15 Quoi donc? Allons-nous pécher parce que nous ne sommes pas sous la Loi, mais sous la grâce? Certes non! |
16 Ne savez-vous pas qu'en vous offrant à quelqu'un comme esclaves pour obéir, vous devenez les esclaves du maître à qui vous obéissez, soit du péché pour la mort, soit de l'obéissance pour la justice? |
Apparemment, dans l'Église en général et dans l'Église de Rome en particulier, il y avait alors des gens convaincus que le péché n'était pas dangereux pour le chrétien: après tout, il ne fait que souligner et mettre en relief l'action de la grâce de Dieu dans la vie de l'homme; il n'y a donc rien à craindre du péché.
On supposait alors que, puisque le chrétien appartient déjà par définition au Royaume, aucun péché ne peut lui nuire ni le séparer du Royaume: Dieu est plus fort que le mal dans lequel gît le monde, et le Christ a définitivement vaincu le mal de ce monde et le diable lui-même, si bien que le mal, désormais, n'existe plus vraiment. Et s'il en est ainsi, le chrétien n'a pas à craindre cette illusion ni à penser au péché comme à quelque chose de réel et d'efficace.
Paul, lui, comprend parfaitement que, jusqu'à la pleine transfiguration du monde et de l'homme, le péché aura pouvoir sur l'homme dans la mesure où l'homme lui-même reste encore l'ancien. Le combat n'est pas encore achevé: le Christ a vaincu le mal du monde, mais chacun devra vaincre en soi ce même mal, même si c'est avec Son aide. Et tant que cela n'est pas fait, on ne peut parler d'invulnérabilité de l'homme au péché.
Ainsi, le chemin de la justice, même dans le Royaume, demeure le chemin de la justice; il demeure le chemin de la résistance au péché, qui cherche à priver le chrétien de cette vie du Royaume à laquelle il a été rendu participant. Cette menace n'est pas illusoire, elle est tout à fait réelle. Et elle est réelle à chaque seconde, à chaque instant de l'existence humaine. Toute la vie du chrétien devient un choix entre le péché et le Royaume. Et c'est un choix continu, non pas simplement fait une fois pour toutes. Un choix qu'il faudra confirmer. Ou ne pas confirmer; mais alors il faudra oublier le Royaume aussi bien que le salut.
15 Quoi donc? Allons-nous pécher parce que nous ne sommes pas sous la Loi, mais sous la grâce? Certes non! |
16 Ne savez-vous pas qu'en vous offrant à quelqu'un comme esclaves pour obéir, vous devenez les esclaves du maître à qui vous obéissez, soit du péché pour la mort, soit de l'obéissance pour la justice? |
17 Mais grâces soient rendues à Dieu; jadis esclaves du péché, vous vous êtes soumis cordialement à la règle de doctrine à laquelle vous avez été confiés, |
18 et, affranchis du péché, vous avez été asservis à la justice. - |
19 J'emploie une comparaison humaine en raison de votre faiblesse naturelle. - Car si vous avez jadis offert vos membres comme esclaves à l'impureté et au désordre de manière à vous désordonner, offrez-les de même aujourd'hui à la justice pour vous sanctifier. |
20 Quand vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres à l'égard de la justice. |
21 Quel fruit recueilliez-vous alors d'actions dont aujourd'hui vous rougissez? Car leur aboutissement, c'est la mort. |
22 Mais aujourd'hui, libérés du péché et asservis à Dieu, vous fructifiez pour la sainteté, et l'aboutissement, c'est la vie éternelle. |
23 Car le salaire du péché, c'est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur. |
Poursuivant ses raisonnements sur le péché et la justice, Paul attire encore et encore l’attention de ses lecteurs sur le fait que la différence entre le monde où règne le péché et le Royaume où il n’a déjà plus de place est absolue. L’apôtre recourt aussi à l’image des deux chemins, traditionnelle pour la Torah et pour la Bible dans son ensemble, tout en soulignant aussitôt qu’il raisonne ici « à la manière des hommes » (v. 16-21).
La réserve est tout à fait logique : parler du choix du chemin comme la Torah en parle n’a de sens que par rapport au monde préchrétien, lorsque ce choix reste précisément et seulement le choix d’un chemin. Bien sûr, pour une personne concrète, il était absolument important, déterminant son destin dans l’éternité, mais ce temps n’était encore que celui de l’autodétermination dans notre monde déchu. Le Royaume était encore à venir, son histoire n’avait pas encore commencé ; il ne s’ouvrait que de loin, comme une partie du dessein sur le monde que Dieu accomplirait par le Messie-Christ envoyé par Lui. Désormais, il ne s’agissait plus de choisir le chemin vers le Royaume, mais de choisir le Royaume lui-même, venu dans le monde.
Avec un tel choix, l’idée même d’une possibilité de « péché sous la grâce » (v. 15) n’était pas tant inadmissible que tout simplement absurde. Une telle idée ne pouvait venir à l’esprit que de ceux qui ne comprenaient pas du tout ce qu’est le Royaume et ce qui a changé dans le monde après la venue du Sauveur. À ce qu’on voit, la grâce leur apparaissait comme un don particulier de Dieu, qui permettait d’effacer magiquement les conséquences de tous les péchés qu’ils avaient commis, si bien que désormais, leur semblait-il, ils pouvaient pécher autant qu’ils le voulaient, et cela en toute impunité. Il est vraisemblable que l’idée selon laquelle le pouvoir de la Torah ne s’étendait plus sur eux était comprise par eux en ce sens que tout leur était désormais permis.
Mais l’apôtre, à ce qu’on voit, a en vue quelque chose de tout autre. Il dit : désormais il faut choisir non pas entre deux chemins, mais entre la vie du Royaume dans toute sa plénitude, d’un côté, et la mort, comme opposé du Royaume, de l’autre (v. 23). Choisir la justice signifie désormais précisément choisir le Royaume, et ceux qui l’ont choisi sont sanctifiés dès maintenant ; parvenus à la plénitude du Royaume, ils obtiennent la vie éternelle (v. 22). Et ils sont libérés du pouvoir de la Torah non parce que, dans le Royaume, on pourrait pécher sans se soucier du commandement, mais parce que, désormais sanctifiés, ils sont par définition libres du péché contre lequel ils devaient auparavant lutter.
15 Quoi donc? Allons-nous pécher parce que nous ne sommes pas sous la Loi, mais sous la grâce? Certes non! |
16 Ne savez-vous pas qu'en vous offrant à quelqu'un comme esclaves pour obéir, vous devenez les esclaves du maître à qui vous obéissez, soit du péché pour la mort, soit de l'obéissance pour la justice? |
17 Mais grâces soient rendues à Dieu; jadis esclaves du péché, vous vous êtes soumis cordialement à la règle de doctrine à laquelle vous avez été confiés, |
18 et, affranchis du péché, vous avez été asservis à la justice. - |
19 J'emploie une comparaison humaine en raison de votre faiblesse naturelle. - Car si vous avez jadis offert vos membres comme esclaves à l'impureté et au désordre de manière à vous désordonner, offrez-les de même aujourd'hui à la justice pour vous sanctifier. |
20 Quand vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres à l'égard de la justice. |
21 Quel fruit recueilliez-vous alors d'actions dont aujourd'hui vous rougissez? Car leur aboutissement, c'est la mort. |
22 Mais aujourd'hui, libérés du péché et asservis à Dieu, vous fructifiez pour la sainteté, et l'aboutissement, c'est la vie éternelle. |
23 Car le salaire du péché, c'est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur. |
Hier, nous avons lu les paroles de l’Apôtre selon lesquelles, avant de ressusciter avec le Christ, nous devons mourir avec Lui, afin que notre péché meure lui aussi. En mourant avec Lui, nous devenons libres du péché. Et c’est le baptême qui nous donne cette liberté. Mais dans quel but nous est-elle donnée ? Pour que nous recommencions à commettre l’iniquité ? Il semble évident que non. Pourtant, la nature humaine est telle que, hélas, il est impossible de préserver la blancheur des vêtements du baptême. Et alors, peu à peu, nous commençons à oublier la grâce qui nous a été accordée.
Paul, quant à lui, nous appelle, nous qui avons reçu une vie nouvelle, à la donner à Dieu et à devenir « esclaves de la justice ». Car Lui seul connaît notre véritable vocation ; Lui seul connaît l’unique chemin par lequel nous pouvons passer du péché à la justice.
C’est encore un paradoxe de l’Apôtre, car il aime tant parler de la véritable liberté du chrétien et de la nécessité d’agir selon « la pleine conviction de son esprit ». Or, dans les paroles que nous lisons aujourd’hui, il apparaît clairement qu’en réalité notre vraie liberté réside précisément dans la soumission à Dieu de notre faible volonté humaine. Dieu seul peut nous conduire de la mort à la vie, car Il est Lui-même la véritable Vie.
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