28 Quand il fut arrivé sur l'autre rive, au pays des Gadaréniens, deux démoniaques, sortant des tombeaux, vinrent à sa rencontre, des êtres si sauvages que nul ne se sentait de force à passer par ce chemin. |
29 Les voilà qui se mirent à crier : " Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? " |
30 Or il y avait, à une certaine distance, un gros troupeau de porcs en train de paître. |
31 Et les démons suppliaient Jésus : " Si tu nous expulses, envoie-nous dans ce troupeau de porcs. " - |
32 " Allez ", leur dit-il. Sortant alors, ils s'en allèrent dans les porcs, et voilà que tout le troupeau se précipita du haut de l'escarpement dans la mer et périt dans les eaux. |
33 Les gardiens prirent la fuite et s'en furent à la ville tout rapporter, avec l'affaire des démoniaques. |
34 Et voilà que toute la ville sortit au-devant de Jésus ; et, dès qu'ils le virent, ils le prièrent de quitter leur territoire. |
Le plus difficile, peut-être, dans la lecture d'aujourd'hui, ce sont les démons. Beaucoup ne savent pas ce que c'est, beaucoup rejettent sur eux leur propre faute, et certains ne voient partout qu'eux seuls. Comment se rapporter à cette notion extrêmement complexe de l'Écriture? Car même dans la prière du Seigneur, en répétant après Jésus, nous disons: « ...délivre-nous du Malin ». Comprendre quelle est cette force et prendre conscience de son existence est donc une condition nécessaire pour une prière consciente du « Notre Père ».
La première chose, et la principale, qu'il importe de comprendre ici est que les démons, quelle que soit la forme mentale que nous leur donnions, sont des créatures, comme nous. En ce sens, ils se trouvent au même degré ontologique que nous, voire plus bas, car nous participons dans une certaine mesure à Dieu et à son existence véritable. Cela signifie qu'en tout cas ils ne sont pas plus forts que nous, et qu'il ne faut donc pas les craindre. Au contraire, ils craignent Dieu et, en réalité, lui sont soumis. Cela nous est très bien montré aujourd'hui dans l'histoire des Gergéséniens: nous voyons avec quelle obéissance ils sont prêts à sortir lorsqu'ils voient la vraie force du Christ. L'apôtre Jacques l'a dit avec exactitude: les démons aussi croient, et ils tremblent (Jc 2:19).
La deuxième observation importante, visible dans la lecture d'aujourd'hui, est qu'ils reconnaissent Dieu plus vite que les hommes ordinaires. Pourquoi? C'est très facile à comprendre: ils sont ceux qui lui résistent, et c'est précisément pourquoi ils le connaissent bien. Il ne vaut donc pas la peine de reculer simplement devant les fous en les craignant comme la lèpre; parfois il faut écouter très attentivement ce qu'ils disent, car au milieu du délire on peut discerner des éclairs d'un sens qui nous est inaccessible.
Enfin, lorsque nous avons peur et qu'il nous semble que les démons nous tentent, il faut appeler le Christ dans toute la simplicité, et cela seul suffira pour qu'ils se taisent, car ils le craignent beaucoup. Mieux encore, ne jamais lâcher le bord de son vêtement. Alors, à la question de savoir si nous connaissons les démons, nous pourrons répondre en toute bonne conscience: non, avec les démons, cela va mal pour nous.
28 Quand il fut arrivé sur l'autre rive, au pays des Gadaréniens, deux démoniaques, sortant des tombeaux, vinrent à sa rencontre, des êtres si sauvages que nul ne se sentait de force à passer par ce chemin. |
29 Les voilà qui se mirent à crier : " Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? " |
30 Or il y avait, à une certaine distance, un gros troupeau de porcs en train de paître. |
31 Et les démons suppliaient Jésus : " Si tu nous expulses, envoie-nous dans ce troupeau de porcs. " - |
32 " Allez ", leur dit-il. Sortant alors, ils s'en allèrent dans les porcs, et voilà que tout le troupeau se précipita du haut de l'escarpement dans la mer et périt dans les eaux. |
33 Les gardiens prirent la fuite et s'en furent à la ville tout rapporter, avec l'affaire des démoniaques. |
34 Et voilà que toute la ville sortit au-devant de Jésus ; et, dès qu'ils le virent, ils le prièrent de quitter leur territoire. |
L’épisode décrit par les évangélistes, où les habitants de toute une ville demandèrent au Seigneur Jésus-Christ de partir parce que Sa présence les effraie et gêne leurs occupations, c’est-à-dire leur « commerce », pourrait paraître exotique. Bien sûr, c’est la réaction de païens, et il est difficile d’attendre d’eux autre chose...
Mais, au fond, presque tout homme vit quelque chose de semblable à certains moments. Heureusement, nous ne nous comportons pas toujours comme les Gergéséniens, mais presque personne n’échappe aux tentations de ce genre. Il faut dire que l’histoire s’est déroulée de telle sorte que, semble-t-il, après le IIIe siècle de notre ère, presque personne n’a osé demander ouvertement au Seigneur Jésus de partir.
À la place, selon le « schéma » décrit par les évangélistes, naît en nous un christianisme « nominal » ou « en trois fois », c’est-à-dire lorsque l’homme rencontre Dieu trois fois : à son baptême, à son mariage et à ses funérailles. Il importe de garder à l’esprit que le nominalisme n’est qu’en second lieu un phénomène socio-religieux qui atteint la société. En premier lieu, il atteint l’homme individuel, et le récit des évangélistes nous aide à le voir non pas tant chez les autres qu’en nous-mêmes.
28 Quand il fut arrivé sur l'autre rive, au pays des Gadaréniens, deux démoniaques, sortant des tombeaux, vinrent à sa rencontre, des êtres si sauvages que nul ne se sentait de force à passer par ce chemin. |
29 Les voilà qui se mirent à crier : " Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? " |
30 Or il y avait, à une certaine distance, un gros troupeau de porcs en train de paître. |
31 Et les démons suppliaient Jésus : " Si tu nous expulses, envoie-nous dans ce troupeau de porcs. " - |
32 " Allez ", leur dit-il. Sortant alors, ils s'en allèrent dans les porcs, et voilà que tout le troupeau se précipita du haut de l'escarpement dans la mer et périt dans les eaux. |
33 Les gardiens prirent la fuite et s'en furent à la ville tout rapporter, avec l'affaire des démoniaques. |
34 Et voilà que toute la ville sortit au-devant de Jésus ; et, dès qu'ils le virent, ils le prièrent de quitter leur territoire. |
Ce n’est pas par hasard que les possédés habitaient dans des grottes funéraires, car la soumission à la volonté des forces ténébreuses est déjà un chemin vers la mort spirituelle. C’est pourquoi l’expulsion des démons hors des deux malheureux Gergéséniens signifiait non seulement la guérison de personnes concrètes, ni même seulement le triomphe de la puissance de Dieu sur les forces des ténèbres. Elle fut encore une préfiguration de la victoire à venir du Christ sur la mort.
Il serait trop simple de ne voir, dans la peur des habitants du lieu, bouleversés par les circonstances qui avaient accompagné l’expulsion des démons, qu’un mécontentement devant la perte des porcs, et donc devant un dommage matériel. Non, les habitants du pays des Gergéséniens sentent que Celui qui se tient devant eux est capable de changer toute leur vie. Mais c’est justement cela qu’ils ne veulent pas, car la vie habituelle est si compréhensible.
Ainsi, bien souvent, tout en nous indignant d’un mal devenu habituel, nous ne voulons pas remarquer que nous nous sommes nous-mêmes tellement soudés à lui que, si quelqu’un tentait de nous en délivrer, nous serions mal à l’aise. Mais si l’on choisit le Christ, il faut être prêt à accueillir ce qu’Il nous apporte. Même si, en conséquence, nous perdons quelque chose qui ressemble à un troupeau de porcs.
28 Quand il fut arrivé sur l'autre rive, au pays des Gadaréniens, deux démoniaques, sortant des tombeaux, vinrent à sa rencontre, des êtres si sauvages que nul ne se sentait de force à passer par ce chemin. |
29 Les voilà qui se mirent à crier : " Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? " |
30 Or il y avait, à une certaine distance, un gros troupeau de porcs en train de paître. |
31 Et les démons suppliaient Jésus : " Si tu nous expulses, envoie-nous dans ce troupeau de porcs. " - |
32 " Allez ", leur dit-il. Sortant alors, ils s'en allèrent dans les porcs, et voilà que tout le troupeau se précipita du haut de l'escarpement dans la mer et périt dans les eaux. |
33 Les gardiens prirent la fuite et s'en furent à la ville tout rapporter, avec l'affaire des démoniaques. |
34 Et voilà que toute la ville sortit au-devant de Jésus ; et, dès qu'ils le virent, ils le prièrent de quitter leur territoire. |
1 S'étant embarqué, il traversa et vint dans sa ville. |
On a beaucoup dit et écrit sur la réaction du monde au témoignage de Jésus concernant le Royaume qu'il a apporté dans le monde, ainsi qu'à Jésus lui-même. Pourtant les illustrations les plus frappantes de cette réaction sont précisément les récits évangéliques, malgré la brièveté qui leur est parfois propre.
Tel est aussi le récit de la guérison par Jésus d'un possédé. En soi, une telle guérison était, du point de vue spirituel, un événement exceptionnel, même si l'on fait abstraction du destin concret de l'homme libéré du pouvoir pesant des forces obscures. Mais les habitants de ces lieux étaient païens, et cela signifiait à cette époque une absence pratique de religion. Il est difficile de dire ce qu'ils pensaient du possédé qui vivait non loin d'eux; en tout cas, sa guérison ne les impressionna pas beaucoup. En revanche, autre chose les impressionna: la perte de tout un troupeau de porcs, sans doute considérable.
Bien sûr, la première réaction de quiconque lit l'Évangile devant une telle indifférence sera l'étonnement, et peut-être même l'indignation. Mais, si l'on y réfléchit, la réaction des habitants d'une ville païenne typique était tout à fait naturelle pour des païens. Car les païens sont simplement des hommes qui vivent selon les lois du monde non transformé et qui ne connaissent, ou ne veulent connaître, aucune autre loi. Or, dans le monde non transformé, l'inertie, les stéréotypes de vision du monde et les modèles de comportement jouent un rôle immense. Les gens qui vivent selon ses lois s'y sentent réellement à l'aise; il ne leur vient même pas à l'esprit que ce confort est déficient par définition.
L'anomalie de la situation est soulignée par la présence constante, près des habitants de la ville, d'un troupeau de porcs: car les porcs, du point de vue de la Torah, sont des animaux impurs, souillant le lieu où ils vivent et les personnes qui entrent en contact avec eux. Ainsi, les païens du récit évangélique vivent dans un état d'impureté qui est pour eux la norme, comme elle est en général la norme du monde déchu. Et tout leur comportement, toutes leurs réactions, sont adaptés à ce monde déchu. La dimension spirituelle au sens propre du terme n'existe pas pour eux; en revanche, ils comprennent très bien ce qu'est un dommage matériel. C'est pourquoi la présence de Jésus les effraie.
Bien sûr, on peut attendre de lui des problèmes, surtout si le problème est la présence même de la dimension spirituelle dans sa propre vie. Et les citadins, honnêtement, avec toute la franchise propre à l'homme, lui demandent de partir. Et il part: car le Royaume ne s'impose pas par la force, il ne peut être reçu que librement.
18 Se voyant entouré de foules nombreuses, Jésus donna l'ordre de s'en aller sur l'autre rive. |
19 Et un scribe s'approchant lui dit : " Maître, je te suivrai où que tu ailles. " |
20 Jésus lui dit : " Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l'homme, lui, n'a pas où reposer la tête. " |
21 Un autre des disciples lui dit : " Seigneur, permets-moi de m'en aller d'abord enterrer mon père. " |
22 Mais Jésus lui dit : " Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts. " |
23 Puis il monta dans la barque, suivi de ses disciples. |
24 Et voici qu'une grande agitation se fit dans la mer, au point que la barque était couverte par les vagues. Lui cependant dormait. |
25 S'étant approchés, ils le réveillèrent en disant : " Au secours, Seigneur, nous périssons ! " |
26 Il leur dit : " Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ? " Alors, s'étant levé, il menaça les vents et la mer, et il se fit un grand calme. |
27 Saisis d'étonnement, les hommes se dirent alors : " Quel est celui-ci, que même les vents et la mer lui obéissent ? " |
28 Quand il fut arrivé sur l'autre rive, au pays des Gadaréniens, deux démoniaques, sortant des tombeaux, vinrent à sa rencontre, des êtres si sauvages que nul ne se sentait de force à passer par ce chemin. |
29 Les voilà qui se mirent à crier : " Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? " |
30 Or il y avait, à une certaine distance, un gros troupeau de porcs en train de paître. |
31 Et les démons suppliaient Jésus : " Si tu nous expulses, envoie-nous dans ce troupeau de porcs. " - |
32 " Allez ", leur dit-il. Sortant alors, ils s'en allèrent dans les porcs, et voilà que tout le troupeau se précipita du haut de l'escarpement dans la mer et périt dans les eaux. |
33 Les gardiens prirent la fuite et s'en furent à la ville tout rapporter, avec l'affaire des démoniaques. |
34 Et voilà que toute la ville sortit au-devant de Jésus ; et, dès qu'ils le virent, ils le prièrent de quitter leur territoire. |
La lecture d’aujourd’hui nous ramène de nouveau au thème principal des quatre Évangiles : le thème du Royaume. Nous avons devant nous deux récits : celui de l’apaisement de la tempête (v. 23-27) et celui de la guérison des possédés, des démoniaques (v. 28-34). On pourrait croire qu’il s’agit d’événements très différents, car dans un cas Jésus a affaire à un élément naturel, et dans l’autre à des hommes et à des forces obscures. Mais, au fond, dans les deux cas il s’agit de la manière dont le Royaume de Dieu, que Jésus porte en lui, transfigure le monde qui l’entoure.
Ceux qui l’entourent ont l’impression qu’il possède des capacités surhumaines ou des forces particulières données par Dieu, et qu’il peut donc accomplir des miracles que personne d’autre ne peut accomplir (v. 27). Mais en réalité, il ne s’agit ni de forces ni de capacités, mais du fait que le monde autour de lui est transfiguré ; c’est pourquoi la tempête s’apaise et les démons ne tiennent pas, fuyant au loin (v. 32). Aucune force, même la force de Dieu, n’agit ainsi sur le monde : elle peut certes y changer beaucoup de choses, mais dans le cas présent il ne s’agit déjà plus simplement de changements, mais d’une transfiguration complète, de sorte que les lois mêmes de l’univers changent. Selon les lois du monde non transfiguré, une tempête ne peut pas s’apaiser sans cause. À proprement parler, dans ce monde elle ne s’apaise pas ; mais dans le Royaume elle n’existe pas. Ensuite, tout dépend de la réalité à laquelle participe l’homme qui se trouve au milieu de la tempête : la réalité du monde déchu ou la réalité du Royaume. Et ici, tout est déterminé uniquement par la foi, par la confiance envers celui qui a apporté ce Royaume dans le monde (v. 26).
Mais s’il n’y a pas de foi, même les manifestations du Royaume ne la remplaceront pas par elles-mêmes. Il en fut ainsi avec les démoniaques gergéséniens : la manifestation du Royaume était évidente, et les démons, qui naturellement ne pouvaient la supporter, l’ont senti très vite (v. 29). Avec les hommes, en revanche, tout s’est révélé moins simple. Il était difficile de ne pas croire le récit des témoins oculaires (v. 33), mais ce récit, semble-t-il, produisit sur les habitants du lieu une impression paradoxale : ils demandèrent à Jésus de les laisser en paix (v. 34). Et il est peu vraisemblable que ce fût parce qu’ils avaient pitié du troupeau perdu.
Bien sûr, les habitants de ces lieux étaient païens et pensaient sans doute peu au Messie ou au Royaume. Mais ils comprirent une chose : quelqu’un était entré dans leur vie et y avait apporté quelque chose avec quoi il deviendrait impossible de vivre comme avant. S’il restait parmi eux, toute leur vie changerait brusquement. Et cela, selon toute apparence, ils ne le voulaient pas.
Jésus rencontra ici l’obstacle principal sur son chemin : le refus des hommes d’accueillir le Royaume qu’il leur propose. Alors il s’en va. Car si l’homme refuse le Royaume, le Sauveur n’a plus rien à lui donner.
1 S'étant embarqué, il traversa et vint dans sa ville. |
2 Et voici qu'on lui apportait un paralytique étendu sur un lit. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : " Aie confiance, mon enfant, tes péchés sont remis. " |
3 Et voici que quelques scribes se dirent par-devers eux : " Celui-là blasphème. " |
4 Et Jésus, connaissant leurs sentiments, dit : " Pourquoi ces mauvais sentiments dans vos cœurs ? |
5 Quel est donc le plus facile, de dire: Tes péchés sont remis, ou de dire: Lève-toi et marche? |
6 Eh bien ! pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés, lève-toi, dit-il alors au paralytique, prends ton lit et va-t-en chez toi. " |
7 Et se levant, il s'en alla chez lui. |
8 A cette vue, les foules furent saisies de crainte et glorifièrent Dieu d'avoir donné un tel pouvoir aux hommes. |
Ce n'est pas par hasard qu'il y a tant de récits de guérison dans l'Évangile: chaque guérison est en effet un témoignage du Royaume. Mais, manifestement, tous ne comprennent pas l'essence de ce qui se produit, même lorsque tout se déroule sous leurs yeux. D'où le mécontentement des pharisiens qui entourent Jésus: Jésus parle du pardon des péchés, or qui peut pardonner les péchés d'un homme sinon Dieu?
D'ailleurs, même du point de vue des représentations généralement admises à cette époque, la situation n'était pas si univoque. Le fait est que la question du pardon des péchés pour un homme était liée avant tout au jour du Jugement et au jour de la venue du Messie, qui, dans le judaïsme de l'époque évangélique, coïncidaient. Et le Messie prenait une certaine part, même si elle n'était pas pleinement définie, au jugement de Dieu, en témoignant pour ou contre l'accusé; et son témoignage pouvait devenir décisif. Ensuite, selon l'issue du Jugement, l'homme recevait ou non le droit d'entrer dans le Royaume messianique.
Jésus corrige quelque peu ces représentations habituelles: il parle du Royaume qui entre dans le monde en donnant à chacun la possibilité de recommencer sur une page blanche. Il parle du pardon des péchés en ayant en vue non pas le Jugement, ni même les jugements que l'homme peut traverser avant le jour du dernier Jugement. Il dit que les péchés sont pardonnés à quiconque touche le Royaume et participe à sa vie, précisément parce que cette personne commence dans le Royaume une vie nouvelle en laissant l'ancienne. Et toute guérison est un acte de foi, de foi comme confiance en Dieu et en Celui qui a apporté le Royaume dans le monde. C'est pourquoi Jésus dit au guéri: « ...tes péchés te sont pardonnés ».
Pour les pharisiens, en revanche, ce qui se passe n'a manifestement aucun rapport avec le Royaume. Au mieux, ils ne voient qu'un miracle, une action de Dieu, qui ne donne pas en soi à Celui par qui elle s'accomplit le moindre droit de se substituer à Dieu, ni de substituer ses propres décisions au jugement de Dieu. C'est là que passe la frontière entre le monde et le Royaume, cette frontière même qui est si bien visible depuis le Royaume et souvent totalement invisible depuis le monde.
1 S'étant embarqué, il traversa et vint dans sa ville. |
2 Et voici qu'on lui apportait un paralytique étendu sur un lit. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : " Aie confiance, mon enfant, tes péchés sont remis. " |
3 Et voici que quelques scribes se dirent par-devers eux : " Celui-là blasphème. " |
4 Et Jésus, connaissant leurs sentiments, dit : " Pourquoi ces mauvais sentiments dans vos cœurs ? |
5 Quel est donc le plus facile, de dire: Tes péchés sont remis, ou de dire: Lève-toi et marche? |
6 Eh bien ! pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés, lève-toi, dit-il alors au paralytique, prends ton lit et va-t-en chez toi. " |
7 Et se levant, il s'en alla chez lui. |
8 A cette vue, les foules furent saisies de crainte et glorifièrent Dieu d'avoir donné un tel pouvoir aux hommes. |
Il arrive qu'on n'ait pas la force de commencer une affaire, pas la force de réévaluer sa position, civique, religieuse ou autre, ou tout simplement pas la force de se lever. Pas de force, parce que nous l'avons dépensée à quelque chose, ou parce qu'un mal nous tourmente: peu importe. Péché ou maladie, est-ce si important? Peut-être est-ce le péché, peut-être la maladie. Souvent, on ne peut pas tracer de ligne entre les deux.
Nous le voulons beaucoup, nous voulons beaucoup la clarté, mais nous ne l'avons pas, et il ne le faut pas, car il n'y a que le bien et le mal, et c'est seulement entre eux qu'une ligne de démarcation stricte est nécessaire. Mais il ne faut classer ni l'un ni l'autre. On nous dira: nous ne savons pas vers qui aller, vers le médecin ou vers le prêtre. Il vaut la peine d'aller vers l'un et vers l'autre, mais il est important de se souvenir que nous allons vers Dieu pour qu'il nous guérisse.
On parle beaucoup aujourd'hui de la collaboration du prêtre et du psychologue. Et c'est une bonne chose: le temps de la divergence des domaines d'activité est passé, car une limite fondamentale a été atteinte, et nous entrons dans un temps où, peu à peu, la convergence recommence. Cela enrichira tous, car dans chaque phénomène du monde visible se trouve l'empreinte du Créateur, mais elle se révèle sous des angles différents. Voir ici non pas une image « plate », mais une image « en relief » demande un grand travail; mais ce travail est béni.
1 S'étant embarqué, il traversa et vint dans sa ville. |
2 Et voici qu'on lui apportait un paralytique étendu sur un lit. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : " Aie confiance, mon enfant, tes péchés sont remis. " |
3 Et voici que quelques scribes se dirent par-devers eux : " Celui-là blasphème. " |
4 Et Jésus, connaissant leurs sentiments, dit : " Pourquoi ces mauvais sentiments dans vos cœurs ? |
5 Quel est donc le plus facile, de dire: Tes péchés sont remis, ou de dire: Lève-toi et marche? |
6 Eh bien ! pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés, lève-toi, dit-il alors au paralytique, prends ton lit et va-t-en chez toi. " |
7 Et se levant, il s'en alla chez lui. |
8 A cette vue, les foules furent saisies de crainte et glorifièrent Dieu d'avoir donné un tel pouvoir aux hommes. |
Aujourd'hui, l'évangéliste Matthieu nous raconte la guérison du paralytique, que mentionnent aussi Marc et Luc. Sa particularité essentielle semble être les paroles que le Seigneur Jésus-Christ prononce alors: «Prends courage, mon enfant! Tes péchés te sont pardonnés». Chez les scribes, elles provoquèrent un vif rejet, mais par le miracle lui-même le Seigneur confirma son droit de pardonner les péchés. Pour nous, le lien même entre la souffrance et le péché est sans doute plus important.
Les nombreuses guérisons accomplies par le Seigneur Jésus-Christ ne sous-entendent pas toujours que les maladies et les souffrances ont pour cause les péchés de la personne elle-même; il suffit de se rappeler la guérison de l'aveugle-né. Mais, pour le paralytique, c'est précisément le pardon de Dieu qui devient la source de la guérison. Cela signifie que la cause même de sa souffrance est bien le péché. C'est important parce que, lorsque nous sommes confrontés à la souffrance, nous éprouvons très douloureusement son irrationalité, son absurdité, et nous nous retenons rarement au bord de l'incompréhension et du murmure. En cherchant une explication, l'homme en vient presque inévitablement à se demander: «Pourquoi Dieu permet-il cela?». Mais Dieu, comme nous le voyons, n'a créé ni la mort ni la souffrance; ce n'est pas lui, mais nous-mêmes, qu'il faut en accuser.
Au fond, c'est précisément l'éloignement de Dieu résultant du péché qui nous rend soumis à la mort. C'est pourquoi le pardon devient pour nous don de la liberté et restauration de ce qui a été perdu. Les Pères de l'Église nous le rappellent sans cesse.
1 S'étant embarqué, il traversa et vint dans sa ville. |
2 Et voici qu'on lui apportait un paralytique étendu sur un lit. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : " Aie confiance, mon enfant, tes péchés sont remis. " |
3 Et voici que quelques scribes se dirent par-devers eux : " Celui-là blasphème. " |
4 Et Jésus, connaissant leurs sentiments, dit : " Pourquoi ces mauvais sentiments dans vos cœurs ? |
5 Quel est donc le plus facile, de dire: Tes péchés sont remis, ou de dire: Lève-toi et marche? |
6 Eh bien ! pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés, lève-toi, dit-il alors au paralytique, prends ton lit et va-t-en chez toi. " |
7 Et se levant, il s'en alla chez lui. |
8 A cette vue, les foules furent saisies de crainte et glorifièrent Dieu d'avoir donné un tel pouvoir aux hommes. |
Le Christ peut guérir une infirmité physique, et Il a déjà guéri beaucoup de malades, mais cette fois Il préfère commencer par le pardon des péchés. C'est l'essentiel, nécessaire non seulement à ce paralytique concret, mais aussi à tous ceux qui viennent au Christ. Jusqu'à aujourd'hui, beaucoup de ceux qui viennent à l'Église pour une guérison la reçoivent ; mais même alors, il est si difficile de reconnaître que la maladie la plus grave reste notre péché habituel et ancien. Le Christ ne refuse nullement de guérir les maladies du corps ; cependant, dès la guérison du paralytique, Il a clairement fait comprendre ce qui doit venir en premier.
Or, en annonçant publiquement le pardon des péchés, le Christ a réellement témoigné de Lui-même comme Dieu. Les pharisiens n'acceptent pas les oeuvres accomplies par le Christ et sont prêts à L'accuser de blasphème, mais ils ont raison sur un point : personne, sauf Dieu, ne peut pardonner les péchés. Désormais, la fissure grandit entre les scribes instruits, qui ne veulent pas faire confiance au Christ, et les gens simples, qui comprennent moins bien les subtilités de la loi et ne comprennent souvent pas qui est Jésus, mais qui sont attirés vers Lui.
Chez les scribes, la méfiance annulera leurs connaissances ; chez les gens simples, la confiance permettra de combler les lacunes théoriques et conduira à une compréhension plus profonde du sens de la révélation.
1 S'étant embarqué, il traversa et vint dans sa ville. |
2 Et voici qu'on lui apportait un paralytique étendu sur un lit. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : " Aie confiance, mon enfant, tes péchés sont remis. " |
3 Et voici que quelques scribes se dirent par-devers eux : " Celui-là blasphème. " |
4 Et Jésus, connaissant leurs sentiments, dit : " Pourquoi ces mauvais sentiments dans vos cœurs ? |
5 Quel est donc le plus facile, de dire: Tes péchés sont remis, ou de dire: Lève-toi et marche? |
6 Eh bien ! pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés, lève-toi, dit-il alors au paralytique, prends ton lit et va-t-en chez toi. " |
7 Et se levant, il s'en alla chez lui. |
8 A cette vue, les foules furent saisies de crainte et glorifièrent Dieu d'avoir donné un tel pouvoir aux hommes. |
De quel droit Jésus fait-Il ce qu’Il fait ? Comment ose-t-Il pardonner les péchés, si tout péché est une faute devant Dieu et que Dieu seul peut la pardonner ou ne pas la pardonner ? Cette question n’est pas seulement celle des scribes, mais celle de tout homme qui n’a pas trouvé la foi au Christ. Essayons d’y répondre ainsi : si l’accomplissement de la volonté du Père fait de nous Ses proches, alors l’accomplissement parfait de Sa volonté, tel qu’il se trouve dans le Christ, signifie que Jésus est le Fils de Dieu (Mt 3:17, 17:5) et témoigne de la plénitude de l’unité du Fils et du Père. Ainsi, Jésus fait simplement ce que désire Son Père céleste : Il pardonne les péchés et, par là même, guérit les infirmités des hommes.
1 S'étant embarqué, il traversa et vint dans sa ville. |
2 Et voici qu'on lui apportait un paralytique étendu sur un lit. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : " Aie confiance, mon enfant, tes péchés sont remis. " |
3 Et voici que quelques scribes se dirent par-devers eux : " Celui-là blasphème. " |
4 Et Jésus, connaissant leurs sentiments, dit : " Pourquoi ces mauvais sentiments dans vos cœurs ? |
5 Quel est donc le plus facile, de dire: Tes péchés sont remis, ou de dire: Lève-toi et marche? |
6 Eh bien ! pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés, lève-toi, dit-il alors au paralytique, prends ton lit et va-t-en chez toi. " |
7 Et se levant, il s'en alla chez lui. |
8 A cette vue, les foules furent saisies de crainte et glorifièrent Dieu d'avoir donné un tel pouvoir aux hommes. |
9 Étant sorti, Jésus vit, en passant, un homme assis au bureau de la douane, appelé Matthieu, et il lui dit : " Suis-moi ! " Et, se levant, il le suivit. |
10 Comme il était à table dans la maison, voici que beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent se mettre à table avec Jésus et ses disciples. |
11 Ce qu'ayant vu, les Pharisiens disaient à ses disciples : " Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? " |
12 Mais lui, qui avait entendu, dit : " Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. |
13 Allez donc apprendre ce que signifie : C'est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. " |
14 Alors les disciples de Jean s'approchent de lui en disant : " Pourquoi nous et les Pharisiens jeûnons-nous, et tes disciples ne jeûnent-ils pas ? " |
15 Et Jésus leur dit : " Les compagnons de l'époux peuvent-ils mener le deuil tant que l'époux est avec eux ? Mais viendront des jours où l'époux leur sera enlevé ; et alors ils jeûneront. |
16 Personne ne rajoute une pièce de drap non foulé à un vieux vêtement; car le morceau rapporté tire sur le vêtement et la déchirure s'aggrave. |
17 On ne met pas non plus du vin nouveau dans des outres vieilles ; autrement, les outres éclatent, le vin se répand et les outres sont perdues. Mais on met du vin nouveau dans des outres neuves, et l'un et l'autre se conservent. " |
S’adressant au peuple, Jésus disait qu’Il était venu « non pour abolir la Loi, mais pour l’accomplir ». Cela doit au moins signifier qu’Il comprend correctement cette Loi. Pourtant, en lisant l’Évangile, nous Le voyons sans cesse entrer en conflit avec les pharisiens, hommes d’une piété particulière, et avec les scribes, spécialistes de la Loi. Le Christ Lui-même explique Sa conduite par une citation du prophète : « C’est la miséricorde que Je désire, et non le sacrifice. » Ainsi, selon Sa compréhension, la Loi consiste dans l’amour. Pour l’amour, Il travaille le jour du sabbat, fréquente les pécheurs et rompt même les jeûnes. Le temps est venu où la Loi et la miséricorde ne font plus qu’un. Cela signifie qu’un contenu nouveau exige une forme nouvelle, afin que le « vin nouveau » ne se retrouve pas dans de « vieilles outres ». L’Évangile ne peut tenir dans la vision du monde « seule correcte » ; il exige la disponibilité à l’ouverture, à l’indulgence et au pardon. Autrement, il fera éclater notre vie et ne nous laissera que le vide et la soif.
28 Quand il fut arrivé sur l'autre rive, au pays des Gadaréniens, deux démoniaques, sortant des tombeaux, vinrent à sa rencontre, des êtres si sauvages que nul ne se sentait de force à passer par ce chemin. |
29 Les voilà qui se mirent à crier : " Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? " |
30 Or il y avait, à une certaine distance, un gros troupeau de porcs en train de paître. |
31 Et les démons suppliaient Jésus : " Si tu nous expulses, envoie-nous dans ce troupeau de porcs. " - |
32 " Allez ", leur dit-il. Sortant alors, ils s'en allèrent dans les porcs, et voilà que tout le troupeau se précipita du haut de l'escarpement dans la mer et périt dans les eaux. |
33 Les gardiens prirent la fuite et s'en furent à la ville tout rapporter, avec l'affaire des démoniaques. |
34 Et voilà que toute la ville sortit au-devant de Jésus ; et, dès qu'ils le virent, ils le prièrent de quitter leur territoire. |
1 S'étant embarqué, il traversa et vint dans sa ville. |
On a beaucoup dit et écrit sur la réaction du monde au témoignage de Jésus concernant le Royaume qu'il a apporté dans le monde, ainsi qu'à Jésus lui-même. Pourtant les illustrations les plus frappantes de cette réaction sont précisément les récits évangéliques, malgré la brièveté qui leur est parfois propre.
Tel est aussi le récit de la guérison par Jésus d'un possédé. En soi, une telle guérison était, du point de vue spirituel, un événement exceptionnel, même si l'on fait abstraction du destin concret de l'homme libéré du pouvoir pesant des forces obscures. Mais les habitants de ces lieux étaient païens, et cela signifiait à cette époque une absence pratique de religion. Il est difficile de dire ce qu'ils pensaient du possédé qui vivait non loin d'eux; en tout cas, sa guérison ne les impressionna pas beaucoup. En revanche, autre chose les impressionna: la perte de tout un troupeau de porcs, sans doute considérable.
Bien sûr, la première réaction de quiconque lit l'Évangile devant une telle indifférence sera l'étonnement, et peut-être même l'indignation. Mais, si l'on y réfléchit, la réaction des habitants d'une ville païenne typique était tout à fait naturelle pour des païens. Car les païens sont simplement des hommes qui vivent selon les lois du monde non transformé et qui ne connaissent, ou ne veulent connaître, aucune autre loi. Or, dans le monde non transformé, l'inertie, les stéréotypes de vision du monde et les modèles de comportement jouent un rôle immense. Les gens qui vivent selon ses lois s'y sentent réellement à l'aise; il ne leur vient même pas à l'esprit que ce confort est déficient par définition.
L'anomalie de la situation est soulignée par la présence constante, près des habitants de la ville, d'un troupeau de porcs: car les porcs, du point de vue de la Torah, sont des animaux impurs, souillant le lieu où ils vivent et les personnes qui entrent en contact avec eux. Ainsi, les païens du récit évangélique vivent dans un état d'impureté qui est pour eux la norme, comme elle est en général la norme du monde déchu. Et tout leur comportement, toutes leurs réactions, sont adaptés à ce monde déchu. La dimension spirituelle au sens propre du terme n'existe pas pour eux; en revanche, ils comprennent très bien ce qu'est un dommage matériel. C'est pourquoi la présence de Jésus les effraie.
Bien sûr, on peut attendre de lui des problèmes, surtout si le problème est la présence même de la dimension spirituelle dans sa propre vie. Et les citadins, honnêtement, avec toute la franchise propre à l'homme, lui demandent de partir. Et il part: car le Royaume ne s'impose pas par la force, il ne peut être reçu que librement.
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