse et de Mallos se révoltèrent parce que leurs villes avaient été données en présent à Antiochis, la concubine du roi.
31 Le roi alla donc en hâte régler cette affaire, laissant pour le remplacer Andronique, l’un des grands dignitaires.
32 Convaincu de saisir une occasion favorable, Ménélas déroba quelques vases d’or du sanctuaire, il en fit cadeau à Andronique et réussit à en vendre d’autres à Tyr et aux villes voisines.
33 Devant l’évidence du fait, Onias lui adressa des reproches, après s’être retiré dans le lieu inviolable de Daphné voisine d’Antioche.
34 En conséquence Ménélas, prenant à part Andronique le pressait de supprimer Onias. Andronique vint donc trouver Onias : se fiant à la ruse et lui tendant la main droite avec serment, il le décida, sans toutefois dissiper tout soupçon, à sortir de son asile, et le mit à mort sur-le-champ sans tenir compte de la justice.
35 Pour ce motif, non seulement les Juifs, mais aussi beaucoup de gens parmi les autres peuples furent indignés et trouvèrent intolérable le meurtre injuste de cet homme.
36 Lorsque le roi fut rentré des régions ciliciennes, les Juifs de la capitale et les Grecs qui partageaient leur haine de la violence vinrent le trouver au sujet du meurtre injustifié d’Onias.
37 Antiochus, contristé jusqu’au fond de l’âme et touché de compassion, versa des larmes au souvenir de la prudence et de la modération du défunt.
38 Enflammé d’indignation, il dépouilla immédiatement Andronique de la pourpre et déchira ses vêtements, puis l’ayant fait mener par toute la ville, il envoya hors de ce monde le meurtrier, à l’endroit même où il avait exercé son impiété sur Onias, le Seigneur le frappant ainsi d’un juste châtiment.
39 Or, un grand nombre de vols sacrilèges ayant été commis dans la ville par Lysimaque d’accord avec Ménélas, et le bruit s’en étant répandu au-dehors, le peuple s’ameuta contre Lysimaque, alors que beaucoup d’objets d’or avaient déjà été dispersés.
40 Comme la multitude s’était soulevée, débordante de colère, Lysimaque arma près de trois mille hommes et prit l’initiative des violences ; marchait en tête un certain Auranos, homme avancé en âge, et non moins en folie.
41 Prenant conscience de l’attaque de Lysimaque, les uns s’armaient de pierres, les autres de gourdins, certains prenaient à pleines mains la cendre qui se trouvait là, et tous assaillirent pêle-mêle les gens de Lysimaque.
42 Aussi bien leur firent-ils beaucoup de blessés et quelques morts ; ils mirent le reste en fuite et, quant au voleur sacrilège, ils le massacrèrent près du Trésor.
43 Sur ces faits un procès fut intenté à Ménélas.
44 Lorsque le roi vint à Tyr, les trois hommes envoyés par le sénat soutinrent devant lui la justice de leur cause.
45 Voyant déjà la partie perdue, Ménélas promit des sommes importantes à Ptolémée, fils de Dorymène, pour qu’il gagnât le roi à sa cause.
46 Aussi Ptolémée, ayant emmené le roi sous un portique comme pour prendre le frais, le fit changer d’avis,
47 si bien qu’il renvoya Ménélas, l’auteur de tout ce mal, absous des accusations portées contre lui, et qu’il condamna à mort des malheureux qui, s’ils avaient plaidé leur cause même devant des Scythes, eussent été renvoyés innocents.
48 Ceux donc qui avaient pris la défense de la ville, des bourgs et des vases sacrés subirent sans délai cette peine injuste.
49 Aussi vit-on même des Tyriens, outrés d’une telle méchanceté, pourvoir magnifiquement à leur sépulture.
50 Quant à Ménélas, grâce à la cupidité des puissants, il se maintint au pouvoir, grandissant en malice et se posant en principal adversaire de ses concitoyens.

2 Maccabées, Chapitre 5

IV. Propagande hellénistique et persécution sous Antiochus Épiphane> 1 Seconde campagne d’Égypte., 5 Agression de Jason et répression d’Épiphane., 15 Pillage du Temple., 27 Intervention d’Apollonius le Mysarque.
1 Vers ce temps-là Antiochus préparait sa seconde attaque contre l’Égypte.
2 Il arriva que dans toute la ville, pendant près de quarante jours, apparurent, courant dans les airs, des cavaliers vêtus de robes brodées d’or, des troupes armées disposées en cohortes,
3 des escadrons de cavalerie rangés en ordre de bataille, des attaques et des charges conduites de part et d’autre, des boucliers agités, des forêts de piques, des épées tirées hors du fourreau, des traits volants, un éclat fulgurant d’armures d’or et des cuirasses de tout modèle.
4 Aussi tous priaient pour que cette apparition fût de bon augure.
5 Or, sur un faux bruit de la mort d’Antiochus, Jason, ne prenant avec lui pas moins d’un millier d’hommes, dirigea à l’improviste une attaque contre la ville. La muraille forcée et la ville finalement prise, Ménélas se réfugia dans l’acropole.
6 Jason se livra sans pitié au massacre de ses propres concitoyens, sans penser qu’un succès remporté sur ses frères de race était le plus grand des insuccès, croyant remporter des trophées sur des ennemis et non sur des compatriotes.
7 D’un côté, il ne réussit pas à s’emparer du pouvoir et, de l’autre, ses machinations ayant tourné à sa honte, il s’en alla chercher de nouveau un refuge en Ammanitide.
8 Sa conduite perverse trouva donc un terme : enfermé chez Arétas, tyran des Arabes, puis s’enfuyant de sa ville, poursuivi par tous, détesté parce qu’il reniait les lois, exécré comme le bourreau de sa patrie et de ses concitoyens, il échoua en Égypte.
9 Lui qui avait banni un grand nombre de personnes de leur patrie, il périt sur la terre étrangère, étant parti pour Lacédémone dans l’espoir d’y trouver un refuge en considération d’une commune origine.
10 Lui qui avait jeté tant d’hommes sur le sol sans sépulture, nul ne le pleura et ne lui rendit les derniers devoirs ; il n’eut aucune place dans le tombeau de ses pères.
11 Lorsque ces faits furent arrivés à la connaissance du roi, celui-ci en conclut que la Judée faisait défection. Il quitta donc l’Égypte, furieux comme une bête sauvage, et prit la ville à main armée.
12 Il ordonna ensuite aux soldats d’abattre sans pitié ceux qu’ils rencontreraient et d’égorger ceux qui monteraient dans leurs maisons.
13 On extermina jeunes et vieux, on supprima femmes et enfants, on égorgea jeunes filles et nourrissons.
14 Il y eut quatre-vingt mille victimes en ces trois jours, dont quarante mille tombèrent sous les coups et autant furent vendus comme esclaves.
15 Non content de cela, il osa pénétrer dans le sanctuaire le plus saint de toute la terre, avec pour guide Ménélas, qui en était venu à trahir les lois et la patrie.
16 Il prit de ses mains impures les vases sacrés et rafla de ses mains profanes les offrandes que les autres rois y avaient déposées pour l’accroissement, la gloire et la dignité du saint lieu.
17 Antiochus s’exaltait en pensée, ne voyant pas que le Seigneur était irrité pour peu de temps à cause des péchés des habitants de la ville — d’où venait cette indifférence envers le lieu saint.
18 En tout cas, s’ils n’avaient pas été plongés dans une multitude de péchés, lui aussi, à l’instar d’Héliodore envoyé par le roi Séleucus pour inspecter le trésor, il aurait été, dès son arrivée, flagellé et détourné de sa témérité.
19 Mais le Seigneur a choisi non pas le peuple à cause du lieu saint, mais le lieu à cause du peuple.
20 C’est pourquoi le lieu lui-même, après avoir participé aux malheurs du peuple, a eu part ensuite aux bienfaits ; délaissé au moment de la colère du Tout-Puissant, il a été de nouveau, en vertu de sa réconciliation avec le grand Souverain, restauré dans toute sa gloire.
21 Antiochus, après avoir enlevé au Temple dix-huit cents talents, se hâta de retourner à Antioche, croyant, dans sa superbe, à cause de l’exaltation de son cœur, rendre navigable la terre ferme et rendre la mer praticable à la marche.
22 Mais il laissa des préposés pour faire du mal à la nation ; à Jérusalem, Philippe, Phrygien de race, de caractère plus barbare encore que celui qui l’avait institué ;
23 sur le mont Garizim, Andronique ; et en plus de ceux-ci, Ménélas qui plus méchamment que les autres dominait sur ses concitoyens.
Nourrissant à l’égard des Juifs une hostilité foncière,
24 le roi envoya le mysarque Apollonius à la tête d’une armée, soit vingt-deux mille hommes, avec ordre d’égorger tous ceux qui étaient dans la force de l’âge et de vendre les femmes et les enfants.
25 Arrivé en conséquence à Jérusalem, et jouant le personnage pacifique, il attendit jusqu’au saint jour du sabbat où, profitant du repos des Juifs, il commanda à ses subordonnés une prise d’armes.
26 Tous ceux qui étaient sortis pour assister au spectacle, il les fit massacrer et, envahissant la ville avec ses soldats en armes, il mit à mort une multitude de gens.
27 Or Judas, appelé aussi Maccabée, se trouvant avec une dizaine d’autres, se retira dans le désert, vivant comme les bêtes sauvages sur les montagnes avec ses compagnons, ne mangeant jamais que des herbes pour ne pas contracter de souillures.

2 Maccabées, Chapitre 6

IV. Propagande hellénistique et persécution sous Antiochus Épiphane> 1 Installation des cultes païens., 12 Le sens providentiel de la persécution., 18 Le martyre d’Éléazar.
1 Peu de temps après, le roi envoya Géronte l’Athénien pour forcer les Juifs à enfreindre les lois de leurs pères et à ne plus régler leur vie sur les lois de Dieu,
2 pour profaner le Temple de Jérusalem et le dédier à Zeus Olympien, et celui du mont Garizim à Zeus Hospitalier, comme le demandaient les habitants du lieu.
3 L’invasion de ces maux était, même pour la masse, pénible et difficile à supporter.
4 Le sanctuaire était rempli de débauches et d’orgies par des païens qui s’amusaient avec des prostituées et avaient commerce avec des femmes dans les parvis sacrés, et qui encore y apportaient des choses défendues.
5 L’autel était couvert de victimes illicites, réprouvées par les lois.
6 Il n’était même pas permis de célébrer le sabbat, ni de garder les fêtes de nos pères, ni simplement de confesser que l’on était Juif.
7 On était conduit par une amère nécessité à participer chaque mois au repas rituel, le jour de la naissance du roi et, lorsque arrivaient les fêtes dionysiaques, on devait, couronné de lierre, accompagner le cortège de Dionysos.
8 Un décret fut rendu, à l’instigation des gens de Ptolémaïs, pour que, dans les villes grecques du voisinage, l’on tînt la même conduite à l’égard des Juifs, et que ceux-ci prissent part au repas rituel,
9 avec ordre d’égorger ceux qui ne se décideraient pas à adopter les coutumes grecques. Tout cela faisait prévoir l’imminence de la calamité.
10 Ainsi deux femmes furent déférées en justice pour avoir circoncis leurs enfants. On les produisit en public à travers la ville, leurs enfants suspendus à leurs mamelles, avant de les précipiter ainsi du haut des remparts.
11 D’autres s’étaient rendus ensemble dans des cavernes voisines pour y célébrer en cachette le septième jour. Dénoncés à Philippe, ils furent brûlés ensemble, se gardant bien de se défendre eux-mêmes par respect pour la sainteté du jour.
12 Je recommande à ceux qui auront ce livre entre les mains de ne pas se laisser déconcerter à cause de ces calamités, et de croire que ces persécutions ont eu lieu non pour la ruine mais pour la correction de notre race.
13 Quand les pécheurs ne sont pas laissés longtemps à eux-mêmes, mais que les châtiments ne tardent pas à les atteindre, c’est une marque de grande bonté.
14 À l’égard des autres nations, le Maître attend avec longanimité, pour les châtier, qu’elles arrivent à combler la mesure de leurs iniquités ; ce n’est pas ainsi qu’il a jugé à propos d’agir avec nous,
15 afin qu’il n’ait pas à nous punir plus tard lorsque nos péchés auraient atteint leur pleine mesure.
16 Aussi bien ne retire-t-il jamais de nous sa miséricorde : en le châtiant par l’adversité, il n’abandonne pas son peuple.
17 Qu’il nous suffise d’avoir rappelé cette vérité ; après ces quelques mots, il nous faut revenir à notre récit.
18 Éléazar, un des premiers docteurs de la Loi, homme déjà avancé en âge et du plus noble extérieur, était contraint, tandis qu’on lui ouvrait la bouche de force, de manger de la chair de porc.
19 Mais lui, préférant une mort glorieuse à une existence infâme, marchait volontairement au supplice de la roue,
20 non sans avoir craché sa bouchée, comme le doivent faire ceux qui ont le courage de rejeter ce à quoi il n’est pas permis de goûter par amour de la vie.
21 Ceux qui présidaient à ce repas rituel interdit par la Loi le prirent à part, car cet homme était pour eux une vieille connaissance ; ils l’engagèrent à faire apporter des viandes dont il était permis de faire usage, et qu’il aurait lui-même préparées ; il n’avait qu’à feindre de manger des chairs de la victime, comme le roi l’avait ordonné,
22 afin qu’en agissant de la sorte, il fût préservé de la mort et profitât de cette humanité due à la vieille amitié qui les liait.
23 Mais lui, prenant une noble résolution, digne de son âge, de l’autorité de sa vieillesse et de ses vénérables cheveux blanchis dans le labeur, digne d’une conduite parfaite depuis l’enfance et surtout de la sainte législation établie par Dieu même, il fit une réponse en conséquence, disant qu’on l’envoyât sans tarder au séjour des morts.
24 « À notre âge, ajouta-t-il, il ne convient pas de feindre, de peur que nombre de jeunes, persuadés qu’Éléazar aurait embrassé à quatre-vingt-dix ans les mœurs des étrangers,
25 ne s’égarent eux aussi, à cause de moi et de ma dissimulation, et cela pour un tout petit reste de vie. J’attirerais ainsi sur ma vieillesse souillure et déshonneur,
26 et quand j’échapperais pour le présent au châtiment des hommes, je n’éviterai pas, vivant ou mort, les mains du Tout-Puissant.
27 C’est pourquoi, si je quitte maintenant la vie avec courage, je me montrerai digne de ma vieillesse,
28 ayant laissé aux jeunes le noble exemple d’une belle mort, volontaire et généreuse, pour les vénérables et saintes lois. »
Ayant ainsi parlé, il alla tout droit au supplice de la roue,
29 mais ceux qui l’y conduisaient changèrent en malveillance la bienveillance qu’ils avaient eue pour lui un peu auparavant, à cause du discours qu’il venait de tenir et qui à leur point de vue était de la folie.
30 Lui, de son côté, étant sur le point de mourir sous les coups, dit en soupirant : « Au Seigneur qui a la science sainte, il est manifeste que, pouvant échapper à la mort, j’endure sous les fouets des douleurs cruelles dans mon corps, mais qu’en mon âme je les souffre avec joie à cause de la crainte qu’il m’inspire. »
31 Il quitta donc la vie de cette manière (laissant dans sa mort, non seulement à la jeunesse, mais à la grande majorité de la nation, un exemple de courage et un mémorial de vertu).

2 Maccabées, Chapitre 7

IV. Propagande hellénistique et persécution sous Antiochus Épiphane> 1 Le martyre des sept frères.
1 Il arriva aussi que sept frères ayant été arrêtés avec leur mère, le roi voulut les contraindre, en leur infligeant les fouets et les nerfs de bœuf, à toucher à la viande de porc (interdite par la Loi).
2 L’un d’eux se faisant leur porte-parole : « Que vas-tu, dit-il, demander et apprendre de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que d’enfreindre les lois de nos pères. »
3 Le roi, hors de lui, fit mettre sur le feu des poêles et des chaudrons.
4 Sitôt qu’ils furent brûlants, il ordonna de couper la langue à celui qui avait été leur porte-parole, de lui enlever la peau de la tête et de lui trancher les extrémités, sous les yeux de ses autres frères et de sa mère.
5 Lorsqu’il fut complètement impotent, il commanda de l’approcher du feu, respirant encore, et de le faire passer à la poêle. Tandis que la vapeur de la poêle se répandait au loin, les autres s’exhortaient mutuellement avec leur mère à mourir avec vaillance :
6 « Le Seigneur Dieu voit, disaient-ils, et il a en vérité compassion de nous selon que Moïse l’a annoncé par le cantique qui proteste ouvertement en ces termes : « Et il aura pitié de ses serviteurs ». »
7 Lorsque le premier eut quitté la vie de cette manière, on amena le second pour le supplice. Après lui avoir arraché la peau de la tête avec les cheveux, on lui demandait : « Veux-tu manger du porc, avant que ton corps ne soit torturé membre par membre ? »
8 Il répondit dans la langue de ses pères : « Non ! » C’est pourquoi lui aussi fut à son tour soumis aux tourments.
9 Au moment de rendre le dernier soupir : « Scélérat que tu es, dit-il, tu nous exclus de cette vie présente, mais le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle, nous qui mourons pour ses lois. »
10 Après lui on châtia le troisième. Il présenta aussitôt sa langue comme on le lui demandait et tendit ses mains avec intrépidité ;
11 (il déclara courageusement : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de ses lois je les méprise et c’est de lui que j’espère les recouvrer de nouveau. »)
12 Le roi lui-même et son escorte furent frappés du courage de ce jeune homme qui comptait les souffrances pour rien.
13 Ce dernier une fois mort, on soumit le quatrième aux mêmes tourments et tortures.
14 Sur le point d’expirer il s’exprima de la sorte : « Mieux vaut mourir de la main des hommes en tenant de Dieu l’espoir d’être ressuscité par lui, car pour toi il n’y aura pas de résurrection à la vie. »
15 On amena ensuite le cinquième et on le tortura.
16 Mais lui, fixant les yeux sur le roi, lui disait : « Tu as, quoique corruptible, autorité sur les hommes, tu fais ce que tu veux. Ne pense pas cependant que notre race soit abandonnée de Dieu.
17 Pour toi, prends patience et tu verras sa grande puissance, comme il te tourmentera toi et ta race. »
18 Après celui-là ils amenèrent le sixième, qui dit, sur le point de mourir : « Ne te fais pas de vaine illusion, c’est à cause de nous-mêmes que nous souffrons cela, ayant péché envers notre propre Dieu (aussi nous est-il arrivé des choses étonnantes).
19 Mais toi, ne t’imagine pas que tu seras impuni après avoir entrepris de faire la guerre à Dieu. »
20 Éminemment admirable et digne d’une illustre mémoire fut la mère qui, voyant mourir ses sept fils dans l’espace d’un seul jour, le supporta courageusement en vertu des espérances qu’elle plaçait dans le Seigneur.
21 Elle exhortait chacun d’eux, dans la langue de ses pères, et, remplie de nobles sentiments, elle animait d’un mâle courage son raisonnement de femme. Elle leur disait :
22 « Je ne sais comment vous avez apparu dans mes entrailles ; ce n’est pas moi qui vous ai gratifiés de l’esprit et de la vie ; ce n’est pas moi qui ai organisé les éléments qui composent chacun de vous.
23 Aussi bien le Créateur du monde, qui a formé le genre humain et qui est à l’origine de toute chose, vous rendra-t-il, dans sa miséricorde, et l’esprit et la vie, parce que vous vous méprisez maintenant vous-mêmes pour l’amour de ses lois. »
24 Antiochus se crut vilipendé et soupçonna un outrage dans ces paroles. Comme le plus jeune était encore en vie, non seulement il l’exhortait par des paroles, mais il lui donnait par des serments l’assurance de le rendre à la fois riche et très heureux, s’il abandonnait les traditions ancestrales, d’en faire son ami et de lui confier de hauts emplois.
25 Le jeune homme ne prêtant à cela aucune attention, le roi fit approcher la mère et l’engagea à donner à l’adolescent des conseils pour sauver sa vie.
26 Lorsqu’il l’eut longuement exhortée, elle consentit à persuader son fils.
27 Elle se pencha donc vers lui et, mystifiant le tyran cruel, elle s’exprima de la sorte dans la langue de ses pères : « Mon fils, aie pitié de moi qui t’ai porté neuf mois dans mon sein, qui t’ai allaité trois ans, qui t’ai nourri et élevé jusqu’à l’âge où tu es (et pourvu à ton entretien).
28 Je t’en conjure, mon enfant, regarde le ciel et la terre et vois tout ce qui est en eux, et sache que Dieu les a faits de rien et que la race des hommes est faite de la même manière.
29 Ne crains pas ce bourreau, mais, te montrant digne de tes frères, accepte la mort, afin que je te retrouve avec eux dans la miséricorde. »
30 À peine achevait-elle de parler que le jeune homme dit : « Qu’attendez-vous ? Je n’obéis pas aux ordres du roi, j’obéis aux ordres de la Loi qui a été donnée à nos pères par Moïse.
31 Et toi, qui t’es fait l’inventeur de toute la calamité qui fond sur les Hébreux, tu n’échapperas pas aux mains de Dieu.
32 (Nous autres, nous souffrons à cause de nos propres péchés.)
33 Si, pour notre châtiment et notre correction, notre Seigneur qui est vivant s’est courroucé un moment contre nous, il se réconciliera de nouveau avec ses serviteurs. Mais toi
34 ô impie et le plus infect de tous les hommes, ne t’élève pas sans raison, te berçant de vains espoirs et levant la main contre ses serviteurs,
35 car tu n’as pas encore échappé au jugement de Dieu qui peut tout et qui voit tout.
36 Quant à nos frères, après avoir supporté une douleur passagère, en vue d’une vie intarissable, ils sont tombés pour l’alliance de Dieu, tandis que toi, par le jugement de Dieu, tu porteras le juste châtiment de ton orgueil.
37 Pour moi, je livre comme mes frères mon corps et ma vie pour les lois de mes pères, suppliant Dieu d’être bientôt favorable à notre nation et de t’amener par les épreuves et les fléaux à confesser qu’il est le seul Dieu.
38 Puisse enfin s’arrêter sur moi et sur mes frères la colère du Tout-Puissant justement déchaînée sur toute notre race ! »
39 Le roi, hors de lui, sévit contre ce dernier encore plus cruellement que contre les autres, le sarcasme lui étant particulièrement amer.
40 Ainsi trépassa le jeune homme, sans s’être souillé, et avec une parfaite confiance dans le Seigneur.
41 Enfin la mère mourut la dernière, après ses fils.
42 Mais en voilà assez sur la question des repas rituels et des tortures monstrueuses.
Читать далее:2 Maccabées, Chapitre 8

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