Apparemment, dans l'Église en général et dans l'Église de Rome en particulier, il y avait alors des gens convaincus que le péché n'était pas dangereux pour le chrétien: après tout, il ne fait que souligner et mettre en relief l'action de la grâce de Dieu dans la vie de l'homme; il n'y a donc rien à craindre du péché.
On supposait alors que, puisque le chrétien appartient déjà par définition au Royaume, aucun péché ne peut lui nuire ni le séparer du Royaume: Dieu est plus fort que le mal dans lequel gît le monde, et le Christ a définitivement vaincu le mal de ce monde et le diable lui-même, si bien que le mal, désormais, n'existe plus vraiment. Et s'il en est ainsi, le chrétien n'a pas à craindre cette illusion ni à penser au péché comme à quelque chose de réel et d'efficace.
Paul, lui, comprend parfaitement que, jusqu'à la pleine transfiguration du monde et de l'homme, le péché aura pouvoir sur l'homme dans la mesure où l'homme lui-même reste encore l'ancien. Le combat n'est pas encore achevé: le Christ a vaincu le mal du monde, mais chacun devra vaincre en soi ce même mal, même si c'est avec Son aide. Et tant que cela n'est pas fait, on ne peut parler d'invulnérabilité de l'homme au péché.
Ainsi, le chemin de la justice, même dans le Royaume, demeure le chemin de la justice; il demeure le chemin de la résistance au péché, qui cherche à priver le chrétien de cette vie du Royaume à laquelle il a été rendu participant. Cette menace n'est pas illusoire, elle est tout à fait réelle. Et elle est réelle à chaque seconde, à chaque instant de l'existence humaine. Toute la vie du chrétien devient un choix entre le péché et le Royaume. Et c'est un choix continu, non pas simplement fait une fois pour toutes. Un choix qu'il faudra confirmer. Ou ne pas confirmer; mais alors il faudra oublier le Royaume aussi bien que le salut.
