19 Alors les Pharisiens se dirent entre eux : " Vous voyez que vous ne gagnez rien ; voilà le monde parti après lui ! " |
20 Il y avait là quelques Grecs, de ceux qui montaient pour adorer pendant la fête. |
21 Ils s'avancèrent vers Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et ils lui firent cette demande : " Seigneur, nous voulons voir Jésus. " |
22 Philippe vient le dire à André; André et Philippe viennent le dirent à Jésus. |
23 Jésus leur répond : " Voici venue l'heure où doit être glorifié le Fils de l'homme. |
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. |
25 Qui aime sa vie la perd; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle. |
26 Si quelqu'un me sert, qu'il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. |
27 Maintenant mon âme est troublée. Et que dire? Père, sauve-moi de cette heure! Mais c'est pour cela que je suis venu à cette heure. |
28 Père, glorifie ton nom ! " Du ciel vint alors une voix : " Je l'ai glorifié et de nouveau je le glorifierai. " |
29 La foule qui se tenait là et qui avait entendu, disait qu'il y avait eu un coup de tonnerre ; d'autres disaient : " Un ange lui a parlé. " |
30 Jésus reprit : " Ce n'est pas pour moi qu'il y a eu cette voix, mais pour vous. |
31 C'est maintenant le jugement de ce monde; maintenant le Prince de ce monde va être jeté dehors; |
32 et moi, une fois élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi. " |
33 Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir. |
34 La foule alors lui répondit : " Nous avons appris de la Loi que le Christ demeure à jamais. Comment peux-tu dire : "Il faut que soit élevé le Fils de l'homme" ? Qui est ce Fils de l'homme ? " |
35 Jésus leur dit : " Pour peu de temps encore la lumière est parmi vous. Marchez tant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous saisissent : celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va. |
36 Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin de devenir des fils de lumière. " Ainsi parla Jésus, et s'en allant il se déroba à leur vue. |
Quand il s'agit du ministère terrestre du Sauveur, nous comprenons qu'il est question de quelque chose d'unique: en effet, à lui seul il était destiné de naître et de vivre sa vie terrestre comme Messie; cela n'a été donné à personne d'autre. Et pourtant sa vie est devenue une sorte de modèle spirituel qui convient à chacun de ses disciples. Bien plus: il n'existe tout simplement pas d'autre modèle permettant d'entrer dans le Royaume et, de toute évidence, il ne peut pas y en avoir, du moins dans notre monde marqué par la chute.
Ce modèle est très simple en théorie et loin d'être simple en pratique: l'homme doit consentir à se séparer de sa propre vie afin de la recevoir ensuite de nouveau, mais autrement, dans une qualité nouvelle, apte au Royaume. Celui qui aime sa vie, son âme, telle qu'elle est, dans son état actuel, ne peut pas compter sur le Royaume. L'exigence paraît excessive et dure, mais, comme on le voit, cette dureté tient précisément à la spécificité du monde déchu, dont la vie de chacun de nous fait partie. Même Jésus lui-même, sur qui le péché originel n'a pas de pouvoir, n'était pas, pendant son ministère terrestre, entièrement libre de cette spécificité: étant pleinement et jusqu'au bout habitant de notre monde non transfiguré et partie de celui-ci, il s'est trouvé soumis, sinon au péché, du moins à la mort, même si, bien sûr, ce n'était pas comme nous: la mort n'était pour lui que possible, non inévitable comme pour nous.
Et la seule chose qui puisse nous aider, c'est la disposition à renoncer à notre vie dans sa qualité actuelle, ce que Jésus appelle « haïr sa propre vie ». Il faut se souvenir que, dans la langue biblique, l'amour et la haine ne désignent pas les états émotionnels que nous entendons souvent par ces mots, mais l'attitude d'acceptation ou de refus envers ce vers quoi se tourne notre volonté. Le refus de la vie, y compris avant tout de notre propre vie, dans sa qualité et son état actuels, et la disposition à s'en séparer pour une vie autre et nouvelle, constituent la condition préalable nécessaire pour commencer le chemin vers le Royaume, chemin au cours duquel notre ancienne vie sera refondue en une vie nouvelle, apte à l'éternité.
19 Alors les Pharisiens se dirent entre eux : " Vous voyez que vous ne gagnez rien ; voilà le monde parti après lui ! " |
20 Il y avait là quelques Grecs, de ceux qui montaient pour adorer pendant la fête. |
21 Ils s'avancèrent vers Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et ils lui firent cette demande : " Seigneur, nous voulons voir Jésus. " |
22 Philippe vient le dire à André; André et Philippe viennent le dirent à Jésus. |
23 Jésus leur répond : " Voici venue l'heure où doit être glorifié le Fils de l'homme. |
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. |
25 Qui aime sa vie la perd; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle. |
26 Si quelqu'un me sert, qu'il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. |
27 Maintenant mon âme est troublée. Et que dire? Père, sauve-moi de cette heure! Mais c'est pour cela que je suis venu à cette heure. |
28 Père, glorifie ton nom ! " Du ciel vint alors une voix : " Je l'ai glorifié et de nouveau je le glorifierai. " |
29 La foule qui se tenait là et qui avait entendu, disait qu'il y avait eu un coup de tonnerre ; d'autres disaient : " Un ange lui a parlé. " |
30 Jésus reprit : " Ce n'est pas pour moi qu'il y a eu cette voix, mais pour vous. |
31 C'est maintenant le jugement de ce monde; maintenant le Prince de ce monde va être jeté dehors; |
32 et moi, une fois élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi. " |
33 Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir. |
34 La foule alors lui répondit : " Nous avons appris de la Loi que le Christ demeure à jamais. Comment peux-tu dire : "Il faut que soit élevé le Fils de l'homme" ? Qui est ce Fils de l'homme ? " |
35 Jésus leur dit : " Pour peu de temps encore la lumière est parmi vous. Marchez tant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous saisissent : celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va. |
36 Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin de devenir des fils de lumière. " Ainsi parla Jésus, et s'en allant il se déroba à leur vue. |
Les Grecs, venus vers Jésus, demandent l'aide de Philippe. Et celui-ci, pour une raison quelconque, va vers André. Il est peu vraisemblable que l'apôtre ait eu peur d'aller lui-même vers le Maître. Il est tout aussi peu vraisemblable qu'André ait été le secrétaire personnel du Christ, chargé de l'emploi du temps du Maître. Il s'agit de tout autre chose.
Quelque chose d'inhabituel se produit. Pour la première fois sont mentionnés d'autres peuples qui répondent à la prédication de Jésus, même s'ils croient au même Dieu que les Juifs. La communauté des disciples du Christ se trouve face à quelque chose de nouveau. C'est pourquoi Philippe se comporte de façon très naturelle: il ne se hâte pas d'agir seul. Jésus envoyait les apôtres prêcher non pas un par un, mais deux par deux (voir Mc 6:7).
Qui sait, peut-être Philippe est-il allé vers André précisément parce qu'il était avec lui «en binôme»? De plus, Philippe se souvient sûrement de ce que le Christ avait dit: «Là où deux ou trois sont réunis en Mon nom, Je suis au milieu d'eux» (Mt 18:20).
Le Seigneur fonde ainsi l'Église: non pas des croyants isolés, mais des disciples qui viennent ensemble vers Lui. Lorsque nous ne comprenons pas quoi faire, lorsque nous voulons connaître la volonté de Dieu, il ne nous faut pas nous appuyer exclusivement sur la manière dont nous l'entendons nous-mêmes. Dieu nous a donné Son Église pour nous aider: Il nous a donné des anciens, Il nous a donné des frères et des soeurs avec lesquels nous pouvons nous adresser à Lui ensemble. Et ainsi s'accomplit Sa parole: «Si deux d'entre vous s'accordent sur la terre pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par Mon Père qui est aux cieux» (Mt 18:19).
19 Alors les Pharisiens se dirent entre eux : " Vous voyez que vous ne gagnez rien ; voilà le monde parti après lui ! " |
20 Il y avait là quelques Grecs, de ceux qui montaient pour adorer pendant la fête. |
21 Ils s'avancèrent vers Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et ils lui firent cette demande : " Seigneur, nous voulons voir Jésus. " |
22 Philippe vient le dire à André; André et Philippe viennent le dirent à Jésus. |
23 Jésus leur répond : " Voici venue l'heure où doit être glorifié le Fils de l'homme. |
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. |
25 Qui aime sa vie la perd; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle. |
26 Si quelqu'un me sert, qu'il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. |
27 Maintenant mon âme est troublée. Et que dire? Père, sauve-moi de cette heure! Mais c'est pour cela que je suis venu à cette heure. |
28 Père, glorifie ton nom ! " Du ciel vint alors une voix : " Je l'ai glorifié et de nouveau je le glorifierai. " |
29 La foule qui se tenait là et qui avait entendu, disait qu'il y avait eu un coup de tonnerre ; d'autres disaient : " Un ange lui a parlé. " |
30 Jésus reprit : " Ce n'est pas pour moi qu'il y a eu cette voix, mais pour vous. |
31 C'est maintenant le jugement de ce monde; maintenant le Prince de ce monde va être jeté dehors; |
32 et moi, une fois élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi. " |
33 Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir. |
34 La foule alors lui répondit : " Nous avons appris de la Loi que le Christ demeure à jamais. Comment peux-tu dire : "Il faut que soit élevé le Fils de l'homme" ? Qui est ce Fils de l'homme ? " |
35 Jésus leur dit : " Pour peu de temps encore la lumière est parmi vous. Marchez tant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous saisissent : celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va. |
36 Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin de devenir des fils de lumière. " Ainsi parla Jésus, et s'en allant il se déroba à leur vue. |
Il existe dans l’histoire de l’humanité des tournants qui peuvent passer extérieurement inaperçus, tout en étant la véritable cause d’événements historiques de grande ampleur. Lorsque « quelques Grecs » demandent à l’apôtre Philippe de leur organiser une rencontre avec Jésus, un tel tournant se produit, et le Seigneur dit à ce sujet : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. »
En effet, toute l’histoire de la religion de l’Ancien Testament s’est déroulée dans une contradiction flagrante entre le caractère universel de la révélation divine qui y était donnée et le caractère étroitement national de la religion elle-même. Participer à l’Alliance avec Dieu et être juif par le sang étaient considérés comme une seule et même chose. À maintes reprises, les prophètes ont annoncé que viendrait le jour où le Seigneur appellerait à Lui toutes les nations, mais ce temps était associé à la venue future du Messie. Or ce jour est arrivé.
C’est dans ce contexte universel qu’il faut comprendre les paroles du Christ : « Quand J’aurai été élevé de terre, J’attirerai tous les hommes à Moi. » Voilà pourquoi le désir des Grecs de rencontrer le Christ devient un tel tournant de l’histoire.
20 Il y avait là quelques Grecs, de ceux qui montaient pour adorer pendant la fête. |
21 Ils s'avancèrent vers Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et ils lui firent cette demande : " Seigneur, nous voulons voir Jésus. " |
22 Philippe vient le dire à André; André et Philippe viennent le dirent à Jésus. |
23 Jésus leur répond : " Voici venue l'heure où doit être glorifié le Fils de l'homme. |
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. |
25 Qui aime sa vie la perd; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle. |
26 Si quelqu'un me sert, qu'il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. |
27 Maintenant mon âme est troublée. Et que dire? Père, sauve-moi de cette heure! Mais c'est pour cela que je suis venu à cette heure. |
28 Père, glorifie ton nom ! " Du ciel vint alors une voix : " Je l'ai glorifié et de nouveau je le glorifierai. " |
29 La foule qui se tenait là et qui avait entendu, disait qu'il y avait eu un coup de tonnerre ; d'autres disaient : " Un ange lui a parlé. " |
30 Jésus reprit : " Ce n'est pas pour moi qu'il y a eu cette voix, mais pour vous. |
31 C'est maintenant le jugement de ce monde; maintenant le Prince de ce monde va être jeté dehors; |
32 et moi, une fois élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi. " |
33 Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir. |
34 La foule alors lui répondit : " Nous avons appris de la Loi que le Christ demeure à jamais. Comment peux-tu dire : "Il faut que soit élevé le Fils de l'homme" ? Qui est ce Fils de l'homme ? " |
35 Jésus leur dit : " Pour peu de temps encore la lumière est parmi vous. Marchez tant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous saisissent : celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va. |
36 Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin de devenir des fils de lumière. " Ainsi parla Jésus, et s'en allant il se déroba à leur vue. |
Les paroles de Jésus selon lesquelles l’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié furent prononcées en réponse à la nouvelle apportée par les disciples que des Grecs désiraient Le voir. L’évangéliste ne dit ni qui étaient ces Grecs, ni si la rencontre eut lieu ; apparemment, elle n’eut pas lieu. Nous avons très probablement ici l’un des exemples où le Christ ne donne pas la réponse que l’on attend de Lui, mais dit ce que Ses interlocuteurs ont réellement besoin d’entendre. Il n’est pas exclu que les disciples, même à ce moment-là, ne comprennent pas encore pleinement que le Maître doit passer par la souffrance, et que l’intérêt des Grecs soit pour eux le signe de nouvelles possibilités de prédication. Ils pensent en termes quantitatifs, mais le Christ Se prépare au sacrifice de Lui-même, qui changera tout qualitativement. Pour le salut de l’humanité divisée, y compris des Grecs, Il va à la mort, après quoi la prédication des disciples pourra porter du fruit.
On pourrait objecter aux paroles : « Maintenant le prince de ce monde sera jeté dehors », que le mal règne encore aujourd’hui dans le monde. Mais les forces du mal ne possèdent plus le pouvoir qu’elles avaient avant le Golgotha. L’agonie peut être longue et violente, mais le coup mortel a déjà été porté à l’ennemi.
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. |
25 Qui aime sa vie la perd; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle. |
26 Si quelqu'un me sert, qu'il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. |
L'idée d'une âme qu'il faudrait haïr peut sembler étrange et même absurde. Pourquoi, en effet, une personne devrait-elle haïr ce qu'elle possède de plus précieux, cela même qui fait d'elle ce qu'elle est ? Pour être précis, il faut toutefois remarquer qu'il n'est pas question ici de l'âme au sens où nous employons aujourd'hui ce mot, mais simplement de la vie. Pourtant, même ainsi compris, le problème demeure : pourquoi une personne devrait-elle haïr sa propre vie, qui lui a été donnée par Dieu ?
La réponse la plus simple pourrait être d'invoquer la Chute, qui a déformé cette vie même et l'a transformée en une pitoyable ressemblance de ce qu'elle devait être selon le dessein de Dieu. Une telle réponse, cependant, serait plus propre à un pythagoricien ou à un platonicien qu'à un croyant en Yahvé. Dans le monde païen, l'idée que la vie terrestre était un état qui ne convenait pas à l'homme était assez largement répandue, parmi les philosophes, les mystiques et les ascètes, bien sûr. Ils voyaient la vie de l'homme déchu dans toute sa laideur et ne concevaient pas d'autre issue que d'y renoncer, renoncement qui, à leurs yeux, libérait la personne du pouvoir de ce mal dans lequel gît le monde et dans lequel se déroule la vie de chacun de ses habitants. La Bible, cependant, ne parle nulle part du renoncement à la vie comme d'un moyen d'échapper au mal ; le spiritualisme des platoniciens ou des pythagoriciens lui est étranger. Et les paroles de Jésus sur la haine de sa propre vie peuvent difficilement être comprises dans un sens spiritualiste, qu'il s'agisse d'un spiritualisme de type grec ou indien.
Un parallèle indien pourrait toutefois être pertinent ici : le parallèle avec le bouddhisme et avec la notion de nirvana qui lui est fondamentale. Contrairement à l'idée répandue, il ne s'agit pas d'un départ dans le non-être, mais au contraire d'une expérience de l'être, d'un être qui ne se révèle que lorsque la personne prend ses distances avec l'être illusoire, imaginaire et inauthentique qu'elle considère habituellement comme la véritable vie. Le Bouddha comprit soudain que l'être authentique et la vraie vie ne se trouvent pas du tout là où la plupart des gens les voient. C'est pourquoi il en vint à haïr la vie dans un sens presque évangélique, non de cette haine qui souhaite la destruction de ce qui est haï, mais de la haine au sens biblique du terme, lorsque la personne se détache complètement de ce qu'elle hait et l'exclut de sa vie. Exclure l'illusion au profit du réel : telle fut l'expérience du Bouddha.
Or le Christ est Lui-même ce réel. Il porte en Lui la plénitude du Royaume, et quiconque vient à Lui se trouve devant un choix : rester avec sa propre vie, qui tôt ou tard s'épuisera, ou renoncer à son existence séparée, donner sa vie au Christ et Le laisser en disposer. Cela rappelle un peu le bouddhisme, avec cette différence toutefois que le bouddhisme est apophatique, tandis que le christianisme est cataphatique. Avec le Christ et dans le Christ sont entrés dans le monde cet être authentique et cette vraie vie que le Bouddha avait pressentis au moment de son illumination. Et pour les trouver, il faut le même renoncement à ce qui est propre, séparé, fini et donc inauthentique. Sans un tel renoncement, on ne peut atteindre le réel, qu'il s'agisse de l'illumination des bouddhistes ou de la plénitude du Royaume du Christ.
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. |
25 Qui aime sa vie la perd; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle. |
26 Si quelqu'un me sert, qu'il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. |
Nous pensons toujours que, pour donner, nous devons d'abord recevoir quelque chose. L'apôtre Paul renverse cette logique : il n'est donné qu'à celui qui donne. En cela, il suit parfaitement le Christ : dans l'Évangile selon Jean, Jésus dit des choses très semblables. Veux-tu la vie éternelle ? Donne celle que tu as. Veux-tu la récompense du Père ? Commence par servir.
32 et moi, une fois élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi. " |
«Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi». Paroles étranges. Jean explique ensuite qu'il s'agit de la Mort de Jésus, et non de l'Ascension. Le mot «attirerai» peut être compris de manières très différentes; les deux sens sont sans doute importants. On peut le comprendre comme une expression de l'amour. La croix est l'expression suprême de l'amour de Dieu: Dieu nous aime jusqu'à la mort, et la mort de la croix. Par ces paroles, Jésus nous dit en quelque sorte: «Je vous attirerai à moi par mon amour, je vous embrasserai, je vous prendrai par la main et je vous conduirai au Père».
D'autre part, jusqu'au Second Avènement du Christ, tant que le temps n'est pas achevé et que nous vivons sur cette terre et péchons, il n'y a pour nous pas d'autre chemin: nous devons nous aussi passer par la croix. Le Christ nous a rachetés, et après la Croix il y aura la Résurrection. Mais le chemin vers la résurrection et la vie éternelle passe par le Golgotha, où nous ne serons jamais seuls: Jésus sera auprès de nous.
34 La foule alors lui répondit : " Nous avons appris de la Loi que le Christ demeure à jamais. Comment peux-tu dire : "Il faut que soit élevé le Fils de l'homme" ? Qui est ce Fils de l'homme ? " |
Jésus et les personnes qui L'écoutent comprennent différemment le chemin du Messie. Et l'image même du Messie dans la conscience populaire diffère de ce que le Sauveur s'est révélé être en réalité. La principale différence tient au fait que, pour l'immense majorité de ceux qui écoutaient Jésus, l'oeuvre du Messie était une oeuvre purement extérieure. Le Messie, ou, comme Jésus S'appelle habituellement Lui-même à la troisième personne, le Fils de l'homme (cette image messianique est tirée du Livre de Daniel), n'a pas, dans la conscience du peuple, un chemin humain ordinaire.
Il n'est pas un homme ordinaire. Il «demeure pour toujours». Et Il vient sur la terre pour accomplir quelque chose de grand, qui doit s'achever par la création du Royaume messianique, un État terrestre puissant que dirigera ce Roi extraordinaire. Son chemin terrestre sera mystérieux et ne ressemblera pas au chemin d'un homme ordinaire, même si les Juifs ne parlent pas encore de la divinité du Messie au sens chrétien. Et voilà qu'il apparaît que le Messie doit encore recevoir une certaine glorification. Il y avait de quoi réfléchir. Jésus Lui-même, cependant, parle de Son chemin terrestre réel. D'un chemin qui suppose la mort sur la croix et la résurrection qui suit. Et aussi du chemin par lequel on entre dans Son Royaume. D'un chemin qui suppose un changement de vie. Non pas une réorganisation de la vie humaine selon certaines règles particulières, mais son changement, complet et radical.
Un tel changement fera de la vie limitée et finie de l'homme déchu une partie d'une autre vie. De cette vie du Royaume dans toute sa plénitude que le Sauveur a apportée dans le monde. Sans ce changement, il est impossible d'entrer dans le Royaume. Il semblerait qu'il n'y ait rien de compliqué. C'est bien plus simple que les nombreuses méthodes ingénieuses de restructuration et de refonte de la nature humaine que, de tout temps, quantité de magiciens et d'occultistes ont proposées. Mais c'est précisément un tel changement qui se révèle parfois absolument au-dessus des forces de l'homme. Parce qu'il faut ici desserrer la main. Et, ce qui est encore plus difficile, la volonté. Lâcher prise.
Or lâcher sa propre vie, cette existence même à laquelle on a pris l'habitude de s'identifier, n'est pas du tout simple. Il est plus facile de la refaire de toutes les façons possibles, mais soi-même, sous son propre contrôle, que de renoncer à ce contrôle et de permettre à un Autre de gouverner sa vie. Ici, il faut une confiance qui existe ou qui n'existe pas. Mais si elle n'existe pas, il faudra alors abandonner aussi l'espérance du Royaume. Car dans le Royaume où règne le Christ, on ne peut pas vivre sans faire confiance à Celui qui gouverne ce Royaume.
20 Il y avait là quelques Grecs, de ceux qui montaient pour adorer pendant la fête. |
21 Ils s'avancèrent vers Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et ils lui firent cette demande : " Seigneur, nous voulons voir Jésus. " |
22 Philippe vient le dire à André; André et Philippe viennent le dirent à Jésus. |
23 Jésus leur répond : " Voici venue l'heure où doit être glorifié le Fils de l'homme. |
24 En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. |
25 Qui aime sa vie la perd; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle. |
26 Si quelqu'un me sert, qu'il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. |
27 Maintenant mon âme est troublée. Et que dire? Père, sauve-moi de cette heure! Mais c'est pour cela que je suis venu à cette heure. |
28 Père, glorifie ton nom ! " Du ciel vint alors une voix : " Je l'ai glorifié et de nouveau je le glorifierai. " |
29 La foule qui se tenait là et qui avait entendu, disait qu'il y avait eu un coup de tonnerre ; d'autres disaient : " Un ange lui a parlé. " |
30 Jésus reprit : " Ce n'est pas pour moi qu'il y a eu cette voix, mais pour vous. |
31 C'est maintenant le jugement de ce monde; maintenant le Prince de ce monde va être jeté dehors; |
32 et moi, une fois élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi. " |
33 Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir. |
34 La foule alors lui répondit : " Nous avons appris de la Loi que le Christ demeure à jamais. Comment peux-tu dire : "Il faut que soit élevé le Fils de l'homme" ? Qui est ce Fils de l'homme ? " |
35 Jésus leur dit : " Pour peu de temps encore la lumière est parmi vous. Marchez tant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous saisissent : celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va. |
36 Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin de devenir des fils de lumière. " Ainsi parla Jésus, et s'en allant il se déroba à leur vue. |
37 Bien qu'il eût fait tant de signes devant eux, ils ne croyaient pas en lui, |
38 afin que s'accomplît la parole dite par Isaïe le prophète: Seigneur, qui a cru à notre parole? et le bras du Seigneur, à qui a-t-il été révélé? |
39 Aussi bien ne pouvaient-ils croire, car Isaïe a dit encore: |
40 Il a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur cœur, pour que leurs yeux ne voient pas, que leur cœur ne comprenne pas, qu'ils ne se convertissent pas et que je ne les guérisse pas. |
41 Isaïe a dit cela, parce qu'il eut la vision de sa gloire et qu'il parla de lui. |
42 Toutefois, il est vrai, même parmi les notables, un bon nombre crurent en lui, mais à cause des Pharisiens ils ne se déclaraient pas, de peur d'être exclus de la synagogue, |
43 car ils aimèrent la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu. |
44 Jésus a dit, il l'a clamé : " Qui croit en moi, ce n'est pas en moi qu'il croit, mais en celui qui m'a envoyé, |
45 et qui me voit voit celui qui m'a envoyé. |
46 Moi, lumière, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. |
47 Si quelqu'un entend mes paroles et ne les garde pas, je le ne juge pas, car je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde. |
48 Qui me rejette et n'accueille pas mes paroles a son juge: la parole que j'ai fait entendre, c'est elle qui le jugera au dernier jour; |
49 car ce n'est pas de moi-même que j'ai parlé, mais le Père qui m'a envoyé m'a lui-même commandé ce que j'avais à dire et à faire connaître; |
50 et je sais que mon commandement est vie éternelle. Ainsi donc ce que je dis, tel que le Père me l'a dit je le dis. " |
Le Seigneur nous dit mystérieusement, à nous Ses disciples: «La lumière est encore avec vous pour un peu de temps». Oui, bien sûr, il s'agit de Sa mort prochaine sur la croix, car il faut que la Parole, comme le grain semé par Dieu, meure pour porter du fruit. Et Il est mort, en cela, contrairement à Sa résurrection, personne ne doute, et la lumière qu'Il a apportée au monde s'est éteinte pour toujours pour le monde.
Mais non pour ceux qui Lui ont fait confiance! Il a promis que ceux qui croient en Lui seraient fils de lumière, porteurs de cette lumière manifestée aux apôtres dans la Résurrection. Et c'est à la fois une promesse et une tâche: ne pas rester dans les ténèbres malgré Sa mort évidente aux yeux de tous, «marcher dans la lumière», c'est-à-dire vivre en Sa présence, en croyant qu'Il est vivant. Alors Sa mort, à travers nous, et c'est étonnant, portera beaucoup de fruit pour le monde, ouvrira à tous l'accès au Royaume de la Lumière...
36 Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin de devenir des fils de lumière. " Ainsi parla Jésus, et s'en allant il se déroba à leur vue. |
37 Bien qu'il eût fait tant de signes devant eux, ils ne croyaient pas en lui, |
38 afin que s'accomplît la parole dite par Isaïe le prophète: Seigneur, qui a cru à notre parole? et le bras du Seigneur, à qui a-t-il été révélé? |
39 Aussi bien ne pouvaient-ils croire, car Isaïe a dit encore: |
40 Il a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur cœur, pour que leurs yeux ne voient pas, que leur cœur ne comprenne pas, qu'ils ne se convertissent pas et que je ne les guérisse pas. |
41 Isaïe a dit cela, parce qu'il eut la vision de sa gloire et qu'il parla de lui. |
42 Toutefois, il est vrai, même parmi les notables, un bon nombre crurent en lui, mais à cause des Pharisiens ils ne se déclaraient pas, de peur d'être exclus de la synagogue, |
43 car ils aimèrent la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu. |
44 Jésus a dit, il l'a clamé : " Qui croit en moi, ce n'est pas en moi qu'il croit, mais en celui qui m'a envoyé, |
45 et qui me voit voit celui qui m'a envoyé. |
46 Moi, lumière, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. |
47 Si quelqu'un entend mes paroles et ne les garde pas, je le ne juge pas, car je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde. |
Chacun connaît sans doute la situation où l'on propose à quelqu'un quelque chose d'important, de beau, de précieux, de nécessaire ou de savoureux, et où cette personne refuse. L'une des réactions les plus typiques pourrait être formulée d'une manière enfantine ainsi: « Eh bien tant pis, je n'en avais pas tant envie », ou encore plus gaiement: « Il m'en restera davantage ». Mais, en parlant ainsi, nous faisons semblant que le mépris de l'autre personne ne nous touche pas et que nous sommes des « gens libres vivant dans un pays libre »; chacun peut avoir quelque chose qui lui est cher, et nous respectons le choix de l'autre.
En réalité, sous ce calme affiché se cache une blessure: ce qui a du prix pour toi se révèle inutile aux autres. Peu à peu, cette blessure peut empoisonner encore plus la vie: on commence à avoir l'impression que ce n'est pas ce qui a été proposé qui a été refusé, mais que c'est toi-même qu'on n'aime pas, qu'on ne respecte pas, qu'on n'accepte pas. Et cela commence...
Gloire à Dieu, car il n'est pas du tout ainsi! Lorsque nous refusons ce qu'il partage avec nous, non seulement quelque chose d'important pour lui, mais ce sans quoi aucun homme ne sera vraiment heureux, il dit quand même qu'il ne nous juge pas (voir Jn 12:47). Ensuite il ajoutera que chacun sera son propre juge (voir Jn 12:48). Et c'est une vérité bouleversante: le Seigneur ne peut pas nous priver du salut; nous seuls pouvons nous en priver nous-mêmes. Lui non seulement ne nous condamne pas, mais il ne nous juge même pas pour cela. Cela lui fait simplement très mal...
36 Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin de devenir des fils de lumière. " Ainsi parla Jésus, et s'en allant il se déroba à leur vue. |
37 Bien qu'il eût fait tant de signes devant eux, ils ne croyaient pas en lui, |
38 afin que s'accomplît la parole dite par Isaïe le prophète: Seigneur, qui a cru à notre parole? et le bras du Seigneur, à qui a-t-il été révélé? |
39 Aussi bien ne pouvaient-ils croire, car Isaïe a dit encore: |
40 Il a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur cœur, pour que leurs yeux ne voient pas, que leur cœur ne comprenne pas, qu'ils ne se convertissent pas et que je ne les guérisse pas. |
41 Isaïe a dit cela, parce qu'il eut la vision de sa gloire et qu'il parla de lui. |
42 Toutefois, il est vrai, même parmi les notables, un bon nombre crurent en lui, mais à cause des Pharisiens ils ne se déclaraient pas, de peur d'être exclus de la synagogue, |
43 car ils aimèrent la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu. |
44 Jésus a dit, il l'a clamé : " Qui croit en moi, ce n'est pas en moi qu'il croit, mais en celui qui m'a envoyé, |
45 et qui me voit voit celui qui m'a envoyé. |
46 Moi, lumière, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. |
47 Si quelqu'un entend mes paroles et ne les garde pas, je le ne juge pas, car je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde. |
L'évangéliste décrit de manière tout à fait exhaustive les raisons de l'incrédulité envers Jésus. Il divise tous les incroyants en deux catégories: ceux qui ne veulent pas voir la vérité et ceux qui ont simplement peur. Le second cas est plus ou moins compréhensible: de tout temps la peur et la lâcheté ont été parmi les principaux obstacles sur le chemin de la justice, empêchant ceux qui marchent ou désirent marcher sur ce chemin de prendre les bonnes décisions. La situation est plus complexe pour la première catégorie. Il est sans doute difficile d'imaginer un homme qui, dans la vie ordinaire, s'aveugle volontairement ou ferme simplement les yeux afin de remplacer par des fantasmes la réalité qui l'entoure et qu'il ne voit plus. Cela se comprend: dans la vie quotidienne, les conséquences d'un tel acte peuvent être des plus inattendues et désagréables. Mais dans la vie spirituelle, beaucoup font apparemment ce choix, et assez souvent, bien que les conséquences n'y soient guère moins sérieuses. Pourquoi donc?
Le philosophe athénien Socrate, qui vécut cinq siècles avant la naissance du Christ, semble avoir déjà compris la raison d'un tel comportement. Il disait que les hommes prennent souvent un petit bien pour un grand et un grand mal pour un petit — et inversement — simplement parce que ce qui est grand paraît plus petit à distance qu'il ne l'est réellement. Cela vaut pour la vie spirituelle autant que pour la vie quotidienne.
Renoncer à des opinions confortables et familières, à une vision du monde bien établie, surtout religieuse, est à tout le moins inconfortable. Le jour du Jugement paraît si lointain, si petit devant cet inconfort, que... l'on n'en tient pas compte, peut-être dans l'espoir que, d'ici là, les choses s'arrangeront d'une façon ou d'une autre, se mettront en ordre et se résoudront d'elles-mêmes, et que nous entrerons tout de même dans le Royaume à peu de frais, sans sacrifices ni pertes particulières.
Quant à ceux qui, comme on dit, tiennent beaucoup trop à s'en mêler, mieux vaut s'en débarrasser. De toute façon, on ne vivra pas tranquille avec eux. La manière de s'en débarrasser n'est qu'une question technique.
36 Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin de devenir des fils de lumière. " Ainsi parla Jésus, et s'en allant il se déroba à leur vue. |
37 Bien qu'il eût fait tant de signes devant eux, ils ne croyaient pas en lui, |
38 afin que s'accomplît la parole dite par Isaïe le prophète: Seigneur, qui a cru à notre parole? et le bras du Seigneur, à qui a-t-il été révélé? |
39 Aussi bien ne pouvaient-ils croire, car Isaïe a dit encore: |
40 Il a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur cœur, pour que leurs yeux ne voient pas, que leur cœur ne comprenne pas, qu'ils ne se convertissent pas et que je ne les guérisse pas. |
41 Isaïe a dit cela, parce qu'il eut la vision de sa gloire et qu'il parla de lui. |
42 Toutefois, il est vrai, même parmi les notables, un bon nombre crurent en lui, mais à cause des Pharisiens ils ne se déclaraient pas, de peur d'être exclus de la synagogue, |
43 car ils aimèrent la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu. |
44 Jésus a dit, il l'a clamé : " Qui croit en moi, ce n'est pas en moi qu'il croit, mais en celui qui m'a envoyé, |
45 et qui me voit voit celui qui m'a envoyé. |
46 Moi, lumière, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. |
47 Si quelqu'un entend mes paroles et ne les garde pas, je le ne juge pas, car je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde. |
En citant le prophète Isaïe, l'évangéliste Jean nous fait comprendre qu'il n'y a rien d'inhabituel dans l'incrédulité des Juifs. Des raisons humaines simples, compréhensibles et nullement honorables y conduisent. Pour nous, l'important n'est pas de condamner ceux qui ne croient pas, mais de nous pénétrer de l'esprit des paroles du Christ. Le Seigneur nous parle aujourd'hui de nouveau de la lumière. Il est la lumière venue dans le monde afin que ceux qui croient en lui ne demeurent pas dans les ténèbres. Ainsi, connaissant le Seigneur Jésus-Christ, nous pouvons nous-mêmes être remplis de cette lumière et voir la vérité et le mensonge, la vie et la mort, la cruauté et la miséricorde. Et cela nous donne la possibilité de choisir et de suivre la vérité que le Seigneur nous révèle.
12 Le lendemain, la foule nombreuse venue pour la fête apprit que Jésus venait à Jérusalem; |
13 ils prirent les rameaux des palmiers et sortirent à sa rencontre et ils criaient : " Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur et le roi d'Israël ! " |
14 Jésus, trouvant un petit âne, s'assit dessus selon qu'il est écrit: |
15 Sois sans crainte, fille de Sion: Voici que ton roi vient, monté sur un petit d'ânesse. |
16 Cela, ses disciples ne le comprirent pas tout d'abord; mais quand Jésus eut été glorifié, alors ils se souvinrent que cela était écrit de lui et que c'était ce qu'on lui avait fait. |
17 La foule qui était avec lui, quand il avait appelé Lazare hors du tombeau et l'avait ressuscité d'entre les morts, rendait témoignage. |
18 C'est aussi pourquoi la foule vint à sa rencontre: parce qu'ils avaient entendu dire qu'il avait fait ce signe. |
19 Alors les Pharisiens se dirent entre eux : " Vous voyez que vous ne gagnez rien ; voilà le monde parti après lui ! " |
Comme il arrive souvent, parmi les hommes engagés dans les événements, peu comprennent le sens de ce qui se passe, et souvent personne ne le comprend. Les foules acclament le Roi, mais ceux qui assistaient à Son entrée à Jérusalem pouvaient difficilement entendre que Son Royaume ne ressemble à aucun royaume terrestre et que Jésus n'a nullement l'intention de remplacer des dirigeants terrestres par d'autres, tout aussi habituels. Ceux qui avaient entendu parler de la résurrection de Lazare étaient-ils capables de comprendre que ce qui s'était produit n'était pas un miracle isolé, mais le gage de la Résurrection universelle ?
Il nous est difficile de comprendre pleinement les sentiments des habitants de Jérusalem et des pèlerins rassemblés dans la ville, mais ils attendent manifestement autre chose que ce que le Christ apporte. Or Il marche vers des souffrances que beaucoup de ceux qui L'acclament d'abord ne comprendront pas, et Il le sait. Même un accueil superficiel du Christ, semblable aux acclamations des foules en liesse, peut devenir le fondement d'une compréhension plus profonde de ce qu'Il a apporté au monde. Mais il peut aussi ne pas le devenir, si l'on prend ce premier rapprochement avec Lui pour la plénitude de la compréhension.
1 Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie, où était Lazare, que Jésus avait ressuscité d'entre les morts. |
2 On lui fit là un repas. Marthe servait. Lazare était l'un des convives. |
3 Alors Marie, prenant une livre d'un parfum de nard pur, de grand prix, oignit les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux; et la maison s'emplit de la senteur du parfum. |
4 Mais Judas l'Iscariote, l'un des disciples, celui qui allait le livrer, dit: |
5 " Pourquoi ce parfum n'a-t-il pas été vendu trois cents deniers qu'on aurait donnés à des pauvres ? " |
6 Mais il dit cela non par souci des pauvres, mais parce qu'il était voleur et que, tenant la bourse, il dérobait ce qu'on y mettait. |
7 Jésus dit alors : " Laisse-la : c'est pour le jour de ma sépulture qu'elle devait garder ce parfum. |
8 Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous ; mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. " |
9 La grande foule des Juifs apprit qu'il était là et ils vinrent, pas seulement pour Jésus, mais aussi pour voir Lazare, qu'il avait ressuscité d'entre les morts. |
10 Les grands prêtres décidèrent de tuer aussi Lazare, |
11 parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s'en allaient et croyaient en Jésus. |
12 Le lendemain, la foule nombreuse venue pour la fête apprit que Jésus venait à Jérusalem; |
13 ils prirent les rameaux des palmiers et sortirent à sa rencontre et ils criaient : " Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur et le roi d'Israël ! " |
14 Jésus, trouvant un petit âne, s'assit dessus selon qu'il est écrit: |
15 Sois sans crainte, fille de Sion: Voici que ton roi vient, monté sur un petit d'ânesse. |
16 Cela, ses disciples ne le comprirent pas tout d'abord; mais quand Jésus eut été glorifié, alors ils se souvinrent que cela était écrit de lui et que c'était ce qu'on lui avait fait. |
17 La foule qui était avec lui, quand il avait appelé Lazare hors du tombeau et l'avait ressuscité d'entre les morts, rendait témoignage. |
18 C'est aussi pourquoi la foule vint à sa rencontre: parce qu'ils avaient entendu dire qu'il avait fait ce signe. |
19 Alors les Pharisiens se dirent entre eux : " Vous voyez que vous ne gagnez rien ; voilà le monde parti après lui ! " |
En répondant à la remarque de Judas, le Seigneur dit que, contrairement aux pauvres, Il ne sera pas toujours avec les disciples. Il est parti, mais Il est resté: tel est le mystère de notre foi. Et Il est resté dans ces pauvres mêmes que Judas prétendait vouloir consoler («Ce que vous leur avez fait, vous Me l'avez fait» Mt 25).
Et les pauvres sont vraiment nombreux autour de nous; il ne s'agit pas seulement d'aisance ou de pauvreté matérielle: nous manquons tous du minimum vital d'amour; en quoi ne sommes-nous pas pauvres?
Et c'est justement grâce à cette présence mystique de Jésus au milieu de nous, dans nos rues, dans le métro, chez nous, que nous pouvons suivre Marie de Béthanie, qui a fait miséricorde à son Seigneur en L'oignant de parfums précieux. Témoigner de l'amour aux pauvres par l'amour: voilà notre onction, pour laquelle le Christ est toujours tout près.
1 Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie, où était Lazare, que Jésus avait ressuscité d'entre les morts. |
2 On lui fit là un repas. Marthe servait. Lazare était l'un des convives. |
3 Alors Marie, prenant une livre d'un parfum de nard pur, de grand prix, oignit les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux; et la maison s'emplit de la senteur du parfum. |
4 Mais Judas l'Iscariote, l'un des disciples, celui qui allait le livrer, dit: |
5 " Pourquoi ce parfum n'a-t-il pas été vendu trois cents deniers qu'on aurait donnés à des pauvres ? " |
6 Mais il dit cela non par souci des pauvres, mais parce qu'il était voleur et que, tenant la bourse, il dérobait ce qu'on y mettait. |
7 Jésus dit alors : " Laisse-la : c'est pour le jour de ma sépulture qu'elle devait garder ce parfum. |
8 Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous ; mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. " |
9 La grande foule des Juifs apprit qu'il était là et ils vinrent, pas seulement pour Jésus, mais aussi pour voir Lazare, qu'il avait ressuscité d'entre les morts. |
10 Les grands prêtres décidèrent de tuer aussi Lazare, |
11 parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s'en allaient et croyaient en Jésus. |
12 Le lendemain, la foule nombreuse venue pour la fête apprit que Jésus venait à Jérusalem; |
13 ils prirent les rameaux des palmiers et sortirent à sa rencontre et ils criaient : " Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur et le roi d'Israël ! " |
14 Jésus, trouvant un petit âne, s'assit dessus selon qu'il est écrit: |
15 Sois sans crainte, fille de Sion: Voici que ton roi vient, monté sur un petit d'ânesse. |
16 Cela, ses disciples ne le comprirent pas tout d'abord; mais quand Jésus eut été glorifié, alors ils se souvinrent que cela était écrit de lui et que c'était ce qu'on lui avait fait. |
17 La foule qui était avec lui, quand il avait appelé Lazare hors du tombeau et l'avait ressuscité d'entre les morts, rendait témoignage. |
18 C'est aussi pourquoi la foule vint à sa rencontre: parce qu'ils avaient entendu dire qu'il avait fait ce signe. |
19 Alors les Pharisiens se dirent entre eux : " Vous voyez que vous ne gagnez rien ; voilà le monde parti après lui ! " |
La lecture d'aujourd'hui nous ramène une fois encore à Lazare, que Jésus a ressuscité. Tout en restant dans l'ombre, il prend néanmoins part à des événements tels que l'onction de Jésus (v. 1-11) et l'entrée du Seigneur à Jérusalem (v. 12-19). Au début du récit, nous rencontrons Lazare dans la maison où se déroulent les événements (v. 1-2), et sa présence attire l'attention de beaucoup sur ce qui se passe, alors qu'autrement ils n'auraient peut-être rien remarqué (v. 9). Même l'accueil triomphal de Jésus dans les rues de Jérusalem était, selon le témoignage de l'évangéliste, lié dans une large mesure aux rumeurs qui s'étaient répandues dans la ville au sujet de l'homme qui était mort et qu'il avait ressuscité (v. 17-18).
Une telle attention à Lazare et à tout ce qui touche au miracle de sa résurrection par Jésus n'est évidemment pas fortuite. Pour la plupart des Juifs croyants, la résurrection des morts était précisément le signe de la venue du jour du Jugement et du Royaume messianique. Et celui qui était capable d'accomplir de tels miracles était naturellement regardé comme le Messie attendu depuis longtemps. Jésus lui-même, qui cachait auparavant sa messianité et ne révélait le mystère de son ministère qu'à quelques-uns, témoigne maintenant ouvertement de sa mission: il accepte les acclamations du peuple réuni dans les rues de la ville, qui l'accueille comme le Messie (v. 12-15). En effet, après une manifestation de la puissance du Royaume si évidente pour tous, il aurait déjà été absolument impossible de continuer à cacher sa messianité. D'un autre côté, Jésus n'avait désormais que très peu de temps avant l'achèvement de son ministère terrestre; il pouvait donc ne plus craindre d'être entraîné dans des jeux religieux et politiques et fait chef d'une nouvelle insurrection messianique.
Mais même des témoignages si manifestes n'ont apparemment pas convaincu tout le monde. Ni les dirigeants du Temple (v. 10-11), ni la plupart des chefs du mouvement pharisien (v. 19) n'ont changé d'avis sur Jésus. Pourtant, leur position ne pouvait guère être déterminée par quelque témoignage ou argument que ce fût. S'il avait été question d'arguments, on aurait difficilement pu en trouver un plus puissant que Lazare vivant, ressuscité par Jésus sous les yeux d'une multitude de témoins. Mais à en juger par le récit de l'évangéliste, l'unique réponse des milieux sacerdotaux à cet argument fut le projet de tuer Lazare afin de se débarrasser de lui comme d'un témoignage vivant que Jésus avait raison.
Il ne s'agit manifestement plus de témoignages ni de discussion théologique, mais d'un jeu politique dont le résultat est connu d'avance. Ceux qui y jouent n'ont pas besoin du Royaume. Ils ont besoin d'une stabilité religieuse et politique dans la société qui, à leurs yeux, justifie tous les sacrifices. Et si, au début, il ne s'agissait que d'un seul homme (Jn 11:49-50), il s'agit maintenant d'au moins deux. Telle est la logique du pouvoir terrestre opposé au Royaume: ne voulant pas reconnaître l'évidence, il ne fait que multiplier les victimes en essayant de se débarrasser de quiconque peut devenir témoin du Royaume. C'est la logique des forces des ténèbres qui conduit le Sauveur à la croix.
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